#chroniquefd - Le bonheur est dans la ville

Parfois, dans les soirées mondaines, l’envie et la convoitise peuvent apparaître à des moments improbables.

 

Essayez pour voir en parlant de déplacements à vélo, en ville, pour aller au travail, à l’épicerie, au musée… Évoquez un rapport plus que distant à l’automobile dans votre vie quotidienne, placez au passage qu’autour de votre maison, les commerces sont accessibles à portée de marche et la jalousie, normalement, se montre rapidement le bout du nez, particulièrement chez ceux qui passent chaque semaine trop de temps dans leur SUV, sur un pont où un axe routier notoirement congestionné.

 

Le lien de cause à effet peut sembler banal, mais il devrait désormais, à l’heure où Montréal se prépare à écrire une nouvelle page de son histoire, devenir plutôt une source d’inspiration pour des bâtisseurs de ville. Ces expressions d’envie, qui apparaissent parfois entre une saucisse cocktail et un verre de chardonnay, sont en effet une preuve de plus qu’en ville le bonheur peut parfois tenir à pas grand-chose, particulièrement si ce pas grand-chose est accessible à pied ou à vélo.

 

La science est d’ailleurs assez unanime sur la question, rappelait vendredi dernier - heureux hasard - The Guardian en levant le voile sur les secrets des villes heureuses. Le quotidien de Londres y décrypte finalement une recette déconcertante de simplicité : les villes heureuses sont celles qui offrent une trame urbaine favorisant la proximité des individus entre eux tout en enrayant l’étalement urbain et en luttant contre des temps de déplacement trop longs, en voiture au pire et en transport en commun au mieux. Oui, parfois, l’humain a besoin d’études solides pour mettre en relief le bon sens.

 

Plus loin, plus cher

 

Les méfaits sur les citoyens d’un schéma de développement urbain où la voiture est incontournable et les distances trop longues entre maison et travail relèvent de l’évidence, particulièrement pour ce duo d’économistes de l’Université de Zurich en Suisse qui, après avoir sondé le coeur de milliers de banlieusards en Allemagne arrive à cette conclusion : lorsqu’on doit composer avec une heure de transport par jour, on doit également s’activer pour amasser 40 % de revenus de plus qu’une personne qui va à pied au travail, et ce, pour assurer le bon roulement de son quotidien.

 

L’étalement urbain coûte cher, et pas seulement financièrement. Une étude suédoise a mis en effet en lumière le fait qu’un urbain affligé par 45 minutes de transport par jour a aussi 40 % plus de risque de divorcer que celui qui réside plus proche de son lieu de travail. Cette même étude rapporte également ce constat troublant : la confiance que l’on a dans les gens autour de nous diminue significativement dans les environnements où la voiture est un mode de transport unique, alors qu’elle augmente dans les quartiers propices à la vie piétonnière.

 

La vie de « pendulaire », ces gens qui, sur une distance appréciable vont le matin et reviennent le soir, n’est donc pas la condition idéale pour donner corps à une ville heureuse, et des chercheurs de Hewlett-Packard ont même un début d’explication pour répondre au « pourquoi ? ». Dans les derniers mois, ils ont en effet placé des senseurs sur le corps de plusieurs centaines de ces travailleurs en mouvement, forcés d’aller au travail en voiture ou en train. Ça se passait en Angleterre et leurs résultats donnent un peu froid dans le dos : à l’heure de pointe, ces urbains, pris dans le flux du trafic routier ou ferroviaire, atteignent en effet un niveau de stress équivalent à celui d’un pilote d’avion de chasse en action, expliquent-ils, ou encore d’un policier des forces antiémeute face à une foule en colère.

 

Ceci explique sans doute cela, mais également le fait que Londres a beau être la ville la plus riche de la Grande-Bretagne, c’est aussi celle où les urbains heureux sont rares, précise The Guardian, la faute allant à un environnement qui n’est pas assez piétonnier.

 

Des gens heureux

 

C’est que les gens heureux se baladent, c’est bien connu, et même démontré par un professeur de psychologie de l’Université de Californie qui a placé un podomètre - ce truc qui calcule le nombre de pas que l’on fait quand on marche - dans les poches de plusieurs de ses étudiants. Résultat : ceux qui marchaient le plus étaient aussi les moins dépressifs, les plus optimistes, les plus sociables. Ce mode de déplacement éloigne en effet de ce qu’on appelle les déserts sociaux, ces environnements où les humains se côtoient sans se voir, comme sur le stationnement d’un grand centre commercial ou sur un pont, immobilisé dans sa voiture.

 

Déjà en 1969, l’économiste américain Eric Britton, une sommité en matière de ville et de transport, appelait les villes à faire face à leur modernité en rompant avec les vieux modes de déplacement (la voiture est là-dedans) et en élaborant une nouvelle grammaire urbaine où la mobilité se doit désormais d’être plus humaine (le vélo et les piétons entrent dans cette catégorie). On se dit, du coup, qu’en 2013, il n’est encore pas trop tard pour l’écouter.

 

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