Question d'image - Ils étaient quatre…

Dans une semaine, les jeux seront faits. Et dès mardi matin, Montréal aura un maire… à moins que ce ne soit une mairesse. Il était temps. Alors, espérons-le, on aura enfin tourné une page. Et quelle page ! Une page souillée des taches laissées par les affaires, la corruption, les malversations et les jeux de coulisses, les enquêtes, les démissions, les arrestations et autres rebondissements de toutes sortes, qui ont vilainement altéré l’image de la cité. Et si ce n’était que son image.

 

Tourner une page est une chose, en écrire une nouvelle est une tout autre histoire.

 

Pour éviter que les séquelles de cette pénible année soient durables et tenaces, la prochaine administration devra, dès le premier jour, s’attaquer à la réforme et au déploiement des procédures strictes qui s’imposent pour assainir la gestion de la métropole. Vaste chantier.

 

Le pain sur la planche ne manquera pas. La santé physique et psychologique (moral des citoyens) de Montréal est bien relative. Ses infrastructures sont usées et les Montréalais en ont ras le bol ! Montréal doit revoir sa copie en profondeur. Transport, innovation, développement économique et social, environnement. Contrer enfin cette ghettoïsation qui menace l’harmonie éclectique, celle d’ordinaire qui crée la spécificité tant recherchée de la métropole.

 

Bref, c’est dire si le prochain maire ou la prochaine mairesse devra non seulement porter l’espoir du renouveau, mais également posséder et incarner la capacité de mener à bien la multitude de ces chantiers. Il en va du rayonnement de Montréal, ici comme à l’étranger. Pour redonner la confiance aux citoyens et à ceux et celles qui contribuent à bâtir une économie urbaine innovante, dynamique et durable. Un premier signe encourageant : la teneur et le ton de la campagne.

 

Vous êtes-vous, comme moi, passionné pour cette course à la mairie ? Campagne, me semble-t-il, d’un assez bon niveau. Période durant laquelle les quatre aspirants ont eu tout le loisir - par l’entremise des très nombreux débats auxquels ils se sont livrés - de faire valoir leur vision, leur programme et aussi montrer leur véritable personnalité. Ont-ils réussi ? Ont-ils failli ? Affichent-ils un bilan mitigé ? La réponse ultime, nous l’aurons lundi prochain. D’ici là, le suspense va durer jusqu’au bout, car bien des électeurs ont encore le temps de changer d’avis. « À eux quatre, me glisse à la blague un collègue, ils formeraient un fichu de bon maire ! » Pas fou. Plus complémentaires que véritablement antagonistes, ils ont parfois donné l’impression que leurs capacités respectives gagneraient à s’« hybrider » pour faire éclore ce « gouverner autrement » tant attendu des Montréalais.

 

Sur le plan de l’image, on peut néanmoins constater que les différences sont beaucoup plus nettes.

 

Il est incontestable que Mélanie Joly est la grande gagnante de cette joute avant la joute. Relationniste de profession, elle a su profiter de sa jeunesse, de son genre et de tous ses atouts différenciant - y compris transformer son inexpérience en un avantage garant de renouveau absolu. Elle pourrait suivant un effet de domino connu en politique, créer toute une surprise. Elle est la candidate du « pourquoi pas ? », la candidate de l’impulsion.

 

Denis Coderre est resté lui-même. Plus retenu cependant qu’à l’ordinaire. Sans doute parce qu’il fait figure de favori dans les sondages. Ses détracteurs y voient un manque de profondeur et de vision. Ses partisans, eux, le choisiront pour son réalisme politique en regard d’une gestion municipale qui s’annonce, dès le lendemain de l’élection, beaucoup plus ardue qu’on pourrait le soupçonner, et ce, dans de multiples dossiers. Il est le candidat du réalisme.

 

Des quatre aspirants, Richard Bergeron, malgré un charisme relatif, est celui qui a donné l’image du plus créatif, du plus visionnaire. Au point de faire peur parfois à ceux qui pensent que les problèmes criants de la cité constituent davantage la priorité que tout autre projet. De tous les candidats, il est aussi celui dont la pensée sociale est la plus développée, avec des projets concrets. Sans être le candidat rêvé, il est, néanmoins, le candidat du rêve.

 

Marcel Côté n’a jamais véritablement trouvé sa zone de confort, et ça a paru. D’abord gêné par la position politique ambiguë de « Coalition Montréal » sur fond de tension avec Louise Harel, puis fortement déstabilisé par l’affaire des appels robotisés anonymes. C’est un peu injuste, car Marcel Côté est un homme de calibre, un gestionnaire d’expérience qui a fait ses preuves tout au long de sa longue carrière professionnelle. Un contributeur dont la gestion financière et la vision économique de la Ville auraient sans doute grand besoin. Il est, hélas, le quatrième candidat.

 

Quelle que soit l’issue de ce scrutin à suspense, il faut noter, sur une note positive, qu’à eux quatre, ils ont su démontrer qu’il était possible d’élever le débat municipal et de se passionner pour l’avenir de Montréal. En cela, ils méritent déjà le respect.

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