Vos finances - Difficile décodage boursier

Les marchés, boursier et obligataire, parvenaient déjà difficilement à décoder le langage de la Réserve fédérale américaine qu’ils doivent, depuis, décortiquer les conséquences irréelles d’un face à face politique pourtant réel au Congrès américain et d’un improbable scénario du pire, soit le plongeon des États-Unis en défaut de paiement. N’empêche, le potentiel boursier aux États-Unis apparaissait déjà limité après une forte progression de 2013, rendant le marché canadien plus attrayant aux yeux des boursicoteurs.

 

L’insensée impasse budgétaire qui paralyse l’État américain depuis plus d’une semaine nourrit l’élan spéculatif. Les fonds alternatifs s’en donnent à coeur joie, jouant les cours tantôt à la baisse, tantôt à la hausse selon l’évolution de cette partie de bras de fer à laquelle se livrent les démocrates et les républicains. Les économistes se contentent, pour l’instant, de mesurer les conséquences de cette impasse sur le PIB américain, qui peut coûter jusqu’à 0,2 point de croissance pour chaque semaine que dure le « shutdown ». Quant à l’ultime, soit le défaut de paiement découlant d’un refus de hausser le plafond de la dette, on n’y croit pas. Même l’indice VIX écarte ce scénario du pire, misant sur un retour à la raison au Congrès.

 

L’indice VIX, qui mesure la volatilité de l’indice américain S&P 500, s’établissait autour de 16 points hier. Il avait monté momentanément au-dessus de 20 au premier jour de cette bataille politicienne à Washington. Cet indice évolue généralement entre 10 et 30 points. Au-dessus de 30, nous entrons en territoire émotif. L’émotivité prend alors le dessus sur le rationnel. À 45 et plus, c’est la crise, la grosse crise. La peur. Plus haut encore, c’est la terreur. À titre d’illustration, le VIX a atteint son niveau culminant à 80,06 le 27 octobre 2008, au zénith de la crise financière, au nadir de l’effondrement boursier, dans le sillage de la faillite de Lehman Brothers. Il était tombé sous les 15 points au sommet du marché en 2007.

 

Certains observateurs ont estimé que l’effet d’un défaut de paiement des États-Unis sur la liquidité des marchés serait similaire à celui provoqué par la chute de Lehman. Donc, si l’on se fie au VIX, il n’y a rien à craindre.

 

Réserve fédérale

 

On revient à la Réserve fédérale américaine, et à l’arrêt de l’assouplissement monétaire exceptionnel. Il devait survenir en septembre et ces attentes ont été précédées d’une hausse des cours obligataires et d’une chute des devises sous le coup d’un mouvement de retour précipité des capitaux sur le marché américain. Mais la banque centrale américaine a surpris lors de sa dernière réunion en retenant le statu quo et en ne donnant plus d’horizon temporel. « La Fed n’est donc vraiment pas pressée d’augmenter ses taux directeurs, ce qui confirme qu’elle n’agira probablement pas avant la seconde moitié de 2015. Selon le scénario le plus probable où la situation politique se calme rapidement, une réduction des achats devrait s’amorcer au début de 2014 et s’échelonner sur un an », retiennent les analystes du Mouvement Desjardins.

 

Avant ce jeu de décodage, le potentiel boursier du marché américain, tel que mesuré à partir des cibles fixées pour le S&P 500, demeurait plutôt faible. Il faut dire que cet indice a bondi de près de 20 % depuis le début de l’année. Et que l’essentiel de ce bond vient de la cherté de ce marché. Selon la Financière Banque Nationale, « le S&P 500 a déjà connu la plus forte hausse des ratios de tous les grands indices boursiers du globe ». L’un d’eux, le ratio cours-bénéfice, est près de 15 fois les bénéfices anticipés. Au niveau actuel de 1700, il dépasse déjà la cible retenue pour la fin de 2013 et atteint déjà 97 % de celle prévue à la fin de 2014.

 

Au Canada, l’indice S&P/TSX n’a pas connu la même fortune, avec un bond de quelque 3 % depuis le début de l’année. Son potentiel de croissance demeure donc plus intéressant sur 12 mois, avec une poussée moyenne attendue de 10 % sur l’horizon à partir de son niveau actuel de 12 900.

 

Mais tout sera fonction des États-Unis. Pour reprendre les propos de Desjardins, « l’embellie de l’économie américaine est essentielle au renforcement de celle du Canada qui dépend en très grande partie de l’amélioration du commerce extérieur », compte tenu d’une demande intérieure amorphe. « Avec une demande intérieure qui augmentera de 1,6 %, les exportations devront croître de près de 5 % pour que le PIB enregistre une hausse de 2,4 % l’an prochain. La hausse respective de 1,8 % et de 2,3 % prévue pour la croissance économique au Québec et en Ontario sera également tributaire de la force des exportations, notamment pour les biens manufacturés. »

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