Repères - Bras de fer en mer de Chine

Un nouveau seuil a été atteint dans les tensions entre Pékin, Tokyo et Washington. La République populaire de Chine a décrété, fin novembre, une « zone d’identification aux fins de la défense aérienne », dans laquelle aucun avion ne doit en principe pénétrer sans s’être identifié, avoir donné son plan de vol et demeurer en contact radio avec les autorités chinoises.

 

Le geste de Pékin est problématique pour plusieurs raisons et notamment parce que la zone en question s’étend au-dessus d’un minuscule archipel que les Japonais contrôlent depuis un peu plus d’un siècle, mais que les Chinois revendiquent aujourd’hui. Il s’agit en outre d’un lieu très fréquenté par les transporteurs aériens régionaux.

 

Le fait de décréter une telle zone d’identification n’est pas sans précédent : plusieurs pays l’ont fait, dont évidemment les États-Unis. Le Canada, le Japon, l’Inde, le Pakistan et le Royaume-Uni aussi, pour ne mentionner que ceux-là. Tokyo s’est plaint de la décision chinoise auprès de l’Organisation de l’aviation civile internationale, dont le siège est situé à Montréal, même si le droit international est plutôt silencieux sur la question.

 

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La dispute territoriale au sujet des îles Senkaku-Diaoyu ne représente pas la totalité de la problématique. Elle se déroule sur fond de rivalité entre Pékin et Washington. Contrairement aux contentieux impliquant le cyberespionnage ou les manipulations du cours des devises, le nouveau bras de fer, qui se fait au moyen d’avions, de radars et éventuellement de navires, a quelque chose de ringard, a des relents de guerre froide.

 

Quelques jours après le geste fait par la Chine, Washington a envoyé des bombardiers B-52 au-dessus de la nouvelle zone d’identification. Tokyo et Séoul ont également dépêché des avions militaires. Le secrétaire américain à la Défense, Chuck Hagel, a déclaré que le décret chinois n’allait en rien changer la façon dont les États-Unis mènent leurs opérations militaires dans la région. Bref, jusqu’ici, la nouvelle zone a tout bonnement été ignorée par les militaires des États-Unis et de leurs alliés dans la région, ce qui n’est pas très bon pour l’orgueil national de l’Empire du Milieu.

 

Le vice-président américain, Joe Biden, effectue une tournée dans la région. Il a visité Tokyo et Pékin. Soucieux de ne pas trop faire monter la tension, Washington a conseillé à ses transporteurs aériens civils de se plier aux exigences chinoises. En revanche, Tokyo a suggéré aux pilotes des Japan Airlines et des All Nippon Airways de faire comme si de rien n’était.

 

Barack Obama a déjà indiqué qu’il veut redonner à l’Extrême-Orient la place que cette région a déjà occupée dans la politique étrangère des États-Unis. Pékin est en train d’affirmer haut et fort sa présence dans la région. Les récents événements suggèrent que la Chine ne veut pas que le retour de la puissance américaine se fasse à ses dépens.

 

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À Pékin comme à Tokyo, les dirigeants doivent tenir compte de forts courants nationalistes. Ce nationalisme rime parfois avec militarisme. Les dépenses militaires chinoises sont en hausse. Celles de l’archipel nippon restent stables, ce qui s’explique par le traité signé il y a deux tiers de siècle avec le protecteur américain. Les Japonais parlent néanmoins de construire une base militaire importante à proximité des îles Senkaku-Diaoyu.

 

Une nouvelle guerre sino-japonaise semble bien improbable. Si elle se produisait, les États-Unis pourraient y être entraînés à cause du traité dont on parlait à l’instant, mais cela paraît inimaginable et serait de toute façon épouvantable. Si les tensions se poursuivent, il y a quand même le risque d’un affrontement accidentel, entre avions de différents pays, par exemple. Les diplomates concernés s’affairent à trouver la meilleure façon de gérer une telle crise si jamais elle se produisait.

 

Les Senkaku-Diaoyu valent-elles une guerre ? Il s’agit de quatre îlots minuscules et inhabités en mer de Chine orientale. Les eaux environnantes sont poissonneuses et la zone économique qui les entoure recèle une certaine quantité de gaz naturel. Mais une guerre ? Les Senkaku-Diaoyu sont situées à un millier de kilomètres des quatre principales îles du Japon, mais elles sont relativement proches de l’archipel nippon de Ryukyu et de l’île d’Okinawa. Le Japon contrôle les Senkaku-Diaoyu depuis 1895. La Chine les revendique surtout parce qu’elles se trouvent près de ses côtes et qu’elles apparaissent sur certains documents anciens.

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