La carte économique

Depuis la reprise des travaux de l’Assemblée nationale, l’opposition libérale entreprend systématiquement la période de questions par un bulletin météo de l’économie québécoise plus déprimant chaque jour : pertes d’emplois, baisse des investissements et des mises en chantier, multiplication des faillites, etc.

Pauline Marois et son ministre des Finances, Nicolas Marceau, répliquent avec des chiffres qui se veulent encourageants, mais la population demeure manifestement sceptique. Selon un sondage dévoilé la semaine dernière par le Conseil québécois du commerce de détail, 40 % des Québécois pensent que la situation va encore se détériorer au cours des six prochains moins et à peine 12 % croient que l’état des finances publiques va s’améliorer.

L’imminence de l’échéance électorale a poussé le gouvernement à précipiter l’annonce d’une politique économique à volets multiples de 2 milliards, dans l’espoir de dissiper la fâcheuse impression que le PQ constitue un obstacle au développement économique, comme libéraux et caquistes le répètent ad nauseam. Il se croit peut-être en mesure de gagner la prochaine élection sur la Charte des valeurs québécoises, mais il peut aussi la perdre sur l’économie.

Il est difficile de s’opposer à la vertu. Stimuler l’investissement, remettre les infrastructures publiques à niveau, électrifier les transports ou encourager la rénovation verte constituent autant d’initiatives louables. Il y a cependant longtemps que plusieurs dénoncent l’obsession du déficit zéro, qui compromettait la fragile reprise de l’économie et entraînait de douloureuses compressions. Mieux vaut tard que jamais, mais le gouvernement ne semble s’être résigné à changer son obsession budgétaire pour celle de l’emploi qu’après avoir compris que le retour à l’équilibre budgétaire en 2014 était hors d’atteinte. La question de François Legault n’en demeure pas moins pertinente : s’il ne faut pas alourdir le déficit davantage, d’où viendra l’argent ?

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L’important est que l’électorat y voie autre chose qu’une opération de marketing électoral. « Le message, c’est le média », disait Marshall McLuhan. En politique, ce serait plutôt le messager. Au-delà du contenu, la crédibilité d’une politique dépend largement de la confiance qu’on accorde à celui ou celle qui la présente et de sa capacité à bien la communiquer.

Même si l’habit ne fait pas le moine, cela peut aider. En toute justice, Nicolas Marceau a fait des progrès depuis qu’il est aux Finances, mais il n’est pas en mesure d’assurer à lui seul la crédibilité économique du gouvernement. La première ministre elle-même a toujours été identifiée davantage aux questions sociales et, plus récemment, à l’identité. Son cas est loin d’être unique. En matière économique et financière, René Lévesque s’en était entièrement remis à M. Parizeau. Et Lucien Bouchard, à Bernard Landry.

Depuis le départ de Raymond Bachand, le PLQ est encore plus démuni. Philippe Couillard n’a aucun état de service économique à faire valoir, et sa proposition de réforme fiscale n’a rien de très original. L’expertise de Pierre Paradis en matière de finances est inversement proportionnelle à sa longue expérience politique. Quant à Sam Hamad, tout a été dit sur le sujet. En réalité, la crédibilité économique du PLQ tient essentiellement à la bénédiction du milieu des affaires, qui lui délèguera sans doute quelques représentants pour la prochaine élection.

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Le PQ souhaite en recruter un depuis longtemps. Il y a des années que Mme Marois courtise le membre de plus en vue de Québec inc., Pierre Karl Péladeau, dont les sympathies souverainistes sont connues. Une rumeur aussi persistante qu’invérifiable veut qu’il s’apprête à faire le saut en politique. Certains croient même que Mme Marois pourrait en faire un ministre non élu, comme M. Bouchard l’avait fait avec François Legault. Par sa seule présence, il apporterait une formidable caution aux prétentions économiques du gouvernement et du mouvement souverainiste en général.

L’entrée en scène de PKP causerait également d’énormes remous au sein du PQ, où plusieurs voient en lui le symbole du néolibéralisme dans ce qu’il a de plus détestable. Personne ne peut imaginer que M. Péladeau se lancerait en politique pour être le numéro 2. Un jour ou l’autre, il voudra être le patron.

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Précision

Dans ma chronique de jeudi dernier, j’ai fait dire à Mario Dumont qu’il avait remercié son ancien chef de cabinet, André Néron, qui aurait voulu régler ses comptes en publiant Le temps des hypocrites en 1998. M. Néron réaffirme qu’il a plutôt démissionné en raison d’une divergence de vues sur la stratégie à adopter au lendemain du référendum de 1995.
32 commentaires
  • Léandre Nadeau - Inscrit 8 octobre 2013 01 h 16

    Élections ou pas, est-ce un plan économique porteur ?

    Élections ou pas, est-ce un plan économique porteur ? Que les partis d'opposition fassent de la petite politique avec le plan annoncé, c'est désolant mais normal. Que les médias en fassent autant, c'est chiant. Pierre Bruneau n'avait que deux phrases à dire à TVA. Est-ce un plan électoraliste ? Est-ce que vous y croyez ? Aucuns points de vue sur les grandes orientations annoncées.

