Le pénible renouveau

Philippe Couillard croyait bien faire en imitant Robert Bourassa et Jacques Parizeau, qui avaient pris tout leur temps avant de faire leur entrée à l’Assemblée nationale, préférant consacrer tout leur temps à la reconstruction de leur parti.

 

Dans son entourage, on constate cependant que les temps ont changé. Avec les réseaux d’information continue et Internet, le rythme de l’actualité s’est accéléré et le chef du Parti libéral du Québec a trop souvent l’air d’être en dehors du coup. La semaine dernière, il a réagi à la nouvelle politique économique du gouvernement avec 24 heures de retard, de sorte que ses propos n’intéressaient plus personne. Au bout du compte, tout ce qu’on a retenu de lui depuis le début de l’automne, c’est qu’il a omis de signaler la perquisition de l’Unité permanente anticorruption au siège de son parti. Quant à ses tournées en région, elles n’ont eu aucun écho au niveau national.

 

Si les élections générales n’ont pas lieu cet automne, M. Couillard devra envisager de se présenter à une élection partielle dans Outremont, qui lui conviendrait nettement mieux que Viau, quitte à déménager dans Roberval quelques mois plus tard. Personne n’a tenu rigueur à Brian Mulroney ou à Jean Chrétien d’avoir temporairement « emprunté » une circonscription des Maritimes.

 

Le chef du PLQ avait un bon sens de la répartie dans les débats parlementaires à l’époque où il était ministre de la Santé. Depuis son retour en politique, il affectionne les considérations d’ordre philosophique, mais il aurait intérêt à revenir à un style plus terre à terre.

 

En principe, la première ministre Marois pourrait attendre jusqu’au 13 mars 2014 avant d’appeler les électeurs d’Outremont aux urnes, mais elle a si souvent reproché son absence au chef libéral qu’elle serait bien mal venue de faire indûment traîner les choses.

 

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Voir Jean-Marc Fournier se lever jour après jour à l’ouverture de la période de questions renforce la désagréable impression que rien n’a changé au PLQ, malgré les promesses de renouveau. Même s’il a été relégué aux banquettes arrière pendant neuf longues années, Pierre Paradis, déjà ministre dans le gouvernement Bourassa, ne peut prétendre incarner la relève.

 

Le relevé effectué la semaine dernière par La Presse canadienne n’est pas très encourageant. Sur les 48 libéraux qui siègent présentement à l’Assemblée nationale, 47 ont manifesté l’intention de se représenter, la seule exception étant la députée de Pontiac, Charlotte L’Écuyer, âgée de 70 ans.

 

L’expérience a sans doute ses avantages, mais trop de châteaux forts libéraux sont occupés par des gens qui ne risquent pas de la mettre à profit au Conseil des ministres, qu’il s’agisse de Lawrence Bergman (72 ans) dans D’Arcy-McGee, d’Yvon Marcoux (72 ans) dans Vaudreuil ou encore de Norbert Morin (67 ans) dans Côte-du-Sud. Sans parler de tous ceux qui ont été battus l’an dernier et rêvent d’effectuer un retour.

 

Deux autres députés qui ne font pas partie des plans de M. Couillard, Pierre Reid (Orford) et Pierre Marsan (Robert-Baldwin), tous deux âgés de 65 ans, ont vainement été invités à faire valoir leur droit à la retraite. Le problème est que le retour au pouvoir des libéraux est trop incertain pour qu’un retour d’ascenseur soit assuré.

 

Si la persuasion ne suffit pas, M. Couillard pourrait toujours refuser de signer le bulletin de candidature des indésirables, comme M. Bourassa l’avait fait en 1985 dans le cas d’Harry Blank, réélu dans Saint-Louis pendant 25 ans. Jean Charest avait agi de la même façon en 2003 pour écarter Jean-Claude Gobé, aujourd’hui candidat à la mairie de Laval, bien qu’il n’ait pas eu la main plus heureuse avec Tony Tomassi.

 

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La nécessité de faire place au sang neuf est d’autant plus grande que le renouveau intellectuel promis par M. Couillard risque d’être sérieusement compromis par des élections précipitées. Il n’y a aucune garantie que des élections automnales permettraient au PQ de former un gouvernement majoritaire, mais une victoire avec une pluralité de sièges, qui lui donnerait au moins du temps et l’espoir que la conjoncture s’améliore, serait néanmoins préférable à une défaite printanière. Prendre l’adversaire de court est rarement une mauvaise idée en politique.

 

Il faut du temps pour changer une culture aussi profondément enracinée. M. Couillard avait prévu qu’après une série de congrès régionaux, un conseil général de trois jours se réunirait en décembre afin d’ouvrir la voie à un grand congrès d’orientation au printemps 2014.

 

Au lieu de quoi un conseil général éclair se réunira dans dix jours pour adopter une plateforme électorale et un nouveau code d’éthique rédigé en catastrophe. Cela semble bien peu pour faire oublier les errements de l’ère Charest.

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