L'itinérant

Il y avait quelque chose d’un peu surréaliste à entendre Philippe Couillard énumérer les dossiers qu’il entend privilégier quand il sera député d’Outremont : le nouveau campus de l’Université de Montréal, l’hôpital St. Mary, le mont Royal… Tout cela est sans doute important, mais chacun sait que le chef du PLQ sera simplement de passage dans Outremont et qu’il se présentera plutôt dans Roberval à l’élection générale. Cela lui laissera bien peu de temps pour faire œuvre utile.

Son adversaire de Québec solidaire, Édith Laperle, l’a qualifié d’« étoile filante », mais il serait plus juste de parler d’un itinérant. Depuis son entrée en politique, il semble souffrir de bougeotte chronique. M. Couillard ne sera pas le premier chef non élu à profiter d’une élection partielle pour « emprunter » temporairement une circonscription en attendant de se fixer ailleurs, mais il est en voie de battre tous les records de mobilité.

Robert Bourassa et Pauline Marois ont aussi représenté trois circonscriptions différentes, M. Bourassa a été député pendant quatorze ans et Mme Marois en est à sa vingt-sixième année. Dans le cas de M. Couillard, Outremont sera déjà sa troisième circonscription en cinq ans de présence à l’Assemblée nationale.

Qui plus est, M. Bourassa avait été battu deux fois avant d’atterrir dans Saint-Laurent, tandis que Mme Marois avait mordu la poussière dans La Peltrie avant de déménager dans Taillon — après une autre défaite à élection partielle dans Anjou en 1988 — et finalement dans son actuelle circonscription de Charlevoix.

M. Couillard, lui, n’a jamais été battu. D’abord élu dans Mont-Royal, bien que Jean Charest l’ait destiné à Orford, où son prédécesseur Robert Benoit n’en voulait toutefois pas, il avait déménagé dans Jean-Talon pour des raisons personnelles. C’est aussi ce qui l’enverra à terme dans Roberval, où il peut taquiner le saumon, même s’il a des racines bien plus anciennes dans Outremont. Ces déménagements continuels témoignent d’une désinvolture qui devient un peu irrespectueuse pour les électeurs.

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Si, en l’absence de candidats du PQ et de la CAQ, son élection dans Outremont sera une simple formalité, ce sera bien différent dans Roberval, où le péquiste Denis Trottier sera un redoutable adversaire. Un sondage effectué récemment par la firme Repère Communication Recherche lui accordait 6 points d’avance.

À l’Assemblée nationale, M. Trottier est un défenseur acharné de l’industrie forestière, qui est au cœur de l’économie de la région. Comme par hasard, la première ministre a annoncé en fin de semaine dernière qu’un grand forum sur l’avenir du Québec forestier aurait lieu à Saint-Félicien dans deux semaines.

Non seulement les électeurs de Roberval interrogés par Repère Communication Recherche sont de grands partisans de la charte de la laïcité, mais ils estiment également que M. Trottier (46,1 %) est plus intègre que M. Couillard (32,7 %). Samedi, Mme Marois a répété deux fois plutôt qu’une que rien n’avait changé à ce chapitre au PLQ depuis l’arrivée du nouveau chef. « Avec Charest ou Couillard, la seule famille qui compte, c’est la famille libérale ! »

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Ses liens passés avec Arthur Porter et les circonstances controversées dans lesquelles M. Couillard a quitté le gouvernement Charest en juin 2008 en ont troublé plusieurs. Il devrait prendre garde à ne pas renforcer l’impression que son éthique est passablement élastique.

À cet égard, il était un peu imprudent de choisir pour candidat à l’élection partielle dans Viau, qui aura également lieu le 9 décembre, un homme qui pourrait facilement être associé au scandale d’Oxygène 9, dont les libéraux avaient fait leurs choux gras en 2002.

Il est vrai qu’en sa qualité de secrétaire général de la Société des événements majeurs internationaux du Québec (SEMIQ), David Heurtel ne peut sans doute pas être tenu responsable des conditions imposées aux bénéficiaires des subventions venant du fonds de 30 millions administré par cet organisme à but non lucratif, qui devaient verser une ristourne de 1,5 % à une forme de lobbyisme appartenant à des amis du PQ. Puisque M. Heurtel avait précédemment été responsable des relations gouvernementales au Festival Juste pour rire, qui bénéficiait d’une subvention, il est cependant difficile de croire qu’il ignorait l’existence de cette pratique.

La victoire du PLQ est néanmoins assurée dans Viau, où la majorité obtenue par Emmanuel Dubourg le 4 septembre 2012 était égale à la totalité des voix recueillies par son adversaire péquiste.

En revanche, M. Couillard aurait peut-être intérêt à mettre un terme à son itinérance. Certes, une victoire dans une circonscription « pure laine » comme Roberval serait plus glorieuse que dans Outremont, mais c’est aussi ce que Robert Bourassa avait pensé en 1985, quand il a été battu dans Bertrand après avoir fait élire 99 députés.

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