Revue de presse - Beaucoup de mots et du fromage

C’est la grande question qui a animé la presse anglophone cette semaine : le discours du Trône et l’accord de libre-échange avec l’Union européenne permettront-ils au gouvernement Harper de sortir la tête des scandales qui le touchent ? Pas sûr, proposent les premières réponses.

 

Il était long, ce septième discours présenté par les conservateurs. Plusieurs ont relevé les 7000 mots, les 24 pages ou l’heure nécessaire à sa lecture. Mais ce furent beaucoup de mots pour peu de chose au final, estimait le Globe and Mail en éditorial, jeudi. Le quotidien parle d’une série de petites initiatives peu coûteuses, parfois opportunistes et qui se résument en un slogan. « Ne vous demandez pas ce que vous pouvez faire pour votre pays ; demandez-vous ce que votre pays peut faire pour diminuer votre facture de câble. »

 

Plusieurs des mesures proposées par les conservateurs pour protéger les consommateurs sont déjà défendues par les néodémocrates, note le Globe. Il juge qu’à moyen terme, le programme des conservateurs n’est pas très ambitieux, et qu’il faudra attendre 2015 - date prévue des prochaines élections et du retour à l’équilibre budgétaire - pour voir un programme plus substantiel.

 

Dans le même journal, Bruce Anderson écrit que les conservateurs ont raté une belle occasion de se relancer. Si volumineux fût-il, le discours du Trône n’a pas répondu aux attentes - gonflées par quatre mois de pause et une prorogation. Il n’y a pas de message central fort, dit-il. L’importance de l’accord sur le libre-échange n’a pas été bien expliquée aux Canadiens avant la signature, l’engagement sur les frais cellulaires arrive après que l’industrie eut déjà fait des ajustements, la promesse de cohérence dans le prix des produits entre le Canada et les États-Unis est naïve.

 

« En faisant la promotion d’un programme pro-consommateur qui implique que le gouvernement mette son nez dans les marchés, les conservateurs ont peut-être gaspillé le moment qu’ils attendaient », dit-il.

 

Dans le Toronto Star, Chantal Hébert écrit que le discours donne l’impression qu’il n’y avait rien à corriger dans la gouverne des conservateurs. Elle souligne qu’il y avait beaucoup de rhétorique, et que plusieurs mesures auraient été mieux servies présentées séparément par des ministres.

 

Ceux qui votent conservateur ne seront pas effrayés par le texte, dit-elle. Mais les sondages montrent qu’ils ne sont plus assez nombreux pour donner une autre majorité à Stephen Harper. Or, les autres électeurs ne trouveront rien dans le discours pour se convaincre de voter bleu.

 

Moins de frais sur les cartes de crédit et un choix libre des postes désirés sur le câble peuvent être de bonnes mesures… mais le NPD défend des principes semblables depuis longtemps, rappelle Hébert. Libéraux et néodémocrates sont aussi favorables au développement des ressources naturelles. Le libre-échange ne divise plus comme avant. Reste des mesures sur la loi et l’ordre ou cette idée d’imposer des budgets équilibrés, mais ce sont là des initiatives qui plaisent à la base sans attirer de nouveaux électeurs, croit-elle.

 

« S’il fallait une preuve de plus que les Canadiens forment un des peuples les plus chanceux de l’histoire de l’humanité, nous l’avons, s’exclame pour sa part Mark Sutcliffe dans le Ottawa Citizen.Des générations précédentes ont combattu des épidémies, la Grande Dépression et la guerre froide, et nous vivons à une époque où nos grands défis sont de ne pas être capable de choisir les postes de télévision qu’on veut, que nos factures de cellulaires coûtent cher et qu’il y ait des coûts cachés pour recevoir des relevés papier de nos factures. »

 

Mais la santé ? Pas assez important, raille Sutcliffe. Il note les contradictions d’un gouvernement qui se dit pro-libre marché, mais qui fait preuve d’un « interventionnisme futile » dans ce même libre marché. Futile parce qu’il sera très difficile d’agir pour contrôler les prix des produits vendus aux États-Unis et au Canada. Et aussi parce que l’idée de permettre aux consommateurs de choisir leurs chaînes sur le câble à la pièce arrive au moment où l’industrie passe à autre chose (la télévision sur le Web).

 

Mais bon, dit Sutcliffe : le vrai défi auquel nous faisons face (selon le gouvernement) n’est pas la santé ou les prix imposés aux consommateurs. « C’est de savoir comment gagner une quatrième élection de suite. »

 

Libre-échange

 

Concernant l’autre gros morceau de la semaine, l’accord de libre-échange avec l’Union européenne, William Watson écrit dans le Financial Post que la colère des producteurs de fromage est exagérée.

 

Bien sûr, la mesure qui fera passer les quotas d’importation de fromages européens de 13 000 à 30 000 tonnes donne l’impression d’une quantité immense, dit Watson. Mais au final, c’est moins de deux livres de fromage par Canadien, quatre ou cinq si on ne compte pas ceux qui n’en mangent pas. Le vrai scandale, à son avis, réside dans la taxe qui sera imposée sur les importations qui excéderont les quotas.

 

Vieux routier de la CBC, Terry Milewski écrit sur le site de la société d’État qu’un peu plus de fromage européen ne tuera pas le marché canadien. « À peine 4 % du fromage qu’on mange est européen », dit-il. Mais il se demande si l’accord est aussi bon qu’on le dit, ou s’il est « plein de trous comme un fromage suisse ». Et il faudra pour le savoir lire les détails de l’accord… que le gouvernement garde secrets pour le moment.

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