Repères - Le party du thé fort

On peut trouver que la bien-pensance « libérale » condamne trop durement les enragés du Tea Party qui, après tout, ont peut-être des choses valables à dire et à revendiquer. Leur nom même n’évoque-t-il pas la révolte des contribuables de Boston contre les abus de pouvoir de la métropole anglaise, soulèvement qui sonna le début de la guerre d’indépendance américaine en décembre 1773 ?

 

Certes, les républicains élus en défendant le programme du Tea Party en 2010 et en 2012 se réclament de la démocratie véritable, de celle qui refuse de suivre un ordre du jour imposé par une méchante « élite » ayant pignon sur rue à Washington, dans le Nord-Est et en Californie.

 

Fort bien, mais leur conception de la démocratie est assez particulière merci et, pour ce qui est de la prétention d’être « anti-élitiste », on repassera ! Le Tea Party est financé à coups de dizaines de millions par les frères Koch et d’autres ploutocrates, par le truchement de fondations, de « think tanks » et de « Super PACs ». Il est vrai que lesdits frères viennent de se dissocier publiquement de la stratégie du Tea Party qu’ils ont aidé à élaborer, prenant sans doute, un peu tard, la mesure de la grogne populaire à l’endroit des extrémistes qui imposent leurs volontés au Congrès.

 

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Bref, les « Tea Partiers » ont tort de se faire passer pour des victimes qu’on essaierait de bâillonner, d’autant plus que leurs thèses sont relayées par toute une armée d’animateurs de radio grassement payés, sans oublier le réseau de télévision Fox.

 

Parlons du respect de la démocratie. Est-il nécessaire de rappeler que Barack Obama, ce président « socialiste » qui a fait adopter une timide réforme de l’assurance maladie, un minimum de réglementation pour le monde des vendeurs de produits financiers truqués et un début de lutte contre le réchauffement de la planète, a été réélu en 2012 avec une majorité de cinq millions de votes ? Que cette préférence pour le Parti démocrate s’est traduite par l’ajout, cette année-là, de deux sénateurs appartenant à cette formation ? Et ce n’est qu’en tripotant la carte électorale que les républicains ont pu conserver leur majorité à la Chambre des représentants tout en obtenant, là aussi, moins de votes que leurs adversaires !

 

Alors, quand le président et ses partisans accusent l’aile droite du Parti républicain de prendre le budget en otage, de réclamer une « rançon » pour adopter celui-ci, ils n’ont peut-être pas tout à fait tort. La rançon dont on parle, c’est l’ajout d’une clause privant de fonds le régime d’assurance maladie, le fameux Obamacare, qui avait été adopté avant les élections de 2010 et que cette aile radicale ne peut pas abroger parce que le Parti républicain reste minoritaire au Sénat.

 

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Au cours des derniers mois, on a vu une minorité de représentants républicains imposer leurs volontés à leurs collègues plus modérés. Comment cela est-il possible ? Ces derniers sont terrifiés à l’idée de voir leur candidature remise en question par l’organisation du Tea Party lors de primaires locales à l’approche des élections de mi-mandat, l’an prochain.

 

Le Tea Party a fait son apparition au début de 2009, protestant contre les mesures prises pour juguler la crise financière, dont le renflouement par l’État des banques en faillite. On ne sait pas avec certitude s’il s’agissait d’un mouvement populaire spontané ou si le Tea Party était téléguidé dès le départ par de richissimes hommes d’affaires comme les frères Koch et Rupert Murdoch. Ce qui est certain, c’est que ces derniers n’ont pas tardé à le financer généreusement. En août 2010, le New Yorker révélait que les fondations contrôlées par les frères Koch avaient déjà donné au moins 12 millions à FreedomWorks, la principale organisation du Tea Party. L’opposition au renflouement des banques était un thème rassembleur, mais ce n’était probablement pas la vraie cible des bailleurs de fonds du mouvement. Les attaques ont vite été redirigées contre le projet de réforme de l’assurance maladie et, de façon générale, contre la réglementation et les dépenses sociales.

2 commentaires
  • Céline A. Massicotte - Inscrite 17 octobre 2013 08 h 26

    Le Tea Party?

    Le Tea Party a pris des rsiques dont il connaissait pourtant les conséquences. Si ce parti était québécois il s'entendrait sûrement "dire ben voilà, T parti!".

  • Daniel Bérubé - Inscrit 19 octobre 2013 11 h 12

    Ceci donne une bonne idée

    du pouvoir de l'argent, et donc, de ceux la possédant...

    Si Harper n'entre pas aux prochaines élections, il est fort possible qu'un nouveau "party" politique voit le jour en ce nouveau Kanada...