Le service après-vente

Ce sera une chronique en petits morceaux, objet composite où se retrouvent des sautes d’humeur, du courrier de lecteurs, des coups d’oeil dans le rétroviseur. Mais pas d’autres rimes que celles de la phrase précédente, c’est promis.

 

Musique jetable

 

Il faut avoir moins de 30 ans pour ne pas mesurer à quel point le gala de l’ADISQ s’est pris en main. L’étincelante victoire de Louis-Jean Cormier et les multiples nominations de l’extraterrestre Keith Kouna suffisent à prouver que ce qui fut autrefois la célébration d’une industrie moribonde est en bonne voie de devenir le triomphe d’un art vivant.

 

Sinon ? Je me suis un peu engueulé avec des gens qui réprouvaient que j’aie candidement avoué sur les réseaux sociaux n’avoir jamais entendu la chanson de Marc Dupré avant qu’elle ne remporte le prix du public. En fait, on me reprochait de m’en vanter. Ce qui n’était pas le cas, jusqu’à ce que je me rende compte du triomphe que constitue chaque petite victoire contre la machine à nous enfoncer des produits dans la gorge. Des tounes, des pizzas, des chars. Peu importe.

 

Comme cette chanson. Pop nanane, pas bien pire qu’une autre, cependant enrobée d’arrangements qui servent de lubrifiant pour que ça passe encore mieux. Ces voix réverbérées, ces murs de guitares rock consensuelles et l’ensemble parfaitement compressé rendent cette proposition pareille à mille autres, toutes prêtes pour les radios débiles qui les jouent en boucle.

 

Des chansons tellement semblables que, deux minutes après avoir entendu celle-là, le soir du gala, elle s’était fondue dans le magma de la pop à usage unique et j’en avais oublié jusqu’aux contours. Son titre aussi. Dans quelques mois, tout le monde aura fait pareil.

 

Montréal, bis

 

Un lecteur déplore que, dans ma chronique sur Montréal, j’aie également écorché tous les prétendants à la mairie de la métropole, auxquels je reprochais qu’ils entretiennent plus d’ambitions pour eux-mêmes que pour leur ville. Comme si c’était ma faute. Comme si c’était moi qui étais aussi brutalement buté que Bergeron. Comme si j’étais aussi vain que Coderre et vide que Joly. Comme si c’était ma faute si Côté est un fantôme.

 

Mardi, la météo conspirait pour faire oublier les quatre années d’ennui à venir. Septembre rendait visite à novembre. Je suis parti courir depuis mon hôtel, angle Sherbrooke et du Parc, me suis glissé derrière le stade Molson, et j’ai emprunté le sentier Olmstead jusque tout en haut. Je maintenais un rythme tolérable, songeant au portrait que j’avais fait de la métropole quelques semaines plus tôt. Les maisons de millionnaires défilaient sous mes yeux, encadrées par les dernières feuilles de l’automne. Puis les sirènes de la police, des pompiers et des ambulances se sont mises à hurler en même temps pour rappeler que cette beauté n’est qu’une enclave au milieu du monde qui souffre.

 

Naïf, moi ?

 

Le blogue de la Clique du plateau posait quelques questions intéressantes à propos de la campagne électorale de Québec. À commencer par l’inconfortable biais de certains journalistes de Québecor et d’animateurs de radio bien trop contents de danser sur le cadavre politique de David Lemelin, l’opposant de Régis Labeaume dont Le Journal de Québec venait d’exhumer le passé judiciaire. Je lisais en me disant que la Clique délire un peu, dans la mesure où elle imagine des complots là où il y a surtout une communion d’esprits et d’affaires (la droite, la morale, l’amphithéâtre). À moins que ce soit moi qui sois naïf, et que ce soit la même chose ?

 

La vérité

 

Vous écrivez une chronique en vous disant qu’elle va passer dans le beurre. Et puis c’est le contraire qui se produit. Les courriers vous tombent dessus à la tonne, des blogueurs parlent de vous. Comme avec la plus récente, sur le recul de la science devant le contre-savoir que propage le Web. Mais aussi les médias traditionnels, m’a-t-on fait remarquer. Je veux bien.

 

Comme si c’était pas suffisant, la science elle-même nous niaise. Dans les biotechnologies, la vaste majorité des études considérées comme étant capitales se révèlent finalement erronées. Ce sont des géants comme Bayer et Amgen qui le déplorent, dans les pages de The Economist (« How science goes wrong »), qui expose comment le carriérisme et autres plaies du genre minent le savoir, mais surtout la crédibilité des scientifiques qui sont prêts à maintes entorses éthiques pour être publiés. On ne peut plus faire confiance à personne, vraiment. Sauf aux paranoïaques.

 

Il n’a fallu que quelques heures entre la publication de ma chronique et le premier courrier d’un lecteur me racontant que c’est par le Web qu’il avait pu s’informer de la « vérité » concernant les attentats contre les tours du World Trade Center.

 

Au cas où vous vous le demandez : non, ce n’était pas Richard Bergeron.

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