MKC : trois lettres qui pourraient sauver Lincoln

Lincoln promet un multisegment de luxe qui pourrait permettre à la marque de se réinventer.
Photo: Lincoln Lincoln promet un multisegment de luxe qui pourrait permettre à la marque de se réinventer.

New York – Où s’en va Lincoln ? La question se pose en cette ère de rationalisation dans l’industrie automobile. Après Oldsmobile, Plymouth, Mercury, Pontiac et Saturn, la division de prestige de Ford pourrait-elle disparaître à son tour ? Après tout, lorsque Ford a décidé de débrancher Mercury, en 2010, cette marque détenait 0,8 % du marché américain. Or, la part de marché de Lincoln l’année dernière n’était que de 0,57 % — loin derrière les marques de luxe japonaises, allemandes et Cadillac, l’éternelle rivale.

 

Les dirigeants de Lincoln affirment au contraire non seulement que leur marque va survivre, mais qu’elle est en train de se réinventer. Le lancement de la berline MKZ, en janvier dernier, était le premier chapitre de cette « réinvention ». Lancement pour le moins ardu, il faut bien le dire : il a d’abord été retardé puis torpillé par une désastreuse publicité au Super Bowl, qui lui a valu d’être ridiculisée par les médias, sociaux comme traditionnels. (Tapez « flop Lincoln Super Bowl » sur Google et vous allez comprendre.)

 

Cette mauvaise presse était la dernière chose dont avait besoin l’auguste marque américaine. Heureusement, la voiture elle-même a reçu, dans l’ensemble, des critiques favorables et depuis son introduction, elle génère les meilleures ventes au sein de la gamme Lincoln devant le MKX (une version endimanchée du Ford Edge).

 

MKC : le deuxième chapitre

 

La semaine dernière, l’état-major de Lincoln a convié les médias à une rencontre pour discuter de l’avenir de la marque et présenter un nouveau modèle, le deuxième de quatre qui seront lancés d’ici 2016. La réinvention évoquée plus tôt passe donc par ces quatre nouveautés (ce qui inclut la MKZ).

 

Millésimé 2015, le MKC est le premier VUS compact de la marque. Il aura dans sa mire les Acura RDX, Audi Q5, Mercedes GLK, Range Rover Evoque, BMW X1 et X3, auxquels s’ajoutera bientôt le Lexus LF-NX. Le prix de départ a été fixé à 39 940 $, ce qui est inférieur aux Acura RDX (41 490 $), Audi Q5 (40 900 $), BMW X3 (42 600 $) et Mercedes GLK (43 500 $). Son arrivée est prévue à la fin du printemps.

 

Cette catégorie de véhicules — « luxury compact crossover », ou multisegment compact de luxe — connaît une croissance fulgurante en Amérique du Nord : près de 14 % depuis 2012 et plus de 130 % depuis 2009 au Canada. Lincoln se devait donc d’y être et cette fois, la division de luxe de Ford a damé le pion à sa rivale de toujours, Cadillac, qui n’a pas encore de VUS compact dans sa gamme. 1-0 Lincoln.

 

La partie est cependant loin d’être gagnée : cette marque se trouve présentement à la croisée des chemins, comme l’étaient Cadillac et Buick, chez GM. Le défi est de taille : dans la perception populaire, Lincoln est une marque pour les personnes âgées. Il n’y a rien de mal à ça, direz-vous, mais si elle veut survivre, elle doit absolument se rajeunir. Comme Cadillac l’a fait et comme Buick est en train de le faire.

 

Pas de clonage (ou si peu…)

 

Changer les perceptions est un long et difficile processus. Chez Cadillac et chez Buick, on peut le confirmer. La tâche sera toutefois plus facile pour le MKC que pour la berline MKZ ; celle-ci doit affronter les BMW Série 3, Audi A4 et Mercedes Classe C, de véritables institutions dans leur créneau. Celui des multisegments de luxe n’existe que depuis peu et les constructeurs allemands n’y font pas la pluie et le beau temps : aux États-Unis, l’Acura RDX est la meilleure vente, devant l’Audi Q5 (36 872 exemplaires contre 31 979).

 

Le MKC reprend plusieurs éléments du Ford Escape, mais Lincoln se défend bien de l’avoir cloné : le châssis a été modifié, la garde au sol réduite, la carrosserie est originale à 100 % et l’une des deux motorisations est exclusive au MKC. L’habitacle est aussi complètement différent. Comme dans la MKZ, on y retrouve notamment la boîte de vitesses à boutons-poussoirs, qui libère de l’espace sur la console. (Les futurs propriétaires de MKC pourront ainsi se péter les bretelles en disant que l’Aston Martin Rapide a, elle aussi, une transmission à boutons.)

 

Le système de traction intégrale intelligente est offert en équipement de série, tout comme les jantes de 18 pouces. Des jantes de 19 pouces sont aussi offertes, en option. Autre caractéristique de série, la suspension adaptative à amortissement piloté permet à celui ou celle qui conduit de choisir entre les modes « confort », « normal » et « sport », tout en adaptant la suspension aux conditions de la route.

 

Le MKC sera également le premier véhicule de la marque à offrir une connectivité intégrée. L’application MyLincoln Mobile permettra au propriétaire de localiser, déverrouiller et démarrer son MKC avec son téléphone intelligent. Il pourra aussi communiquer avec l’assistance routière, vérifier le niveau d’essence, la pression des pneus et l’état de la batterie.

 

Un moteur juste pour lui

 

Le 4-cylindres Ecoboost de 2 litres est offert en entrée de gamme. Ceux qui lèvent le nez en disant que c’est le moteur de l’Escape devraient aussi savoir que Range Rover l’a jugé assez puissant et suffisamment raffiné pour l’installer sous le capot de l’Evoque. Grâce au turbo, sa puissance atteint 240 chevaux.

 

La bonne surprise est l’ajout d’une deuxième motorisation, soit un 4-cylindres Ecoboost de 2,3 litres, suralimenté lui aussi par un turbocompresseur. Avec 275 chevaux et un couple de 300 lb-pi, ce moteur ne souffre d’aucun complexe par rapport à ses concurrents (à titre de comparaison, le plus puissant des moteurs du BMW X3 génère 300 chevaux et un couple équivalent).

 

Ne vous étonnez pas si une version hybride s’ajoute en cours de route ; c’est dans l’air du temps et Ford devance de plusieurs longueurs ses deux rivaux de Detroit à ce chapitre. Le succès de la MKZ hybride laisse aussi croire que le nouveau MKC pourrait bénéficier de cette technologie, ce qui serait une première dans le segment des multisegments compacts de luxe.

 

Prochaine étape : la Chine

 

Les prophètes de malheur devraient attendre avant de prononcer l’oraison funèbre de la marque de prestige de Ford. Le MKC semble, a priori, avoir les atouts pour amener de nouveaux acheteurs dans les salles de montre de Lincoln et le timing, comme on dit à Paris, est parfait : aucun constructeur américain n’est présent dans ce créneau en pleine effervescence et les asiatiques, à l’exception d’Acura, n’y sont pas encore (Lexus) ou ils sont à la traîne (Infiniti).

 

Sur papier, le MKC est le bon véhicule au bon moment. Reste à voir s’il tiendra ses promesses et si les acheteurs suivront. L’année 2014 sera d’ailleurs charnière pour Lincoln, qui se lancera aussi à la conquête de la Chine, nouvel eldorado des marques de luxe. L’avenir de la marque se jouera donc sur deux fronts : l’Amérique du Nord, son marché traditionnel, et l’Asie.

 

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