Revue de presse - De Diefenbaker à Mulroney, le Canada pro-Mandela

Il était attendu que le décès de Nelson Mandela provoquerait un déferlement probablement inédit de commentaires et de témoignages. Tout un chacun a son mot à dire. D’où l’intérêt, dans ce contexte, du témoignage de première main offert par Stephen Lewis.

 

Ambassadeur du Canada aux Nations unies au moment où Brian Mulroney a lancé sa croisade anti-apartheid, puis envoyé spécial de l’ONU pour le VIH-sida en Afrique, Lewis est devenu au fil des ans un proche de Nelson Mandela et de son épouse, Graça Machel (grâce à une participation conjointe à des opérations de l’UNICEF).

 

Il racontait dans le Toronto Star vendredi à quel point tout ce qui se dit et s’écrit sur Mandela est vrai. La grandeur de l’homme était nourrie par une bonté et une décence absolues, indique Lewis. Impossible de le faire sortir de ses gonds après sa sortie de prison : Mandela « n’avait jamais un mot d’acrimonie ou de rancoeur », note l’ancien politicien et diplomate.

 

Lewis rappelle notamment les liens particuliers qui unissaient Nelson Mandela et le Canada. Chaque fois que les deux mangeaient ensemble, Mandela demandait des nouvelles du pays et de son humeur politique. « Pour Mandela, écrit Stephen Lewis, le Canada avait été une clé indispensable de sa liberté. Et à ses yeux, l’homme qui avait tourné la clé était Brian Mulroney. »

 

Car Mandela était bien au fait des efforts fournis par Mulroney pour lutter contre l’apartheid et favoriser sa libération, indique Lewis. Il savait le combat mené au sein du Commonwealth, il connaissait les affrontements épiques entre Mulroney et Margaret Thatcher. La considération de Mandela pour le Canada était « authentique et intense ». Ce n’est pas par hasard que Nelson Mandela a fait du Canada une de ses premières destinations après sa sortie de prison, souligne Lewis.

 

Dans le National Post, Mark Kennedy a refait l’historique de l’affrontement entre Mulroney et Thatcher. Car cette dernière a résisté fortement à l’imposition de sanctions économiques contre le régime sud-africain. Elle pensait que cette stratégie serait « contre-productive » et qu’elle aurait des conséquences « immorales », rappelle Kennedy.

 

Mais Brian Mulroney a défendu ce dossier avec vigueur et passion, indique le journaliste. C’est son gouvernement qui a « ouvert la voie » à une époque où Nelson Mandela avait besoin d’alliés à travers le monde. Kennedy relève que, pour l’ancien premier ministre, l’apartheid était l’équivalent du nazisme. Il fallait agir, peu importe si des partenaires comme Londres et Washington — où le président Reagan craignait que Mandela et les autres leaders du Congrès national africain soient des communistes — y étaient opposés.

 

« L’histoire a démontré à quel point Reagan avait tort et à quel point les instincts de Mulroney étaient bons », indique Mark Kennedy. Ce fut de fait probablement le plus grand moment de Brian Mulroney comme premier ministre, ajoute Michael Den Tandt dans Postmedia.

 

Mulroney n’était toutefois pas le premier Canadien à se préoccuper de la situation sud-africaine, rappelait Raymond Heard dans l’Ottawa Citizen. Car John Diefenbaker (premier ministre de 1957 à 1963) avait fait une virulente sortie contre le régime de l’apartheid en 1961, lors de la rencontre des chefs d’État du Commonwealth. Son intervention avait contribué à ce que l’Afrique du Sud soit expulsée de l’organisation cette même année.

 

« Ce fut, de la part d’un politicien souvent dysfonctionnel, un moment brillant », écrit Heard, qui a couvert de près toute l’histoire de ce régime.


La réforme Chong

 

Avant que la mort de Nelson Mandela n’occulte toutes les autres nouvelles nationales, les chroniqueurs du Canada anglais s’étaient beaucoup intéressés à l’initiative du député conservateur Michael Chong. Ce dernier souhaite une réforme démocratique qui donnerait notamment aux députés le pouvoir d’exiger un vote de confiance envers leur chef (si 15 % d’entre eux le demandent). Son projet enlèverait aussi aux chefs de parti le pouvoir final de décider qui sera candidat dans une circonscription. Ce serait aux associations locales de décider.

 

Andrew Coyne a consacré deux textes au sujet. Dans le premier, il indique que le débat soulevé par Chong mérite une attention particulière. Bien sûr, ses propositions sont un peu risquées. Mais nous courons déjà des risques avec le statu quo actuel, dit Coyne : risque que nos élus n’aient plus de pouvoir réel et qu’ils ne servent plus qu’à applaudir leur chef. Risque que le Parlement perde toute utilité réelle. Risque que notre système de démocratie parlementaire ne soit plus parlementaire ni démocratique. « Nous avons une occasion de changer ça », pense-t-il.

 

Dans le Toronto Star, Chantal Hébert note qu’il n’y a pas besoin d’un projet de loi pour permettre aux députés de se débarrasser d’un chef mal aimé. John Turner, Stockwell Day et Jean Chrétien peuvent en témoigner, rappelle-t-elle. Hébert n’est pas convaincue par les propositions de Chong — notamment celle de donner un pouvoir absolu aux associations locales. Cela peut ouvrir la porte à des prises d’assaut de certains groupes d’intérêts, dit-elle, en rappelant le travail des militants anti-avortement à la fin des années 1980.

 

Mais le débat qui s’amorce est « nécessaire depuis longtemps » et pourrait être bénéfique, croit Chantal Hébert. Le traitement dont a besoin le Parlement est important, dit-elle. Le projet Chong n’est qu’une première étape.

 

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