    Mon point de vue général, c'est que le travail a été bien fait et que, advenant que le PQ soit défait aux prochaines élections, le prochain gouvernement sera bien content d'avoir un plan d'attaque comme celui là avec une perspective globale bien définie.

    Les surplus d'énergie vont être considérables au Québec dans les prochaines années. Il était extrêmement urgent qu'on définisse la stratégie par rapport à ça. Les gaz de schistes aux USA ont fait en sorte qu'ils débordent de gaz naturel et que les centrales électriques se convertissent au gaz naturel. En conséquence, les prix obtenus par l'Hydro sur ce marché seront beaucoup moins intéressants dans le futur. La stratégie est définie maintenant.

    Legault de la CAQ et Hamad du PLQ n'ont pas critiqué les orientations du plan mais posé une question : où vont-ils prendre l'argent ?

    À court terme, les crédits d’impôt n’ont pas beaucoup d’impact sur le budget de même que les investissements dans les infrastructures. À plus long terme, l’activité économique supplémentaire qui est générée engendre des revenus fiscaux supplémentaires qui compensent les dépenses fiscales.

    • Louka Paradis - Inscrit 8 octobre 2013 10 h 28

      Merci et bravo, M. Nadeau, pour ce commentaire si pertinent. L'économie n'est pas seulement une carte : c'est le moteur de notre prospérité à tous. Dommage qu'on assiste à un tel réductionnisme médiatique.

      Louka Paradis, Gatineau

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 8 octobre 2013 13 h 33

      Merci M Nadeau, vous jouez le rôle d'un vrai journaliste. Moi aussi, je trouve que M David tourne autour du pot avec des remarques anecdotiques en reprenant les commérages des autres médias en allant peu au fond des choses. On veut connaître le contenu des annonces gouvernementales et leurs conséquences et non pas des suppositions quant aux motivations de l’une ou l’autre des parties.

    • lise pelletier - Inscrit 8 octobre 2013 16 h 04

      En effet M. Nadeau, les seules critiques des oppositions étaient sur le financement, c'est d'ailleurs pour cela qu'aujourd'hui Couillard et Legault demande un budget sur ce projet de relance.

      Car sur cette relance, ils ne peuvent défaire le gouvernement mais sur le budget ils pourraient y aller d'un vote de confiance.

      On les voit venir avec leurs gros sabots !!

    • Louka Paradis - Inscrit 8 octobre 2013 21 h 10

      Vous avez raison, Mme Pelletier. Aujourd'hui, à la période de questions, le PLQ et la CAQ ont vraiment eu l'air fou avec leur argument simpliste et redondant sur la colonne des dépenses et celle des revenus. Les ministres péquistes les ont laissé se pendre comme il faut avec leurs chiffres et finalement, Mme Marois leur a fait valoir que s'ils avaient lu le document "Priorité Emploi", ils auraient pu y voir qu'il y avait déjà plus de 700 millions prévus dans un fonds du budget et qu'il restait donc à trouver environ 400 millions de revenus annuels, pendant 4 ans, ce qui est très plausible compte tenu des mesures mises de l'avant dans le plan économique. François Legault et JMarc Fournier avaient l'air dépité et n'ont pas su quoi répondre. «Tel est pris qui croyait prendre !»

      Louka Paradis, Gatineau

  • Yves Graton - Abonné 8 octobre 2013 06 h 05

    le no 2

    Le meilleur candidat n'est pas PKP mais le conseiller de la CAQ, ancien de chez Cascades

    • Pierre Schneider - Abonné 8 octobre 2013 14 h 22

      Si le PQ veut redevenir un rassemblement national indépendantiste regroupant toutes les tendances et forces vives de la nation, l'arrivée de M. Péladeau au sein de son gouvernement apporterait au projet de pays la caution d'un des plus éminents représentants de Québec Inc. Une crédibilité économique qui pourrait faire pencher la balance chez les Québécois qui ont encore peur de leur propre République.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 8 octobre 2013 06 h 46

    D'où viendra l'argent ?

    L'argent viendra de la même place que si ce serait les Libs ou la CAQ qui présenterait le projet !

    Le tour de force est que le gouvernement actuel vende l'idée à des entrepreneurs et des investisseurs qui sont assis sur le bout de leur chaise et qui attendent le retour de leur anciens «copains» et ne considère l'aventure Péquiste que comme un tour à vide et une mauvaise passe temporaire qui achève !

    N'oublions pas le mantra fondamental des investisseurs : «Si vous vivez, nous allons faire de l'argent; si vous mourez... nous allons encore faire de l'argent !»

    Ne soyons pas dupe !

    PL

    • lise pelletier - Inscrit 8 octobre 2013 16 h 06

      Merci M. Lefebvre pour ce mantra des investisseurs.

      Je ne le connaissais pas et je compte vous l'emprunter de temps à autre.

    • Gilles Théberge - Abonné 8 octobre 2013 22 h 46

      Si l ePQ n'a pas d'argent, les autres partis non plus. Parce que ce dont on parle ici, c'est de l'État Québécois.

