Vos placements - Rembourser son hypothèque avec son REER?

Je suis âgé de 56 ans et ai pris ma retraite du secteur de l’enseignement en février dernier. Je reçois une rente mensuelle de 3300 $ après déductions.

 

J’ai toujours été locataire, mais ai profité d’un héritage il y a cinq ans pour devenir propriétaire d’un bungalow en très bon état, dans un secteur très en demande et dont la valeur marchande est de 240 000 $. Il me reste 60 000 $ à rembourser sur l’hypothèque.

 

Je n’ai aucune dette et je parviens avec mes économies à doubler mes paiements mensuels sur l’hypothèque un mois sur trois. J’ai évidemment une assurance décès sur mon hypothèque. Mon fils, jeune adulte, habite avec moi.

 

La conseillère de l’institution financière où je détiens des REER totalisant 80 000 $ me suggère d’utiliser une partie de ceux-ci qui sont investis dans des fonds pour rembourser mon hypothèque. Son argument est que mon niveau de taxation augmentera dans quatre ans lorsque j’aurai droit aux rentes du RPC et de la RRQ.

 

J’avoue que je ne suis pas très à l’aise avec cette suggestion et désire obtenir votre avis.

 

Certes, les taux d’hypothèque sont en croissance, mais c’est un prêt relativement peu cher comparé à la note très salée de l’impôt si je retire mes REER.

 

Je préfère poursuivre mes efforts de remboursements accélérés de mon hypothèque, tout en continuant à faire fructifier mon REER et le conserver pour des urgences.

 

Avez-vous aussi des conseils pour le renouvellement de mon prêt hypothécaire que je devrai faire dans cinq mois ? J’avais un prêt de cinq ans à 5,4 %. J’assume qu’avec la montée des taux d’intérêts, je devrais opter pour un prêt semblable.

 

C.S.L.

 

Je suis surpris de ce conseil de la part de votre conseillère. Selon votre rente mensuelle de 3300 $ après déductions, j’en déduis que votre revenu annuel brut tourne autour de 55 000 $. Cela signifie que votre taux marginal d’impôt combiné est de 38,37 %. Et il restera à ce niveau jusqu’à un revenu annuel de 80 000 $. C’est donc dire que, sans changement notable aux tables d’impôt actuelles, votre taux marginal d’impôt ne sera pas modifié même lorsque vous recevrez à 60 ans (soit dans quatre ans) votre rente du Québec. Quant à votre pension de la Sécurité pour la vieillesse du Canada, vous ne la percevrez qu’à l’âge de 65 ans. Donc, l’argument de votre conseillère voulant que, dans quatre ans, vous paierez plus d’impôt ne tient pas la route.

 

Si vous décidiez d’effectuer des retraits du REER pour accélérer le remboursement de votre hypothèque, vous devriez à tout le moins limiter lesdits retraits de sorte que votre revenu imposable ne dépasse pas 80 000 $ par année. De cette façon, votre taux d’impôt marginal demeurerait à près de 38,37 %.

 

Pour ma part, je vous suggère plutôt de conserver votre REER puisqu’il s’agit du seul coussin de liquidités que vous ayez pour faire face à des imprévus. Je pense qu’accélérer le remboursement de votre hypothèque à même l’épargne réalisée sur votre rente mensuelle de 3300 $ est une avenue sensée et prudente.

 

Par ailleurs, vous dites devoir renouveler votre hypothèque dans cinq mois. Je pense que vous devriez commencer à magasiner immédiatement pour ce faire. Même si les taux affichés pour le terme de cinq ans sont autour de 5,50 %, les institutions financières sont ouvertes à la négociation lorsqu’il s’agit d’attirer de nouveaux clients. Actuellement, en négociant bien, vous pourriez dénicher une hypothèque de cinq ans à un taux fixe de 3,6 % environ, ce qui représenterait une économie certaine par rapport à votre hypothèque actuelle.

 

Évidemment, vous ne pouvez pas réserver ledit taux cinq mois à l’avance. Mais vous pouvez certainement le faire un mois environ avant la date du renouvellement de votre hypothèque.

 

Il importe ici de prendre note des conditions de renouvellement de votre hypothèque, question de vous assurer qu’il n’y ait pas de frais indus advenant que vous changiez d’institution financière.

 

20 000 $ pour une chirurgie

 

Je suis à la retraite depuis huit ans et jouis d’une pension très raisonnable qui me permet de bien vivre sans puiser dans mes modestes épargnes.

 

Ces épargnes sont essentiellement mobilières : 150 000 $ dans un portefeuille à revenu équilibré, 50 000 $ en REER, 50 000 $ en épargne-placements, 25 000 $ en CELI et quelques milliers de dollars dans un compte de chèques. Je n’ai aucune dette.

 

En raison de difficultés dentaires, je dois entreprendre bientôt un traitement pour lequel je devrai débourser entre 15 et 20 000 $.

 

Mon sympathique chirurgien me propose de payer le traitement grâce à un emprunt bancaire sans intérêt durant un an.

 

Je préférerais le payer au comptant à raison de versements égaux à chacune des sept ou huit visites (!) prévues dans les six mois qui viennent.

 

Que me suggérez-vous : puiser dans le portefeuille, le REER ou l’épargne-placement ?

 

Montréal

 

 

Tout est ici question de rendement potentiel de vos investissements et de coût fiscal. Votre portefeuille de 150 000 $ dans les fonds communs d’investissement équilibrés devrait normalement vous rapporter plus que les sommes parquées dans les comptes de banque. Donc, puiser la somme de 15 000 $ à 20 000 $ à même ce portefeuille n’est probablement pas recommandé. Ce serait là une source de financement plus onéreuse que celle d’utiliser les liquidités parquées à un taux annuel de 1 %, peut-être moins, dans les dépôts et certificats de dépôt.

 

Quant à piger les sommes requises dans le REER, outre le rendement potentiel des investissements constituant ledit régime, le coût fiscal en découlant serait trop élevé. En effet, les retraits du REER s’ajouteront à vos autres revenus imposables pour être imposés à votre taux marginal d’impôt, qui sera vraisemblablement au moins de 38,37 %.

 

Quant au CELI, seul le rendement potentiel des placements doit être considéré puisque les retraits n’ont aucune conséquence fiscale. Ce rendement potentiel devrait cependant s’avérer supérieur à celui de votre portefeuille constitué d’unités de fonds communs pour la simple raison que les revenus de placement réalisés à l’intérieur du régime ne sont pas imposables.

 

Conclusion : vous devriez en premier lieu puiser les liquidités requises dans vos comptes d’épargne rapportant très peu après impôt. Si cela ne suffit pas, vous devriez alors prendre des ponctions à même votre portefeuille de fonds communs, dans la mesure où votre institution n’exige pas de pénalités à la vente des unités.

 

Ce n’est qu’en dernier lieu que vous devriez considérer, dans l’ordre, retirer des sommes du CELI et du REER.

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