Perspectives - Le Spoutnik québécois

Souvent critiqué de tout bord, tout côté, le système scolaire québécois s’est signalé de belle façon, cette semaine, en se maintenant en tête de tous les pays occidentaux dans le fameux classement international du PISA de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE.)


Phénomène tout à fait extraordinaire, la bonne performance du Québec a été plus soulignée dans le très anglo-canadien Globe and Mail, cette semaine, que dans les médias québécois francophones. Et pourtant, quelle performance ! Le Québec s’est maintenu dans le peloton de tête de la nouvelle mouture du classement de l’OCDE sur les connaissances en mathématiques des élèves du secondaire, damant le pion non seulement au reste du Canada, mais aussi à tous les autres pays, à l’exception de quatre économies chinoises (Shanghai, Hong Kong, Taipei et Macao) et de deux autres pays asiatiques (Singapour et la Corée du Sud).

 

Réalisée tous les trois ans auprès d’élèves âgés de 15 ans et issus, cette année, de 65 pays, la fameuse enquête du PISA (l’acronyme anglais pour Programme international pour le suivi des acquis) mesure aussi, mais un peu moins en détail, les aptitudes en lecture et en connaissances scientifiques. Le Québec s’y est également classé parmi les meilleurs en lecture, quoique, cette fois, légèrement en deçà de la moyenne canadienne et de celle de deux autres pays (la Finlande et l’Irlande), et un petit peu plus loin encore en matière de sciences.

 

La première fois que l’on a essayé de dresser une telle comparaison internationale, c’était après le choc de la mise en orbite du satellite Spoutnik par les Soviétiques en 1957 et la soudaine urgence ressentie par le camp occidental de se doter d’un outil de mesure de la performance de leurs écoles. Le PISA de l’OCDE fit son apparition durant les années 90 et est devenu graduellement la référence en la matière dans un monde de plus en plus obnubilé par la compétitivité de sa main-d’oeuvre.

 

Ce classement — comme tous les autres — ne va pas sans s’attirer quelques critiques sur sa méthodologie, mais il est généralement reconnu comme un exercice d’une grande rigueur. Les tests se veulent le plus ancrés possible dans les besoins actuels, disent leurs auteurs. Ils ne se limitent pas à évaluer une somme de connaissances, mais portent plutôt sur la capacité de les mettre concrètement en pratique de façon créative.

 

Les systèmes qui y performent le mieux, disent-ils, ont inculqué aux élèves que « la réussite est le fruit d’un travail acharné plutôt que d’une intelligence innée ». Ils « prônent la diversité, tant au niveau des élèves qu’au niveau des pratiques d’enseignement », fixent des objectifs adaptés et ambitieux pour chaque enfant, et encouragent les enseignants à adopter des méthodes pédagogiques innovantes.

 

Des observateurs ont quand même rappelé que certains des pays asiatiques, qui trônent au sommet du classement, comme la Corée du Sud, infligent à leurs élèves un rythme d’étude et une pression que personne ne devrait envier.

 

La montée en force des pays asiatiques dans le classement du PISA en même temps que reculent plusieurs pays occidentaux est une sorte de Spoutnik à sa manière. De voir que la moitié des élèves de Shanghai ou de Singapour présentent des aptitudes supérieures en mathématiques contre seulement 9 % pour les petits Américains et 13 % pour la moyenne des pays riches de l’OCDE, cela reste un sacré choc en cette ère de l’économie numérique. Le contraste est tout aussi gênant quand on considère, à l’autre bout du spectre, que seulement 4 à 10 % des élèves asiatiques ne passent pas le seuil de compétences minimales « pour participer pleinement à la vie de la société moderne » contre 26 % aux États-Unis et 23 % dans les pays de l’OCDE.

 

Bip bip bip bip bip

 

Le Québec se démarque nettement, à ce chapitre, avec 22 % d’élèves présentant des aptitudes supérieures en mathématiques (contre 15 % en Ontario et 16 % en moyenne au Canada) et seulement 11 % d’élèves sous le seuil de compétences minimales (contre 14 % en Ontario et au Canada). Fait notable, il se maintient au même niveau depuis 2003, alors que le reste du pays recule. L’écart entre les meilleurs et les plus faibles s’y révèle un peu plus grand que pour la moyenne canadienne, mais ses élèves les plus faibles restent plus forts que les élèves les plus faibles de n’importe quelle autre province.

 

« Il n’existe pas de solution magique […], mais le Québec fait manifestement quelque chose de bien », disait, dans un long éditorial, mercredi, un Globe and Mail bouleversé par la baisse observée dans le reste du pays.

