Buick Verano - Changer les perceptions

On remarque d’emblée l’air de famille avec les deux autres berlines de la marque (Regal et LaCrosse) ; en fait, on dirait une mini-Regal. Cette allure résolument européenne donne le ton : la petite Buick n’a rien à voir avec ses ancêtres.
Photo: Philippe Laguë On remarque d’emblée l’air de famille avec les deux autres berlines de la marque (Regal et LaCrosse) ; en fait, on dirait une mini-Regal. Cette allure résolument européenne donne le ton : la petite Buick n’a rien à voir avec ses ancêtres.

Je vieillis. Moi qui, hier encore, ne jurais que par les petites voitures nerveuses dans lesquelles on est assis au ras du sol, je prends de plus en plus goût au confort. La cinquantaine approche à grands pas, dans quelques mois ; mais attention, je ne suis pas assez vieux encore pour rouler en Buick ! Du moins, le pensais-je.

 

Pour moi comme pour bien des gens, la Buick était la dernière étape avant la résidence pour personnes âgées. Consciente de son problème d’image, cette marque a donc entrepris de rajeunir sa clientèle. Un long processus, qui peut prendre plus d’une décennie avant que la perception ne commence à changer. GM le sait très bien parce que Cadillac a amorcé un virage similaire au tournant du XXIe siècle et commence à en récolter les fruits.

 

Buick a bien fait les choses jusqu’à maintenant, grâce notamment à la précieuse contribution de ses antennes européenne (Opel) et coréenne. La Regal, par exemple, est une Opel Insigna rebaptisée et son appellation est son seul lien avec le passé de la marque. Pour le reste, elle n’a rien en commun avec la grosse Buick de votre père, grand-père ou arrière-grand-père…

 

Dans la foulée de ce long processus, il fallait aussi séduire les acheteurs de berlines de luxe d’entrée de gamme. Ce mandat a été confié à la Verano, première Buick compacte depuis la défunte (mais pas regrettée) Skyhawk des années 80. Celle-ci n’était rien d’autre qu’une Chevrolet Cavalier grossièrement maquillée en Buick. La Verano reprend elle aussi la plate-forme et les principaux organes mécaniques d’une Chevrolet, mais toute comparaison s’arrête là, ne serait-ce que parce que la Cruze est une voiture infiniment meilleure que la médiocre Cavalier.

 

Air de famille

 

Comme à la grande époque, dans les années 40 et 50, on reconnaît aujourd’hui les Buick au premier coup d’oeil - si on les regarde de face, à tout le moins. Leur calandre, ornée, comme il se doit, de l’écusson de la marque avec les trois boucliers, est leur signature visuelle. On remarque aussi d’emblée l’air de famille avec les deux autres berlines de la marque (Regal et LaCrosse) ; en fait, on dirait une mini-Regal. On ne s’en plaindra pas, cette dernière étant une réussite esthétique. Cette allure résolument européenne donne le ton : la petite Buick n’a rien à voir avec ses ancêtres.

 

Contrairement aux allemandes, qui multiplient les configurations, la Verano ne se décline qu’en berline. Pas de coupé, ni de décapotable au menu.

 

Métamorphose

 

La métamorphose de cette auguste marque américaine se voit aussi à l’intérieur. À part l’écusson au centre du volant, rien n’évoque les Buick d’antan et c’est exactement ce qu’il faut faire si on veut attirer des acheteurs plus jeunes. La présentation est moderne, à la fois sobre et cossue, sans verser dans le clinquant. Le kitsch des années 70 et 80 a bel et bien été évacué. Oh, il y a bien quelques « classiques » : les cadrans et les boutons cerclés de chrome, les appliques de bois à l’intérieur des portières et sur la console… Mais tout ça est fait avec goût et discrétion, deux mots qui avaient disparu du vocabulaire Buick.

 

Il ne reste plus aucune trace de l’affreux plastique dur qui sévit depuis des décennies chez GM. Non seulement la présentation, la finition et l’assemblage se placent à l’abri des reproches, mais ils sont désormais à niveau avec les autres marques de luxe. L’ergonomie est un autre concept qui semble enfin avoir été compris. Dans la Verano, il n’y a rien de compliqué et tout est à la bonne place, avec des commandes faciles à manipuler. Pas besoin d’être un surdoué techno pour s’y retrouver, ce qui est très bien, car la clientèle visée n’est pas non plus celle des 18-30 ans. Toujours dans le rayon pratique, soulignons la présence de nombreux espaces de rangement, incluant une grande boîte à gants à deux paliers.

