C'est du sport! - Encore plus de hockey

Photo: Illustration Jean-Paul Eid

C’est toujours comme ça quand on ne s’attend à rien : il arrive quelque chose d’inattendu. Tenez, l’autre jour, je n’entretenais aucun projet spécial en tant que destinataire et je me demandais de quoi j’allais parler lorsqu’un colis est arrivé sur mon bureau. Je suis habitué à être un destinataire parce que je suis abonné à toutes sortes d’affaires et qu’il y a toujours des comptes à payer, mais là, j’étais intrigué. Le colis était arrivé à l’improviste, comme un tir sans avertissement dans le monde du hockey, comme mon père aussi qui faisait l’innocent en arrivant à la maison avec un paquet de cartes de hockey dans chaque poche et qui me les donnait un par un en faisant semblant d’oublier qu’il y en avait un autre dans une autre poche et soudainement il s’en souvenait et le sortait et ça provoquait une sorte de joie accumulée.

 

Dans le colis, il y avait un livre. Des histoires d’hiver avec encore plus de rues, d’écoles et de hockey, le livre que j’aurais voulu avoir écrit quand je l’avais lu la première fois, mais Marc Robitaille avait été plus vite que moi. À l’époque, il n’y avait pas de encore plus, juste des rues, des écoles et du hockey, mais ça ne me dérange pas qu’il y ait encore plus de hockey. Personnellement, je ne connais personne qui trouve qu’il y a trop de hockey. Même ceux qui n’aiment pas le hockey, ils ont l’embarras du choix de faire autre chose, comme des téléromans ou à manger ou le baseball si on est l’été.

 

Le narrateur a 10 ans et il parle de la saison 1966-1967 et surtout de Canadien. C’était la première année que je collectionnais les cartes et la dernière où il y avait juste six équipes. On ne savait pas encore à l’époque qu’un jour on allait développer une nostalgie de cette belle époque parce qu’on était en plein dedans et la nostalgie du présent c’est un peu compliqué à avoir. En tout cas, moi j’étais encore loin d’avoir 10 ans, mais je m’en souviens pareil. J’étais Henri Richard dans la cuisine entre la porte des toilettes et la machine à coudre Singer et Henri Richard jouait partout, même dans les buts et il ne servait à rien de me demander quand est-ce qu’il trouvait le temps de changer de jambières parce qu’il n’y avait pas de réponse à ça.

 

Le premier livre, ça fait 25ans, et maintenant les aventures qui nous sont racontées ont presque 50 ans. Marc Robitaille en a ajouté de nouvelles qu’il avait peut-être oubliées quand il était jeune et il a mis plein d’images toutes en couleurs parce que, comme il dit, c’est pas vrai que la vie était en noir et blanc, même si ça fait longtemps en mautadit et que les films essaient de faire croire que oui. À vrai dire, ça fait si longtemps que cette année-là Toronto avait gagné la Coupe Stanley, ce qui n’arrive plus de nos jours.

 

Je me suis replongé dans tout ça comme si je n’étais pas moi-même vieux et comme si mon père en avait encore plein les poches. Je veux d’ailleurs dire à Marc Robitaille que ce n’était pas la faute à mon père parce qu’il apportait les paquets pas développés, mais moi aussi j’avais une tonne de cartes d’O. Kurtenbach et que c’était inutile d’essayer de les échanger parce que tout le monde était pogné avec le même problème.

 

Et Dick Duff, je l’avais, et je l’ai encore. Quand j’ai envie de rajeunir, je vais direct dans ma boîte de cartes, sans passer par le demi-siècle qui m’est tombé dessus depuis. Il n’en fallait vraiment pas beaucoup pour être heureux.

3 commentaires
  • Murray Henley - Inscrit 5 novembre 2013 16 h 03

    Merci

    Très bon texte. Ça fait un bout que je n'avais pas entendu parler d'Orland Kurtenbach.

  • Jean Bernatchez - Inscrit 5 novembre 2013 17 h 52

    La soeur de Dick Duff

    Les cartes, oui, mais aussi l'odeur si caractéristique de la gomme balloune rose. Des chiques grosses comme le poing. Puis ma grande soeur qui m'avait fait croire qu'elle connaissait bien la soeur de Dick Duff. Mais pourquoi la soeur de Dick Duff aurait fréquenté une école francophone de mon Campivalence natal? Elle m'avait aussi fait croire, ma soeur, que Léonard de Vinci avait inventé les draps contours et la tapisserie fleurie. J'avais écrit ça dans un travail scolaire, une "composition" agrémentée d'une image tirée d'un catalogue où l'on voyait bien que le drap illustré était un drap contour. Vraiment, il ne faut pas se fier à une seule source, même s'il s'agit d'un membre de la fratrie.

  • Lucien Vallières - Abonné 6 novembre 2013 17 h 21

    Merci monsieur Dion

    Très belle chronique, qui m'a replongé dans ma jeunesse moi-aussi, avec beaucoup de plaisir, et en évitant la sempiternelle nostalgie. J'en ai profité pour me remettre le nez dans les vieilles cartes que je garde précieusement, pour retrouver des noms oubliés, qui nous faisaient rigoler, ex. Fred Sasakamoose (Chicago), Hubert "Bill" Quackenbush (Boston), Metro Prystai (Detroit), Aloysius "tod" Slaon, Stephen Kraftcheck (New York), etc. Ça sonnait différemment des noms des gens de la "paroisse", comme on disait à à l'époque. Aussi j'ai revu un certain Gordon Howe, ainsi que Miles "tim" Horton. J'ai oublié le prix des paquets de cartes de l'époque de la fin des années 50; 0,05 cents le paquet peut-être, gomme baloune comprise?