 

Le quotidien ontarien s’y risquait à attribuer les succès du Québec, entre autres, à une conception plus traditionnelle de l’enseignement, reposant notamment sur l’apprentissage par coeur (?!), à de plus grandes exigences en ce qui a trait à la formation des enseignants de mathématiques, ainsi qu’à une plus grande ouverture à l’égard de l’utilisation des nouvelles technologies en classe.

 

On peut discuter du bien-fondé de chacune de ces pistes d’explication. Les experts québécois en auront sans doute d’autres à proposer lorsqu’on les interrogera sur autre chose que le désastre annoncé de la dernière réforme de l’éducation.

 

Le PISA n’est, évidemment, qu’une mesure parmi d’autres et ne rend pas compte d’autres phénomènes importants pour l’économie et la société dans son ensemble, comme le décrochage scolaire, les parcours techniques et universitaires ou encore la formation continue. Mais, comme diraient les autres, et contrairement à ce qu’on entend beaucoup raconter sur nos écoles, le Québec fait manifestement quelque chose de bien.

10 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 7 décembre 2013 04 h 51

    Merci

    Merci de nous rappeler que des fois on peut faire bien. Dans une société de lanceurs de pots, quelques fleurs ça fait du bien au moral !

    PL

  • Bernard Terreault - Abonné 7 décembre 2013 08 h 05

    Le décrochage

    La faiblesse du Québec n'est pas dans la qualité de l'enseignement ni des élèves qui en profitent (quand on se compare on se console), mais dans le taux de décrochage qui est aberrant. Serait-ce justement parce que le niveau des exigences est élevé que trop de jeunes Québécois abandonnent ? Pourtant, en Asie, presque tous persévèrent malgré leurs difficultés; on dira sans doute que "c'est une autre culture" que l'on ne peut pas transplanter ici.

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 7 décembre 2013 14 h 08

      Non, ce pas pas parde que les exigences sont trop élevées que les élèves décrochent. Au contraire. Les décrocheurs sont les plus brillants. Le système les traites comme des enfants de maternelle, et cela ils le refusent.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 8 décembre 2013 14 h 06

      Je ne crois pas , M. Francoeur..À ma connaissance, les décrocheurs font partie, en majorité, de foyers dysfonctionnels ou de milieux sicio-économiques défavorisés..Le modèle académique des parents, est un puissant moteur de stimulation à persévérer pour l'enfant et l'adolescent.

  • Claude Smith - Abonné 7 décembre 2013 09 h 18

    Capacité de

    Les résultats ne se limitent pas à évaluer la somme des connaissances mais aussi la capacité de les mettre concrètement en pratique d'une façon créative. Or, c'est précisément ce que, fondamentalement, la dernière réforme de l'éducation au Québec préconise. À mon avis, les connaissances et les compétences sont les deux piliers de l'enseignement et le véritable désastre serait de les dissocier.

    Claude Smith

  • Mathieu Bouchard - Inscrit 7 décembre 2013 14 h 37

    Économies chinoises et position du Québec

    Faut remarquer que Taipei est pas dans ce qu'on appelle communément la Chine. C'est sûr que pour le Chine, Taipei est sur un territoire chinois occupé par des rebelles, mais pour les gens d'ici, Taïwan est un pays, et Taipei est la capitale de Taïwan. La langue officielle en est encore le Chinois, mais nous nous appelons pas des Français non plus...

    De plus, je questionne le bien-fondé d'inclure des « économies » ou régions dans ce classement, puisque ce ne sont pas des pays entiers ou provinces entières, et elles peuvent cacher une négligence dans les autres parties du pays ou de la province, particulièrement les oppositions urbaines-rurales.

    Quand je positionne le Québec dans le classement, je retire les 4 « économies », et je compte le Québec comme un pays. Je peux aussi remplacer le Canada par le Reste du Canada, mais quoique ça puisse changer la position du Canada dans le classement, ça ne peut jamais changer la position du Québec (pour simples raisons mathématiques).

  • Luc Papineau - Inscrit 7 décembre 2013 19 h 47

    Juste à titre indicatif:

    Maths: 536 points en 2003, 540 points en 2006, 543 points en 2009 et 536 points en 2012. (p. 77)
    Lecture: 536 en 2000, 525 points en 2003, 522 points en 2006, 522 points en 2009 et 520 points en 2012. (p. 91)
    Science: 531 en science 2006, 524 points en 2009 et 516 points en 2012. (p. 91)

    À part les mathématiques, le Québec connait des baisses plus importantes que la moyenne canadienne.