 

L’ADN d’une Buick

 

Tout ça est bien beau, mais une Buick se doit aussi d’être confortable et silencieuse. Ces qualités font partie de l’ADN de la marque et on en a tenu compte. À l’avant, les sièges respectent la notion de confort telle qu’on la conçoit au XXIe siècle ; autrement dit, on ne s’enfonce plus dans de gros fauteuils mous n’offrant aucun maintien. Les baquets ont juste ce qu’il faut de fermeté et de soutien.

 

À l’arrière, ça ira tant que vous êtes de taille moyenne et que celui ou celle qui est devant n’a pas trop reculé son siège. Je mesure 1,75 m et, avec le siège avant réglé pour moi, j’avais juste assez de place derrière pour la tête et les jambes. Par contre, la banquette est tout aussi confortable que les sièges avant, ce qui est l’exception plutôt que la règle.

 

Le soin apporté à l’insonorisation est ce qui m’a le plus impressionné. La technologie Quiet Tuning donne des résultats concrets : on entend à peine le ronronnement du moteur et les bruits de roulement, au point que je me serais cru dans une Lexus. C’est tout dire.

 

Sous le capot : que du bon !

 

Deux motorisations à 4-cylindres sont au menu, l’une atmosphérique et l’autre, suralimentée par un turbocompresseur. Offert en entrée de gamme, le moteur de 2,4 litres impressionne par son rendement à tous les égards. Il tourne tout doucement, sans aucune vibration, et ses 180 chevaux suffisent à la tâche : les accélérations comme les reprises ne sont jamais laborieuses. La seule déception vient de la consommation, qui ne tient pas ses promesses. En ville, je n’ai pas réussi à descendre en dessous de 11 litres au 100 kilomètres, pour une moyenne de 9 litres au 100 kilomètres au combiné (ville et route). Avec un 4-cylindres à injection directe et une boîte automatique à six rapports, je m’attendais à mieux.

 

Conformément à la vocation de cette voiture, ladite boîte se distingue par sa grande douceur. Ce n’est pas la plus rapide lors des changements de rapports, mais elle compense par sa grande fluidité et c’est ce que veut la clientèle cible. Cela dit, les acheteurs qui veulent un peu plus de mordant peuvent se tourner vers le moteur turbo de 2 litres. La puissance fait un bond considérable (250 chevaux), les performances aussi et la consommation augmente à peine. Ce moteur vif, souple et silencieux est sans l’ombre d’un doute le meilleur 4-cylindres jamais produit par GM. Voilà, c’est dit.

 

Agréable sur tous les plans

 

S’il fallait une autre preuve que l’ère de la grosse Buick est révolue, la voici. La conduite n’a rien, mais alors là rien à voir avec celle de ses ancêtres. La Verano est une voiture de son temps, qui tient la route et se comporte comme une voiture du XXIe siècle. En bonne traction, elle sous-vire un peu si on aborde un virage de façon plus agressive, mais l’antipatinage fait un travail remarquable et il n’entre en action que si l’on pousse très fort. Le roulis, lui, est réduit au minimum ; fini, le mal de mer dans une Buick !

 

Les concepteurs de la Verano ont toutefois pris soin de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Les Buick d’antan, faut-il le répéter, avaient aussi de grandes qualités et la Verano respecte les standards de la marque en matière de confort. La douceur de roulement de cette compacte se compare avantageusement à celle d’une voiture plus grosse ou plus chère. Les ingénieurs qui ont travaillé sur les trains roulants de cette voiture méritent des applaudissements, tant pour l’équilibre entre le confort et la tenue de route que pour l’amortissement qui absorbe avec doigté les trous, bosses et autres aspérités. Ajoutez à cela une direction précise, bien dosée, et tout ça rend la conduite de cette voiture agréable, peu importe votre notion d’agrément de conduite.

 

Conclusion

 

Lors de sa retentissante faillite, en 2009, et de la restructuration qui a suivi, GM a dû éliminer quelques-unes de ses marques (Pontiac, Saturn, Hummer et Saab). Plusieurs se demandaient si Buick, une marque vieillissante, n’aurait pas dû passer elle aussi à la trappe et pour être parfaitement honnête, j’étais de ceux-là. Et pourtant… J’avais été agréablement surpris par la Regal ; je l’ai été tout autant par la Verano, au point que je pourrais même la considérer si je devais m’acheter une voiture. Croyez-moi, je ne pensais jamais écrire ça un jour ! Est-ce moi qui vieillis ? Ou Buick qui rajeunit ? La réponse se situe quelque part entre les deux, sans doute… Chose certaine, les Buick d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec leurs aïeules, si ce n’est qu’elles demeurent une référence au chapitre du confort et du silence de roulement. La partie n’est pas gagnée pour autant : malgré de bonnes critiques, les acheteurs ne se bousculent pas. Changer les perceptions, faut-il le répéter, est un long processus…

 

 

Collaborateur