Laval, laboratoire social

Quelques jours après son assermentation, Alexandre Duplessis, maire de Laval par intérim, a été arrêté à la suite d’une négociation qui a mal tourné avec deux prostituées.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Quelques jours après son assermentation, Alexandre Duplessis, maire de Laval par intérim, a été arrêté à la suite d’une négociation qui a mal tourné avec deux prostituées.

Nous sommes plusieurs à ne pas rater une occasion d’en dire du mal. Laval ? Une ville-dortoir. Laval ? Une ville sans centre-ville. Laval ? Une ville où, pour interagir avec les autres, il faut une voiture. Laval ? La banlieue dans ce qu’elle aurait de plus prévisible.

 

Manifestement, nous nous trompions. Laval nous ouvre sur le monde.

 

Prenez la commission Charbonneau. Elle l’a dit et redit : corruption et collusion ont longtemps nourri l’industrie de la construction au Québec. Quand on a commencé à le démontrer, un maire, que l’on croyait inamovible, Gilles Vaillancourt, a dû démissionner. On le soupçonne d’avoir mis sur pied un système élaboré et géré de main de maître d’auto-enrichissement à partir des contrats publics.

 

On le chasse du pouvoir. Il est remplacé par un ancien conseiller municipal, Alexandre Duplessis. Quelques jours après son assermentation, ce maire par intérim est arrêté à la suite d’une négociation qui a mal tourné avec deux prostituées.

 

Au moment de ce litige commercial, Duplessis, semble-t-il, portait une robe ou aurait souhaité en porte une ; ce n’est pas parfaitement clair. On ne saurait le lui reprocher, tous les goûts étant dans la nature. Il reste que l’impunité dont pensaient bénéficier le maire sortant et le maire substitut, elle, mérite d’être signalée. Croyaient-ils vraiment qu’ils ne se feraient pas prendre ? Ce genre d’inconscience force l’admiration : ils pensaient vraiment que cela allait rester entre eux.

 

Sur ce plan, Laval n’a rien à envier à Montréal. Michael Applebaum a remplacé le démissionnaire Gérald Tremblay, avant de se faire arrêter à son tour pour fraude. Alexandre Duplessis a fait aussi bien que son voisin.

 

Il n’y a pas que la corruption et le cross-dressing dans la vie. Il y a aussi la pornographie.

 

Tout dans les manchettes du 14 novembre pouvait étonner : « Porno juvénile à Laval : 10 adolescents ont été arrêtés jeudi matin » ; « 10 jeunes pornographes arrêtés » ; « Dix jeunes accusés de s’être échangé des photos osées de camarades de classe. Pornographie juvénile entre amis. » Des adolescents arrêtés pour production, possession et distribution de matériel pornographique… à Laval ?

 

Les dix adolescents arrêtés, en l’occurrence des garçons, ont entre 13 et 15 ans. Parmi eux, deux sont présentés comme des « leaders ». Les sept victimes présumées, toutes des filles, étaient parfois plus jeunes. Leurs « amis » ont fait circuler des photos d’elle, ainsi qu’une vidéo. On les y a forcées.

 

Interviewés, certains parents des garçons arrêtés ont minimisé la portée de leurs actes, et notamment une représentante du comité de parents de la Sir Wilfrid Laurier School Board. Ils sont jeunes ; il faudrait en tenir compte. Boys will be boys, comme on dit dans Internet ?

 

On peut bien sûr être inquiet à la lecture de ce genre de récits, surtout quand on a soi-même des adolescents à la maison. En revanche, on doit reconnaître la maîtrise technique et l’art de la persuasion des adolescents arrêtés. Les pornographes en (mauvaise) herbe affirmaient ne pas utiliser Facebook, Twitter, YouTube ou le courriel. Ils prétendaient se servir de Snapchat, un logiciel qui permet, en théorie, de diffuser des photos qui disparaissent quelques secondes après qu’on les a vues. Pas de risque que les photos circulent largement, disaient-ils. Ils savaient cependant que l’on peut contourner le mécanisme, simplement en faisant des saisies d’écran. Laval est à la fine pointe du progrès.

 

C’est aussi vrai en matière d’urbanisme.

 

Un esprit chagrin vous dirait que ce qui se pratique en ville est urbain, et que ce qui est urbain se pratique en ville. Ce serait bien trop simple.

