Lemelin à Labeaumeland

Ce n’est pas comme si les angles de tir manquaient pour attaquer l’administration Labeaume.

 

Capotage des écoquartiers, retour sur investissement incertain pour le financement des grands événements, dérapages dans le plan de mobilité durable, négociations à l’état de guerre de tranchées avec la fonction publique, augmentation parfois godzillesque des taxes pour certaines entreprises et des particuliers, ratages d’un coffre-fort tellement virtuel qu’on se demande pourquoi il existe et dont l’écho pourrait résonner comme la redite d’une faute d’enthousiasme à la Clotaire Rapaille…

 

Pour l’opposition, la présente administration n’est pas une cible qui commande un tir de précision. C’est un cas de pêche à la dynamite. Le problème pour Démocratie Québec et son chef David Lemelin, c’est que les explosifs ne viendront pas à bout du blindage dont profite Régis Labeaume.

 

Celui de la popularité ? Oui, mais ça n’explique pas tout à fait l’incapacité de Démocratie Québec à faire décoller sa campagne.

 

Depuis le début, le maire sortant ne se donnait même pas la peine de répondre aux tirs ennemis, s’offrant le loisir d’ignorer l’existence d’une opposition. C’était jusqu’à ce que Lemelin l’attaque là où ça fait mal, à coups d’allégations de financement douteux, doublées d’une sévère critique sur le monopole du camionnage, ébranlant le moral d’un Labeaume qui se disait écoeuré à la fin de la semaine dernière (avant de prendre deux jours de congé qui le recracheraient dans toute son impériale splendeur : « top shape », pour reprendre sa propre expression).

 

Mardi matin, il ne restait plus aucune trace de l’attaque. Et en conférence de presse dans l’après-midi, il mitraillait chacune des déclarations faites par ses adversaires quelques heures plus tôt. La saison de la chasse était ouverte.

 

Qu’est-ce qui explique que, malgré les failles dans l’armure de Labeaume, l’opposition ne parvient pas à en exploiter une seule efficacement ?

 

C’est compliqué. Et en même temps d’une extraordinaire simplicité.

 

David Lemelin est un analyste. C’est un homme intelligent, qui saisit parfaitement les ressorts sociaux et politiques, et tout ce qui concerne le marketing des idées. Au point où l’on devine un peu trop souvent ses inspirations du moment.

 

Par exemple, il reprend à Labeaume un peu de la verdeur du langage et de la férocité des attaques. Affublant le maire sortant d’un « Monsieur Taxes » ou d’un « Monsieur Dette ». Il reproduit ainsi le genre de formule qu’emploie régulièrement son adversaire pour stigmatiser son opposition et la réduire à une expression populaire, parfaitement simpliste, mais qui reste en tête. C’est l’équivalent politique d’un refrain de Marie-Mai.

 

Sinon, il emprunte à Andrée Boucher une obsession de la gestion serrée des finances publiques, une idée de la Ville essentiellement tournée vers les services aux citoyens. C’est la vision pragmatique de la vie municipale. Genre : mes ordures, mon asphalte, mon bungalow.

 

Promettre un gel de taxes comme il l’a fait lundi, en même temps que Labeaume, lui, proposait une aide à l’achat d’une première maison pour la classe moyenne, voilà qui représente bien l’austérité des propositions de Lemelin. On n’ose pas imaginer comment elles se perdraient dans le décor si la campagne de Labeaume n’était pas elle-même aussi aride, faisant pleins feux sur le plancher d’emplois des cols bleus, l’élargissement de l’autoroute Henri IV et le déficit des caisses de retraite des employés de la Ville.

 

Dénigrement permanent

 

Reste quoi ? Fédérer les insatisfaits et autres esprits chagrins ? Ils ne sont pas assez nombreux pour composer une base de mécontentement qui ébranlerait le pouvoir actuel. Et au jeu du plus teigneux, Labeaume est certainement imbattable.

 

D’autant qu’il porte en lui cet orgueil qui ne s’imite ni ne se fabrique. À la fois superpouvoir et kryptonite, cette puissance s’est construite au fil d’une série d’événements qui sont devenus l’histoire de la ville, dont il fait partie.

 

On reproche toutes sortes de choses à Régis Labeaume. Souvent justifiées. Elles sont cependant le produit de ce que l’électorat aime chez lui, puisqu’il y voit un peu son reflet. L’ambition, l’amour-propre, et l’authenticité.

 

Même s’il en dit plus, tout ce qu’on retient de la campagne de David Lemelin pour le moment, c’est ce qui lui déplaît dans la gestion de la ville. Et à travers ce dénigrement permanent, et les postures empruntées, il lui reste bien peu d’espace pour raconter la ville qu’il désire. Ne reste que la figure d’un politicien qui ne ressemble pas vraiment à l’homme que j’ai rencontré quelques fois, et qui est bien plus sympathique et charismatique que son personnage de campagne.

 

C’est, je crois, la seule chance qu’a Démocratie Québec de ne pas subir une cuisante défaite lors du prochain scrutin : que le vrai David Lemelin se lève.

2 commentaires
  • René Racine - Abonné 16 octobre 2013 15 h 58

    David Lemelin est un égaré

    David Lemelin a un autre ploblème à surmonter, il se croit en Corée-du-Nord. Avec tous les excès de comparaison commis depuis le début de la campagne électorale, que fait-il donc comme candidat à la mairie de la ville de Québec à part de se donner l'importance qu'il n'a jamais eu.

    À grossir constamment les problèmes municipaux sans avoir les solutions, il a perdu toute crédibilité.

    • Victoria - Inscrite 17 octobre 2013 11 h 51

      Je n’ai pas suivi de près les campagnes électorales à Québec, par contre, l’article semble bien résumer la situation. Votre réaction, M. Lemelin, est tout à fait normale et prévisible.

      Quand le jeu des perceptions prend toute la place ; la réalité pâlie, s’efface et se perd. Autrement dit, c’est plus sécurisant de croire ce que l’on croit voir et veut croire que ce qui en est, s'il y a lieu. Et, les faiseurs d’image gagnent leur pain avec les perceptions.

      « Il existe au moins 9 possibilités de ne pas s’entendre. Cela mérite sûrement qu’on s’arrête pour vérifier si le message est passé. »