C’est du sport! - Le ferme et le flou

Ordinairement, lorsqu’une organisation sportive indique la porte à un membre de sa direction, elle enfile huit paires de gants blancs afin d’éviter d’ajouter à l’humiliation déjà lourde d’un congédiement public. Cela prend à peu près la tournure suivante : « Les Gnous de Saint-Profond ont aujourd’hui le regret d’annoncer qu’ils ont remercié l’entraîneur-chef Zjxk Pbtwqv. L’un des meilleurs pilotes de l’histoire de l’humanité, monsieur Pbtwqv a tenu à bras le corps les rênes des Gnous pendant 178 saisons, guidant l’équipe à travers les bons et les moins bons moments. Sa relation avec les joueurs était exemplaire, il fut pour le club un leader inestimable aux innombrables qualités, mais il a été décidé qu’un changement d’orientation était devenu nécessaire. Nous témoignons toute notre gratitude à monsieur Pbtwqv et lui souhaitons tout le succès possible dans ses activités futures, à commencer par une inscription réussie au programme d’assurance-emploi. »

 

Parfois, heureusement, le propos s’avère un peu plus direct. Si on prend un exemple au hasard, on ne tarde pas à tomber sur les Texans de Houston. Cette saison, les Texans étaient promis à de belles et grandes choses. En 2012, ils avaient remporté le championnat de leur section. C’était plutôt bien parti en 2013 avec deux victoires à leurs deux premières joutes. Puis, la débâcle : 11 revers consécutifs, dont deux des trois derniers contre les pitoyables Jaguars de Jacksonville, la pire équipe de la NFL jusqu’à ce que les Texans ne la deviennent eux-mêmes. Vendredi, au lendemain d’une défaite de 27-20 contre Jacksonville, l’entraîneur-chef Gary Kubiak a été congédié.

 

Un reporter d’enquête sur le terrain a alors eu l’excellente idée de demander au propriétaire des Texas, Robert C. McNair, quels étaient les motifs qui l’avaient poussé à agir, car il appert qu’une série de 11défaites ne suffit peut-être pas à tout expliquer. « Nous perdons, a dit McNair. Nous avons plus de talent que Jacksonville, mais nous ne jouons pas de manière intelligente. »

 

Ailleurs dans le domaine de la réponse qui mérite d’être soulignée, retrouvons le quart-arrière des Giants de New York Eli Manning. C’est que ce dimanche, les Giants rendent visite aux Chargers de San Diego.

 

Or au repêchage amateur de 2004, Manning représentait le plus bel espoir et les Chargers détenaient le tout premier choix. Avant la séance, Manning avait fait un Eric Lindros de lui-même et fait savoir, sans donner de raison(s), qu’il ne voulait pas jouer pour San Diego. Les Chargers l’avaient quand même sélectionné, et lors de sa présentation sur l’estrade, il avait refusé d’enfiler le maillot et la casquette de l’équipe. En entrevue, il avait dit souhaiter être échangé le plus rapidement possible, ce qui allait survenir peu après quand il avait été cédé aux Giants en retour d’un autre quart prometteur qui avait été pris au quatrième rang, Philip Rivers, et de deux choix au repêchage.

 

Cette semaine, en vue des retrouvailles, on s’est évidemment enquis auprès de Manning des motifs qui l’avaient amené à ignorer San Diego. Sa réponse relève du grand art.

 

« J’ai oublié, je pense », a dit le gagnant de deux Super Bowls, un de plus que son illustre grand frère Peyton.

 

Vraiment, oublié le comment du pourquoi d’une décision qui change une vie ?

 

« Je n’arrive pas à m’en rappeler. Il y a 10 ans de cela. Ça m’est sorti de l’esprit. »

 

Considérait-il que les Chargers formaient une mauvaise organisation, voulait-il se produire sous les feux de New York ?

 

« Cela fait 10 ans. Je ne m’en souviens pas. »

 

Bon, d’accord, on a compris, on va essayer un autre angle. Pourquoi a-t-il refusé de porter la casquette des Chargers ce jour-là ?

 

« Est-ce que j’ai enfilé la casquette ? Non ? Je n’ai pas enfilé la casquette ? »

 

Il semblerait que non, on a même une vidéo de l’épisode.

 

« Mes cheveux étaient beaux ce jour-là. Je ne voulais pas me décoiffer. »

 

Un dossier à suivre, quoique pas tant que ça.

À voir en vidéo