C’est du sport! - Le plaisir d’apprendre

Clamons-le haut et fort et sans arrière-pensée : les tristes sires qui croient que le merveilleux monde du sport™ ne peut pas avoir une vocation instructive feraient bien de revoir leurs idées reçues. On est à même d’apprendre des tas de choses tout en s’offrant un sain divertissement, sans doute l’exercice le plus fécond que l’on puisse imaginer.

 

Et question de sain divertissement, on n’éprouve guère le besoin de regarder plus loin que Rob Ford. En sus de sa qualité d’homme du monde — c’est juste qu’on ne précise pas de quel monde il s’agit —, l’inénarrable premier magistrat de Toronto, on le sait, se double d’un fervent amateur de football. Il avait déjà créé une petite commotion en étant relativement accueilli en héros lorsqu’il s’était rendu assister à la finale de l’Est de la Ligue canadienne au Rogers Centre le 17 novembre. Le commissaire de la LCF Mark Cohon et la direction des Argonauts lui avaient déconseillé de se présenter, mais il appert que, pour dire à Rob Ford quoi faire, il faut se montrer pas mal plus persuasif que ça.

 

Dimanche dernier, il a remis ça en assistant au match annuel que les Bills de Buffalo disputent à Toronto. Vêtu d’un chandail numéro 22 du porteur de ballon des Bills Fred Jackson, Ford était tranquillement assis dans les gradins à se sustenter d’une aile de poulet lorsque l’histoire est devenue virale. C’est qu’il occupait la place du musicien Matt Mays, qui n’a pas tardé à faire savoir à l’univers par le biais de Twitter que le maire lui avait « volé » son siège. L’une des réactions : de la manière dont Ford avait « plaqué » une conseillère municipale quelques jours auparavant dans un épisode mémorable, il était peut-être préférable de tenir ça mort. D’ailleurs, Mays aurait protesté auprès d’un placier qui lui aurait répondu qu’on ne déplace pas Rob Ford sans conséquences diverses et imprévisibles.

 

Celui-ci devait plus tard expliquer que c’était la sécurité qui lui avait assigné cette place et qu’il ne savait pas qu’il volait quoi que ce fût. Finalement, il a quand même dû déménager parce que son entourage créait un bouchon dans le secteur, sans parler des nombreux spectateurs qui affluaient dans l’espoir de se prendre en photographie en sa compagnie.

 

Or voici qu’on apprend que Ford participera désormais à une émission radiophonique diffusée par une station de la région de Washington affiliée au réseau CBS. À compter de ce jeudi matin, il livrera ses pronostics sur les matchs de la NFL.

 

Et le nom de ladite émission ne s’invente juste pas, messieurs dames, même que cela risque de vous causer une petite perturbation temporaire dans la région lorsque vous en prendrez connaissance.

 

The Sports Junkies.

 

♦♦♦

 

Ces jours-ci, on en apprend aussi beaucoup sur la valeur intrinsèque de certains gestes. Tout récemment, nous vîmes que l’entraîneur-chef des Nets de Brooklyn Jason Kidd s’était fait coller une amende de 50 000 $US pour avoir cherché à gagner du temps en renversant volontairement un verre de boisson gazeuse sur le parquet de basketball.

 

Mercredi, c’était au tour du pilote des Steelers de Pittsburgh Mike Tomlin de passer au tiroir-caisse. Le prix à payer pour avoir fait un pas latéral de trop : 100 000 $.

 

Jeudi dernier, les Steelers affrontaient les Ravens de Baltimore. À un moment donné, Jacoby Jones, des Ravens, a effectué un retour de botté et filé sur sa gauche près de la ligne de touche. Il était tout près de semer l’adversaire lorsque devant lui s’est trouvé Tomlin. Celui-ci avait les deux pieds dans le corridor réservé aux arbitres jouxtant le terrain — ce qui constitue une infraction en soi —, suivant le jeu sur un écran géant et ne se doutant donc pas que Jones s’en venait sur lui, tellement pas qu’il a fait un pas de côté qui l’a rapproché encore plus de la surface de jeu.

 

La collision n’a pas eu lieu, mais Jones a dû ralentir imperceptiblement sa course et faire un léger crochet qui a peut-être permis aux Steelers de le rattraper et de l’empêcher de marquer un touché.

 

Plus tard, Tomlin a expliqué qu’il était « hypnotisé » par ce qu’il voyait sur l’écran, que son geste était « inexcusable », que jamais il n’aurait agi ainsi de manière délibérée et qu’il accepterait de bonne grâce toute sanction.

 

Alors voilà : ce sera un dixième de million. De la menue monnaie.

À voir en vidéo