D’abord et avant tout

Philippe Couillard a sans doute raison de croire que la prochaine élection marquera le retour au bipartisme. La question est de savoir comment libéraux et péquistes se partageront les dépouilles de la CAQ.

 

Sur la base des résultats du dernier sondage CROP, le simulateur du site Too Close to Call n’accorde plus que cinq circonscriptions (Beauce-Nord, Chauveau, Chutes-de-la-Chaudière, Granby et La Peltrie) à la CAQ. Sur les 14 autres qu’elle a récoltées le 4 septembre 2012, la moitié basculerait dans le camp libéral et l’autre moitié dans le camp péquiste. En réalité, certaines luttes s’annoncent si serrées qu’il est impossible de savoir exactement comment les choses vont tourner.

 

Le cas de La Prairie, qui a changé d’allégeance à chaque élection depuis 1998, est un bel exemple. À la dernière élection, le caquiste Stéphane Le Bouyonnec l’a emporté par seulement 75 voix sur le PQ, qui l’avait emporté en 2008. En 2007, l’ADQ avait ravi la circonscription au PLQ, qui l’avait lui-même arrachée au PQ en 2003.

 

Si l’ADQ l’a emporté de justesse en 2007, alors qu’elle avait recueilli 30 % de voix dans l’ensemble du Québec, il apparaît hautement improbable que la CAQ puisse conserver La Prairie, alors que les sondages ne lui en accordent plus que 15 %. D’ailleurs, M. Le Bouyonnec aura-t-il seulement envie de se représenter dans ces conditions ?

 

Pour défendre ses couleurs, le PLQ a jeté son dévolu sur l’ancien député adéquiste de la circonscription voisine de Chambly, Richard Merlini, qui prétend avoir redécouvert ses racines libérales, mais qui aurait été tout disposé à représenter la CAQ l’an dernier, si seulement François Legault avait voulu de lui. Le PQ lui opposera vraisemblablement Pierre Langlois, chef de cabinet de la ministre déléguée à la Politique industrielle et de la Banque de développement économique du Québec, Élaine Zakaïb, candidat malheureux en 2012.

 

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Déjà victime de la polarisation provoquée par la Charte des valeurs québécoises, la CAQ devra aussi composer avec le retour inattendu de la question nationale à l’ordre du jour, à la faveur de la contestation de la loi 99 sur les « droits fondamentaux du peuple québécois » et, dans une moindre mesure, la querelle provoquée par la nomination du juge Marc Nadon à la Cour suprême.

 

Sur le fond, ni l’un ni l’autre de ces différends entre Québec et Ottawa ne sont de nature à soulever un grand intérêt dans la population. Ils n’en forcent pas moins libéraux et péquistes à clamer bien haut leur divergence fondamentale sur l’avenir politique du Québec, dont les électeurs caquistes ne peuvent faire abstraction, quoi qu’en dise François Legault, pas plus qu’ils ne peuvent demeurer indifférents au débat sur la Charte des valeurs. Dans le secret de l’isoloir, ils risquent de se retrouver devant un sérieux dilemme : leur priorité va-t-elle à la défense de l’unité canadienne où à l’adoption de la Charte des valeurs ?

 

L’indignation manifestée par le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, Alexandre Cloutier, également responsable de la Gouvernance souverainiste, ne laisse aucun doute sur la volonté du gouvernement Marois de tirer profit des récentes initiatives du gouvernement Harper, même si le spectre d’élections précipitées semble avoir soudainement déserté les corridors de l’Assemblée nationale.

 

Les réactions de Philippe Couillard et du porte-parole libéral en matière de relations fédérales-provinciales, Pierre Moreau, témoignent tout aussi éloquemment de la ferveur fédéraliste du « nouveau PLQ » qui, à cet égard comme à bien d’autres, ressemble dangereusement à l’ancien.

 

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Mardi, à l’Assemblée nationale, le PLQ n’a pas eu d’autre choix que d’appuyer la motion gouvernementale dénonçant l’intervention fédérale dans la contestation de la loi 99, sous peine de s’aliéner même les plus mous des nationalistes. Le ton très partisan utilisé par Pierre Moreau, contrairement à la CAQ et à Québec solidaire, démontrait cependant tout le mal que les libéraux en pensent toujours.

 

Il y a un contraste frappant entre l’inquiétude de l’ancien ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoit Pelletier, selon lequel l’initiative d’Ottawa constitue « une négation du droit des Québécois de choisir », et la désinvolture de M. Couillard, qui n’y voit qu’un « petit conflit avec le fédéral », que le gouvernement Marois aurait amplifié pour faire diversion.