      Pas plus Couillard que Legault n'ont plus d'argent que l'actuel gouvernement. Et il n'y a pas de plance à billet à québec.

      Alors pour les sophismes on repassera plus tard?

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 10 octobre 2013 06 h 49

      M. Théberge, Je ne vois pas exactement où vous voyez un sophismes, mais enfin...

      Voici une petite nouvelle : Tout le monde sais qu'au Canada entier (ce qui inclus le Québec) l'évasion fiscale est illégale. Hier, au beau milieu de la soirée, à CBC, j'ai vu une charmante publicité incluant sable de bord de mer et palmier invitant les Canadiens à aller investir dans ce charmant cadre pour sauver de l'impôt. Voyez-vous un sophisme ici ?

      En fin de semaine j'ai vu des gens se camoufler pour en parler dans le reportage d«'Enquête» et se démentir devant le micro. Comparez les deux visions et cherchez les sophismes.

      $140 milliards l'an passé de sophismes !

      Bonne chasse.

      PL

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 8 octobre 2013 07 h 31

    Gérant d'estrade

    L'arrivée de PKP au PQ ferait rapidement virer à droite l'autobus et, au prochain arrêt électoral, y débarquerait une maudite gang de progressistes vers le QS.

    M. Péladeau est déjà présent comme éminence grise. Pourquoi ne pas continuer ainsi ? Il me semble qu'on a plusieurs personnes compétentes qui pourraient se présenter à sa place. Et laissons quand même du temps à Nicolas Marceau. Et n'oublions pas que tout ça, c'est un travail d'équipe.

    • Gilles Théberge - Abonné 8 octobre 2013 22 h 50

      Oui et non. Je me sens plus à gauche qu'autrement. Mais je n'ai pas de temps à perdre avec Québec Solidaire. Et si Péladeau arrive et nous conduit à l'Indépendance, je réviserai mes options politiques après.

      La première mouture du PQ était une coalition. Il y avait de tout et aussi de la droite dans le parti. Je nepense pas que l'on puisse faire l'indépendance si une bonne partie de la droite n'embarque pas. Et je pense que Péladeau serait un bon moteur pour changer les choses.

      Comme l'aurait été Aussant s'il n'avait pas perdu la tête et viré sur le top!

  • Jacques Boulanger - Inscrit 8 octobre 2013 07 h 53

    Politique fiction

    PKP au PQ ! Impossible. Un néo-libéral dans un parti social-démocrate. Aussi bien dire qu’on a résolu la quadrature du cercle ! Possible que PKP ait des ambitions politiques mais pas au PQ. À ce compte, je le verrais mieux à Option nationale où les positions de son fondateur étaient plus compatibles avec les siennes. En effet, Jean-Martin Aussant n’avait de cesse de dire qu’Option nationale n’était ni à gauche, ni à droite mais devant. Leitmotiv qu’un PKP pourrait adopter sans difficulté.

    • Jean Lépine - Inscrit 8 octobre 2013 12 h 21

      Monsieur Boulanger.
      Votre rapprochement entre PKP et JMA n'est pas très habile.
      Monsieur Aussant n'était ni à gauche ni à droite...à priori...Il était d'abord pour l'indépendance du Québec. Il aurait (est) certainement d'accord avec Pierre Falardeau qui disait avec justesse:"Comme si la lutte de libération nationale n'était pas, en soi, un projet de société. Le bateau coule et des passagers veulent discuter de l'aménagement intérieur de la chaloupe. Ramons, câlice! On discutera ensuite de la couleur de la casquette du capitaine ou de la forme des rames. L'indépendance n'est pas le paradis. Ce n'est pas la solution à tous nos problèmes. Mais il s'agit de choisir enfin. Ou le statut de nation annexée à jamais, ou la liberté."

    • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 8 octobre 2013 14 h 25

      Le PQ n'est pas un parti social-démocrate.

    • Pierre Schneider - Abonné 8 octobre 2013 14 h 27

      D'accord avec Jean Lépine: L'Indépendance et le projet de République est l'affaire de tous les citoyens du Québec, de quelque tendance puissent-ils être. L'arrivée de PKP serait un grand pas, non seulement pour le PQ, mais pour la construction de notre République, qui a besoin de grands bâtisseurs.

    • Jacques Boulanger - Inscrit 8 octobre 2013 16 h 11

      Euh ... mais, M. Lépine, si vous lisez bien, c'est à peu près ça que j'ai dit ?

    • Mathieu Bouchard - Inscrit 8 octobre 2013 20 h 55

      Option Nationale a beau dire être ni à gauche ni à droite, il reste que son programme est aux antipodes du néolibéralisme : il ne propose aucune privatisation, il veut diminuer le privé en santé, nationaliser les mines et les puits de pétrole (le privé reste mais seulement à faire de la sous-traitance) ; il propose aussi la gratuité scolaire de tous les cours d'université, donner plus de place à l'économie sociale (dont les coops), ramener la caisse de dépôt à son mandat d'origine, créer une compagnie pharmaceutique publique, etc.