Vos placements - Que penser des scénarios apocalyptiques?

Je suis tombée par hasard sur ce site et je l’ai traduit (27 pages) sauf pour les livres auxquels l’auteur, Stansberry, réfère le lecteur. J’aimerais avoir votre opinion sur la crédibilité de cette personne. Le titre est « The End of Obama » et ça traite de l’éventualité où le dollar américain perdrait son exclusivité comme unité monétaire mondiale…

 

D. G.

 

Plusieurs experts prédisent tôt ou tard le chaos économique. Dans le cas que vous me citez ci-dessus, la personne s’attend à ce qu’un jour, la suprématie du dollar américain cesse. Ce faisant, avec la montagne de dettes qu’accumulent le gouvernement américain et les citoyens, ce sera la catastrophe. La valeur du dollar américain s’écroulera sur le marché des changes, provoquant une explosion des taux d’intérêt et, à terme, l’hyperinflation. Les Américains ne seront plus en mesure d’acheter des produits importés et leur gouvernement sera carrément acculé à la faillite.

 

De tels scénarios sont aussi évoqués pour l’Europe, alors que plusieurs pays ne parviennent plus à maîtriser leur dette. La France pourrait à terme connaître le même sort que celui appréhendé pour les États-Unis. D’ailleurs, la cote de crédit de la France a été révisée à la baisse récemment par diverses agences de notation financières.

 

Et, dois-je dire, ces prédicateurs du chaos économique n’ont peut-être pas tort. Car, voyez-vous, depuis la crise financière de 2007, nous naviguons dans des eaux inconnues. En particulier en ce qui touche à la politique monétaire. Pour se sortir du pétrin, les États-Unis ont dû recourir régulièrement à la planche à billets pour relancer leur économie. C’est ce qu’on a convenu d’appeler « technique monétaire quantitative », expression qui n’existait même pas avant la crise financière de 2007. C’est ainsi que la Réserve fédérale, la banque centrale américaine, en est rendue à acheter chaque mois des obligations et des titres hypothécaires à hauteur de 85 milliards de dollars américains. Elle parvient ainsi à soutenir le marché des obligations et des prêts hypothécaires et, du coup, à maintenir les taux d’intérêt à des planchers historiques. Les faibles taux d’intérêt permettent à l’économie de respirer et de prendre un nouvel envol. Un envol jusqu’à maintenant timide, mais un envol tout de même.

 

Si le gouvernement américain a pu recourir ainsi à la planche à billets sans endommager son économie, il le doit au fait que le dollar américain constitue la devise universelle. Si celui-ci devait perdre ce statut, il est clair que, dans le contexte actuel, les États-Unis seraient acculés à la faillite. Les prédicateurs du chaos économique s’attendent à ce que le dollar américain perde son statut de devise universelle, et ce, plus tôt que tard.

 

C’est possible. Pour ma part, j’estime qu’un tel événement, s’il doit se produire, ne surviendra pas avant quelques décennies. D’abord, les États-Unis ne sont pas seuls à se retrouver dans une situation financière difficile. Presque tous les grands pays développés nagent dans les dettes et, comme les États-Unis, ont recours actuellement à la planche à billets pour tenter de se sortir du pétrin. Le Japon maintient actuellement une politique monétaire cinq fois plus accommodante que celle des États-Unis. L’Europe aussi a recours à la planche à billets pour tenter de renouer avec un semblant de croissance économique. Donc, sur une base relative, la devise américaine n’est pas plus mal en point que celle d’autres grands pays.

 

Et, à mon humble avis, il est fort heureux que Ben Bernanke, le président sortant de la Réserve fédérale, ait accouché de cette nouvelle politique monétaire dite quantitative. Sans elle, je crois que la crise financière de 2007 aurait débouché sur le chaos total en 2008 et 2009. On a donc évité le pire.

 

L’approche monétaire quantitative fonctionne. L’économie américaine a amorcé un nouveau cycle de croissance depuis 2010. Mais, elle est encore bien loin d’avoir renoué avec un rythme de croissance satisfaisant. Son appareil de production tourne à moins de 78 % de sa capacité. Or, il pourrait fonctionner aisément jusqu’à 83 % de sa capacité sans déclencher des pressions inflationnistes indues. On parle actuellement du redressement du marché immobilier. Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir à ce chapitre. En temps normal, à ce stade de la reprise économique, les mises en chantier devraient se situer au-dessus de 1,3 million d’unités sur une base annuelle aux États-Unis. Nous sommes bien loin de ce niveau puisqu’elles se sont maintenues à de 800 000 à 900 000 unités sur une base annuelle en 2013. Les dernières statistiques concernant les permis pour de nouvelles constructions sont encourageantes ; leur nombre a franchi, en octobre, la barre du million d’unités, une première pour le présent cycle de reprise.

 

J’en conviens, les économies des pays développés sont chancelantes. Elles se trouvent sur la corde raide. Dans une telle situation, des erreurs de tir de la part de nos gouvernements sont possibles et pourraient tout faire basculer dans le marasme financier. Les autorités, et en particulier celles contrôlant la politique monétaire, doivent faire preuve de doigté. Sur ce plan, la Réserve fédérale en a eu jusqu’à maintenant. C’est probablement grâce à elle que les économies occidentales ont connu leur plus long cycle de croissance économique d’après-guerre, soit 19 ans (de 1991 à 2007 inclusivement).

 

Et je pense que les probabilités sont bonnes pour que nous soyons déjà engagés dans un nouveau cycle de croissance de très longue durée. La mondialisation se poursuit. La classe moyenne dans les pays émergents augmente rapidement. Les États-Unis sont encore une terre très fertile en matière de recherche et de créativité, alors qu’on y délivre, chaque année, le plus grand nombre de nouveaux brevets. C’est en fin de compte le dynamisme dont feront preuve nos entreprises qui nous permettra de progresser et de solidifier nos assises financières au cours des prochaines décennies.


 
1 commentaire
  • Bernard Terreault - Abonné 30 novembre 2013 09 h 22

    Optimiste

    Le chroniqueur est optimiste. Il a probablement raison dans le sens suivant. Ce n'est pas la première fois que des pays s'endettent irrémédiablement, mais ils s'en tirent avec des entourloupettes, le plus souvent au détriment des épargnants de la classe moyenne qui se font rembourser en monnaie dévaluée ou pas du tout. C'est bien connu, l'individu qui vit au-dessus de ses moyens finit par faire faillite et ne rembourse rien ou presque. Il est le gagnant alors que le prêteur est le perdant. De même avec les gouvernements. Le chroniqueur parle de l'actuelle "approche quantitative" comme ayant sauvé globalement l'économie mondiale sur le bord du chaos, suite aux manoeuvres spéculatives des banques d'affaires. Mais le résultat est que les épargnants moyens et les fonds de pension ont perdu depuis 2008, à cause des rendements ridiculement faibles des obligations. Alors qu'un placement sécuritaire devrait normalement rapporter 4% plus le taux d'inflation, il est souvent à peine supérieur à ce dernier de sorte que, une fois l'impôt payé, on a perdu! Bien sûr, certains chroniqueurs recommandent de plutôt investir dans un duplex ou un triplex, mais ce n'est pas tous le monde qui a la capacité de gérer un immeuble, même petit. Alors les fonds communs d'actions ? Une fois payé les frais de gestion rare sont ceux qui ont un rendement positif par rapport à 2008 !