Pourquoi se priver d’importations privées?

Actuellement, 43 agences font partie du Regroupement des agences spécialisées dans la promotion des importations privées des alcools et des vins (RASPIPAV), bien qu’il soit aussi possible de commander son vin en importation privée via l’Association des agences de vins, bières et spiritueux (AQAVBS)).
Photo: Jean Aubry Actuellement, 43 agences font partie du Regroupement des agences spécialisées dans la promotion des importations privées des alcools et des vins (RASPIPAV), bien qu’il soit aussi possible de commander son vin en importation privée via l’Association des agences de vins, bières et spiritueux (AQAVBS)).

La proverbiale grisaille de novembre se voit encore une fois éclaircie cette année par une batterie d’événements qui risquent de rendre le vin encore plus gai que celles et ceux qui en feront bon usage. Que ce soit Montréal Passion Vin, La Grande Dégustation de Montréal, la Dégustation des vins d’Italie, la Fête des vins du Québec ou le Salon des importations privées et l’arrivée pompette du gouleyant Beaujolais nouveau, pour n’en nommer que quelques-uns.

 

Si novembre égale vin, je n’ose imaginer décembre ! Le jus fermenté de la treille aurait été inventé spécialement pour nous, au Québec, que je n’en serais pas le moindrement surpris. Même si notre monopole d’État peine dorénavant à boucler à la hausse ses marges bénéficiaires par trimestre, le vin demeure toujours - comme le veut l’expression consacrée - ce lubrifiant social sans lequel l’humain serait non seulement condamné à se tourner les pouces mais aussi à errer, voire à tituber sans soif, jusqu’à la nuit des temps. Pas confortable comme perspective.

 

Des mythes déboulonnés

 

Parce que votre chroniqueur est un être particulièrement grégaire, il y a de fortes chances que nous nous croisions ce mois-ci quelque part entre bouchons, bouteilles et tire-bouchons. Au Salon des importations privées, par exemple.

 

Déboulonnons déjà quelques mythes au sujet de ces fameuses importations. D’abord, oui, tout le monde peut importer vins et alcools au Québec, par soi-même ou par l’entremise d’une agence promotionnelle établie oeuvrant déjà dans le milieu du vin et donc en relation commerciale avec la SAQ. Dans les deux cas, le monopole est incontournable.

 

Actuellement, 43 agences font partie du Regroupement des agences spécialisées dans la promotion des importations privées des alcools et des vins (RASPIPAV), bien qu’il soit aussi possible de commander son vin en importation privée via l’Association des agences de vins, bières et spiritueux (AQAVBS)). Actuellement, 75 % des produits issus de cette filière le sont par l’entremise des restaurateurs qui apprécient l’exclusivité de l’offre et la font partager à leurs clients.

 

Les importations privées ont le vent dans les voiles. « Entre 2009 et 2013, elles sont passées de 62 millions à 98 millions de dollars, glissant de 2 237 000 à 3 453 000 litres, soit, pour 2013, 2,6 % des ventes, tous produits confondus », me disait cette semaine Linda Bouchard, de la SAQ. À la majoration habituelle appliquée par le monopole, « 10 % s’ajoute pour couvrir les frais d’opération », a-t-elle ajouté

 

« Nous sommes les cavistes de demain », y allait pour sa part Pierre Berlichi, porte-parole du RASPIPAV. Des cavistes, oui, mais sans boutique avec pignon sur rue. Pourquoi la SAQ ne céderait-elle pas aux agences le soin de vendre en boutique ces importations privées pour une clientèle ciblée, se libérant du coup de la lourdeur d’une gestion des stocks qui embarrasse d’autant plus la SAQ qu’elle pourrait se concentrer sur l’essentiel des produits courants ou des spécialités en succursales ?

 

On a l’impression qu’il y a une SAQ à deux vitesses au Québec, avec une offre ici en augmentation, visiblement inconnue de la grande majorité des consommateurs. Lors d’un déjeuner de presse, il y a trois ans de cela, je lançais l’idée au p.-d.g. Philippe Duval de regrouper l’offre globale des produits vendus à la SAQ sur l’unique site saq.com. « Le dossier est ouvert. Des discussions à ce sujet seront relancées en janvier prochain lors de prochaines rencontres », me confirmait Mme Bouchard. Ce serait déjà un bel exemple de transparence. En plus d’être utile pour tous les consommateurs.

 

Quelques livres

 

J’aurais aimé vous parler de la 10e édition du Guide Aubry 2014. Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $, mais ne le ferai pas. Ce serait comme demander à Nadia Fournier si elle aime son Guide du vin. À vous de boire. Je peux toutefois citer Champagnes et autres bulles (Modus Vivendi), du collègue Guénaël Revel, dont les éditions gagnent en ampleur avec les millésimes ; le sympathique Lapeyrie 2014 (Les éditions de l’Homme), offert sous format d’agenda bourré comme une cave à vins bien remplie de suggestions ; ou encore cette rencontre avec des sommelières et sommeliers qui ouvrent les portes de leur cave dans leurs restaurants respectifs, avec Un sommelier à votre table, des auteurs Jessica Harnois et Alexandre Marchand (Québec Amérique).

 

Je pourrais aussi vous suggérer, sans vous tordre un bras ni la moindre papille gustative, d’opter pour un abonnement à l’intègre magazine LeRouge leBlanc (lerougeetleblanc.com), une revue dépourvue de publicité et inspirante pour les amateurs pointus en matière de vin. Un beau cadeau à offrir à Noël (eh oui, déjà !) au beau-frère qui sait tout, tout, tout.

 

À moins qu’on parle de la référence européenne en matière de guide, le Bettane Desseauve des vins de France 2014 (La Martinière) où l’intégrité transpire tout autant que le professionnalisme de la démarche.

 

Un prix pour les vins du Nouveau Monde

 

S’il est un auteur prolifique connu du Nunavik jusqu’à Buenos Aires en passant par Rome et Brossard, P.Q., c’est bien Jacques Ohron. Comme pour les dégustations, il est même toujours en avance d’une bonne demi-heure sur le prochain bouquin à écrire ! Le sommelier globe-trotter recevait tout dernièrement, dans la catégorie « Vins et Territoires », le prix du Jury de l’Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV) pour son tome 3, Les vins du Nouveau Monde. Amérique du Nord (Les Éditions de l’Homme), écrit en collaboration avec la sommelière conseil et chroniqueure vins Hélène Dion. Un bon livre de référence dans le domaine. Bravo aux deux, bravo pour le Québec et le savoir-faire qui s’y niche !

 

 

Jean Aubry est l’auteur du Guide Aubry 2014. Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $, qui paraissait le 3 octobre dernier.

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