Un paillis pas comme les autres

Le BRF et le précompost sont utilisés depuis de nombreuses années aux Jardins des vivaces de Charlesbourg, et les vivaces sont superbes, en santé et vigoureuses.
Photo: Lise Gobeille Le BRF et le précompost sont utilisés depuis de nombreuses années aux Jardins des vivaces de Charlesbourg, et les vivaces sont superbes, en santé et vigoureuses.
Le bois raméal fragmenté, ou BRF, a été développé au Québec afin de valoriser cette riche matière, soit les jeunes branches qu’on avait l’habitude de brûler ou d’envoyer aux rebuts. D’abord développée pour la foresterie, son utilisation comme paillis en horticulture est très intéressante. Malheureusement encore trop peu connu et peu offert chez nous, le BRF fait de plus en plus d’adeptes de l’autre côté de l’Atlantique.

Mais qu’est-ce que le bois raméal fragmenté ? Il s’agit d’un broyat de rameaux de branches de 5 cm ou moins de diamètre composé d’au moins 80 % de feuillus. Ce ne sont pas de simples « chips » de bois ! Et pourquoi des rameaux ? Parce que c’est seulement dans les rameaux qu’on trouve autant d’acides aminés, de protéines et de minéraux.

Finalement, on les fragmente car ainsi on met le bois directement en contact avec la litière végétale et le sol, et par le fait même avec les micro-organismes.

Dès que les copeaux de BRF touchent le sol, s’enchaînent différents processus de dégradation qui, avec le temps, libèrent des minéraux et forment de l’humus. Ce phénomène produit un milieu riche et favorable à la croissance des végétaux. La structure du sol se trouve améliorée, le milieu demeure plus humide sans être détrempé et le sol résiste mieux à l’érosion.

De plus, le BRF aide à corriger l’acidité des sols et stabilise le pH ; appliqué comme paillis, il contrôle les mauvaises herbes. En fin de compte, le bois raméal fragmenté stimule la vie du sol et génère un sol de qualité, dans lequel poussent des plantes plus en santé, plus résistantes et qui donnent de meilleurs rendements.

Les inconvénients

On observe parfois une carence en azote sur les végétaux, qui prennent alors une couleur jaunâtre pour une période plus ou moins longue. Cette carence est causée par les champignons qui colonisent les copeaux pour les dégrader, mais, selon la documentation, elle se manifeste seulement au premier épandage. Pour contrecarrer ce problème, on recommande soit de pailler à l’automne, soit de fertiliser avec des engrais azotés, soit d’utiliser un BRF précomposté.

Par ailleurs, ce phénomène est plus ou moins aigu en fonction du type de sol ; en outre, il est plus évident sur les sols sableux que sur les sols équilibrés, et plus courant si on incorpore le BRF au sol plutôt que de l’utiliser en paillis.

La disponibilité

Malheureusement pour les amateurs de jardinage, le BRF n’est pas couramment disponible sur le marché, car seules quelques entreprises en produisent. On peut toujours le fabriquer soi-même, mais l’équipement est dispendieux et le processus, ardu. Espérons qu’un jour les municipalités transformeront les branches de leurs arbres en BRF, qui serait par la suite distribué ou vendu aux citoyens jardiniers, le rendant ainsi beaucoup plus accessible, pourquoi pas ?

Comment utiliser le BRF

L’automne serait la meilleure période pour pailler avec le BRF et, théoriquement, une couche de 3 cm serait idéale, mais les recommandations peuvent varier en fonction du type de sol et des végétaux cultivés : un peu moins pour les sols argileux, un peu plus pour une plate-bande de vivaces et encore plus pour les arbustes et les arbres. Quant à l’incorporation versus le paillage, ce dernier semble moins risqué car il cause moins de carence en azote. Finalement, il est rarement nécessaire de remettre du paillis avant quatre ans.

La recherche

L’origine du BRF est encore toute récente : on parle de seulement une trentaine d’années. C’est à la Faculté de foresterie et de géomatique de l’Université Laval qu’a été effectuée la recherche par le professeur Gilles Lemieux. Mais Jacques Hébert, propriétaire des Jardins vivaces de Charlesbourg, qui s’y intéresse depuis le tout début, a été un précurseur pour son emploi en horticulture.

Depuis 1979, M. Hébert se passionne pour le BRF, et plus récemment pour le BRF précomposté. D’abord, il l’utilise dans ses jardins depuis plus de 20 ans et les résultats sont patents : les vivaces sont superbes et vigoureuses. Depuis de nombreuses années, il écrit et donne des conférences sur le sujet afin de promouvoir et de démystifier son utilisation. Aussi, il en produit un volume important pour la vente : 4000 mètres cubes par année.