 

En voyant soudainement apparaître Daniel Johnson aux côtés du chef libéral, qui lui a confié la présidence de la prochaine campagne libérale, plusieurs se sont souvenus des propos tenus par M. Johnson peu après être lui-même devenu chef. « Je suis Canadien d’abord et avant tout », avait-il déclaré. Décidément, rien ne change au PLQ.

4 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 24 octobre 2013 08 h 32

    C'est toujours LA question

    Même si les gens se disent tannés de la question, même si on dit l'indépendentisme mort ou au moins dormant, la question nationale demeure un puissant courant politique sous-jacent. Il n'y a pas de doute que l'appui majoritaire des francophones à la fameuse Charte tient au moins autant à un sentiment identitaire qu'à une position idéologique sur la place des religions. Il n'y a pas de doute que la Parti Libéral est avant tout un parti fédéraliste comptant sur l'appui indéfectible des anglophones; Madame Houda-Pepin y ravale ses idées anti-islamistes pour ne pas nuire à la grande cause anti-séparatiste. Il n'y a pas de doute qu'à Montréal la population anglophone ou anglicisée comprenant plusieurs communautés culturelles vote en bloc au municipal pour le parti vu comme résolument fédéraliste (Union Montréal, puis Coderre ou Joly) même si cette question n'a aucune pertinence au niveau municipal; il n'y a qu'à voir comment tous les anciens d'Union Montréal de St-Léonard et de St-Laurent se sont joints à Coderre et l'attrait de Joly, une fan de Justin Trudeau, pour les jeunes anglos cool.

  • Gilbert Talbot - Inscrit 24 octobre 2013 12 h 53

    Pas d'élections cet automne

    N'en déplaise à Philippe Couillard, il n'y aura pas d'élections cet automne, même si, curieusement, François Legault dit être prêt à y aller. Ça ne servirait à rien. On se retrouverait avec un autre gouvernement minoritaire, à moins que les indépendantistes fassent alliance, ce qui malheureusement, n'est pas dans les vues de Pauline Marois. Une alliance indépendantiste pourtant donnerait un signal stimulant pour l'avenir de l'option, nous sortirait de la morosité ambiante et nous donnerait l'énergie nécessaire pour aller se battre au front.

    Et pourtant, le débat autour de questions comme la charte des valeurs du ministre Drainville, ou l'encadrement des soins en fin de vie, incluant l'euthanasie, de la ministre Hivon donnent une bonne idée comment faire de la politique autrement, en s'ouvrant au consensus plutôt qu'à la dictature de la majorité. Pourquoi on ne traiterait pas de la même façon la grande question de la souveraineté, en réunissant tous ses défenseurs dans une grande alliance au-dessus des partis, comme veut le faire le Nouveau Mouvement pour le Québec, 
mouvement qui vise à regrouper les indépendantistes et à leur redonner une voix forte, afin de donner la chance aux Québécois de dessiner eux-mêmes leur avenir. Savez-vous qu'il y aurait une quarantaine de mouvements souverainistes au Québec, selon les dirigeants même du PQ? Pourquoi ne pas les réunir plutôt que de vouloir les saborder ?

    http://www.radio-canada.ca/nouvelles/politique/201

  • Colette Pagé - Inscrite 24 octobre 2013 13 h 43

    Un parti qui a du mal à se renouveler et à faire de la politique autrement !

    Manifestement, l'arrivée au PLQ de l'ex PM Johnson n'est certainement pas à l'évidence la démonstration du renouvellement du Parti. C'est plutôt la preuve que ce Parti a du mal à prendre son envol avec un chef qui tarde volontairement à faire son entrée à l'Assemblée nationale, préférant surfer sur la vague favorable pour un temps aux "outsiders". Mais tout cela ne peut durer qu'un temps ! Ajoutons que ce n'est certes pas la présence plus voyante des députés Paradis et Fournies qui contribuent à donner du lustre au Parti.

  • François Dumas - Inscrit 25 octobre 2013 06 h 36

    La mémoire courte

    Encore une fois, vous avez raison, M. David. Mais encore une fois, on va assister à une parfaite démonstration que l'inculture politique et la mémoire courte vont alimenter la majorité des votes aux prochaines élections. Je ne sais pas combien de générations il faudra au Québec pour que sa majorité atteigne un degré de maturité suffisant pour que l'on puisse avancer à chaque mandat de 4 ans. Que ce soit tantôt à gauche, tantôt ou à droite, mais avancer. Pas reculer comme l'ancien gouvernement libéral nous a fait reculer, nous, le Québec. Il arrive de se tromper, mais de grâce, apprenons de nos erreurs!