 

À Laval, aujourd’hui, si vous le souhaitez, vous pouvez acheter un « condo urbain ». La formule est intéressante. Si le condo se trouve à Laval et que Laval est une ville, les condos qu’on y vend sont nécessairement urbains. « Condo urbain », dans ce cas-là, serait un pléonasme. Si on prend la peine de préciser qu’il y a des « condos urbains » à Laval, serait-ce le signe qu’on craint que Laval ne soit pas une « vraie » ville ?

 

Dans la mesure où il y a maintenant des « condos urbains » jusque dans la couronne nord de Montréal, par exemple à Terrebonne, Laval ne devrait pourtant pas s’inquiéter. Elle a fait des petits. C’est maintenant elle qu’on imite. Laval n’est plus une banlieue ; elle joue dans la cour des grands. Elle n’a plus à avoir honte d’elle-même. On y monte des systèmes de corruption qui durent plusieurs décennies sans que les responsables soient inquiétés. Précoces, les jeunes y font la manifestation de leur esprit d’entreprise, ils utilisent des moyens techniques de pointe et ils savent convaincre. Comme partout ailleurs, on peut habiter des « condos urbains », ce qui est bien la preuve qu’on est arrivés en ville.

 

Il n’y a guère que Toronto, ces jours-ci, pour faire de la concurrence à Laval…

4 commentaires
  • Martin Simard - Inscrit 20 novembre 2013 06 h 08

    Où voulez-vous en venir?

    Parce que nous avons de la difficulté à vous suivre.

  • Albert Descôteaux - Inscrit 20 novembre 2013 14 h 45

    Laval bashing facile

    Facile de faire du bashing en alignant une série de faits plus ou moins reluisants, j'en conviens. Aussi, il n'y a rien d'original de se défouler sur la banlieue. Auriez-vous manqué de temps pour préparer cet texte?

  • Catherine Gauthier - Inscrit 20 novembre 2013 15 h 02

    Qu'essayez-vous de démontrer?

    Quelle conclusion faut-il tirer de toutes vos comparaisons? Je ne vois pas le point...

  • Pierre Vaillancourt - Abonné 20 novembre 2013 19 h 28

    Mais encore ?

    Monsieur le journaliste, ce serait bien que l'on sache un peu à quelle enseigne vous logez au juste, au journal Le Devoir : en cliquant sur votre nom, on arrive à un gros total de quatre articles écrits sur une période de trois ans : deux articles sur d'anciens héros du Canadien de Montréal, un sur ce qu'il faut écouter à la télé en ce soir du 20 novembre 2013 ... et cet autre article, un genre d'entreprise de démolition de la ville de Laval.

    Je demeure et je travaille à Laval. J'y suis déménagé récemment, justement, pour me rapprocher de mon travail.

    J'aimerais comprendre quel est le but de votre article : si c'est supposé être drôle, j'avoue que ce n'est pas terrible comme humour. Si ça se veut littéraire, permettez-moi de vous dire que vous n'arrivez pas à la cheville de Pierre Foglia, qui travaille chez ce compétiteur que je ne lis presque plus, sauf parfois pour le lire, ce M. Foglia, parce que lui, il a vraiment une belle plume qui ne fait pas que se complaire dans la facilité.

    Si, finalement, vous souhaitiez avancer une quelconque critique sociale sur l'étalement urbain, ou quelque chose du genre, j'aimerais que vous m'expliquiez où serait-il possible, à Montréal, de loger tous les Lavallois si on voulait fermer leur ville méprisable.

    Je demeure à Laval. C'est une ville qui est vraiment loin d'être parfaite, très loin de correspondre à la ville idéale où j'aimerais habiter. Mais c'est ma ville. Je ne comprends pas pourquoi un journaliste du Devoir, avec trois articles à son actif, se permet d'alimenter le cynisme ambiant en ridiculisant la 2e plus grosse ville au Québec.

    Avez-vous quelque chose de positif à nous raconter, monsieur le professeur titulaire et directeur du Département des littératures de langue française de l’Université de Montréal et directeur scientifique des Presses de cette même université ?

    Tiens, quoi de neuf du côté scientifique des Presses de l'Université de Montréal?