Le BRF qu’il propose est fabriqué à partir de chêne, de frêne, d’érable, de tilleul et d’orme, et il n’emploie que des rameaux en santé, de diamètre approprié. Quant au BRF précomposté qu’il concocte, il met environ une partie de BRF pour deux parties d’un compost à base de mull (un type d’humus qui se forme en milieu oxygéné). Il y ajoute 2 à 3 % d’argile, qu’il inocule ensuite avec des champignons qui vont commencer la dégradation des copeaux.

Ce compost a une texture plus granuleuse que les composts standards, et les copeaux encore présents sont colonisés par les champignons. Son odeur fort agréable rappelle le sol de la forêt. On peut l’utiliser sans craindre une carence en azote. Mélangé à la terre, il est particulièrement approprié pour monter des buttes, qu’on recouvre d’un paillis de BRF.

Au départ un petit paradis privé, M. Hébert a décidé, il y a 25 ans, d’ouvrir au public Les Jardins vivaces de Charlesbourg. Désirant conserver un mode de vie qui lui est cher, il a choisi de garder une vocation artisanale à son projet. Ainsi, il a le temps de recevoir et de conseiller chacun de ses clients et de partager ses techniques de culture.

Une singularité de l’endroit : on sélectionne directement nos vivaces dans les plates-bandes en se baladant avec le propriétaire, qui en prélève des divisions avec lesquelles on repart.

Plus de 1400 variétés de vivaces, dont 300 variétés d’hémérocalles, 170 variétés de hostas et maintes variétés de cimifugas, de ligularias et de brunneras sont cultivées dans ce jardin où les plantes sont franchement impressionnantes.

Lire aussi:

BRF
Une technique de paillage innovante

Michel Beauvais
Rustica, « Les cahiers de l’expert »
2011, 79 pages

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EN VRAC

Land Art Mont-Saint-Hilaire

Du 16 au 20 octobre a lieu la 7e édition de Création-sur-le-champ, Land art Mont-Saint-Hilaire. Site principal : Pavillon de la pomme, 1130, boul. Sir-Wilfrid-Laurier. Site de la relève : Verger du Flanc Nord, 835, chemin Rouillard. landart-creations-sur-le-champ.ca.

Champ des Possibles

Ce samedi a lieu une plantation d’arbres au Champ des Possibles, entre 13 h et 18 heures amisduchamp.com.

Orchidfête 2013

L’Orchidfête est une exposition internationale d’orchidées organisée par l’Eastern Canadian Orchid Society. Elle se tiendra le 19 octobre de 11 h à 17 h et le 20 octobre de 9 h à 17 h à l’hôtel Espresso, 1005, rue Guy à Montréal. 10 $. ecosorchids.ca.

Mosaïcultures internationales

Après une prolongation d’une semaine, les Mosaïcultures internationales de Montréal ont accueilli un million de visiteurs, générant ainsi 17 millions de dollars. Il s’agit d’un record historique d’achalandage estival pour le Jardin botanique ! La mosaïculture de la Terre-Mère s’est vu attribuer le prix du public.

AU JARDIN CETTE SEMAINE

Planter l’ail d’automne.
Broyer les feuilles sur la pelouse avec la tondeuse, ou les composter, chez soi ou au compost municipal. Il est recommandé de faire la dernière tonte de gazon à 5 cm.
Arroser au besoin les plates-bandes sèches.
Tailler les arbustes et les arbres une fois les feuilles tombées.
Pratiquer l’autocompostage en laissant la matière végétale des vivaces sur place. On peut la couper en morceaux et la dissimuler. Ne pas tailler les végétaux qui décorent les jardins l’hiver, tels que les graminées.
Appliquer du compost et pailler les plates-bandes et le potager avec des feuilles broyées ou du BRF.
Mettre les protections hivernales seulement quand le sol est gelé.

UN ARBRE À TAILLER

Si vous cherchez un arboriculteur pour tailler votre arbre, vous pouvez vous rendre sur le site de la Société internationale d’arboriculture-Québec inc. On y trouve la liste des membres par région, avec leur profil et parfois des commentaires.

Comme le conseille le président Pierre Paquette, on s’assure que la compagnie possède une assurance-responsabilité, on demande une liste de ses clients et on s’informe pour savoir si elle emploie des élagueurs diplômés d’une école d’arboriculture.

Aussi, il est préférable de savoir clairement ce qu’on veut avant de demander deux ou trois soumissions écrites.