Audi A6 et S6 - L’élite de l’automobile

Comme l’A6, la S6 (ci-dessus) est une berline rapide et confortable qui, malgré ses prétentions sportives, offre une grande douceur de roulement.
Photo: Philippe Laguë Comme l’A6, la S6 (ci-dessus) est une berline rapide et confortable qui, malgré ses prétentions sportives, offre une grande douceur de roulement.

Ce qui est bien avec les berlines allemandes, c’est qu’on peut choisir sa saveur - à condition d’y mettre le prix, bien entendu. Douce, régulière, piquante, voire extra-piquante. Comme leurs compatriotes - mais néanmoins rivales - de Munich (BMW) et Stuttgart (Mercedes), les Audi A6 et S6 l’illustrent parfaitement.

 

L’A6 a fait l’objet d’une refonte en profondeur l’année dernière, mais il faut le savoir parce que, d’une génération à l’autre, le design de cette berline évolue, mais ne change pas. Les formes générales sont les mêmes depuis 1997, et j’en connais qui commencent à se lasser, moi le premier. Étonnamment, les belles voitures sont rares dans ce créneau ; même les versions plus musclées (S et RS chez Audi, M chez BMW et AMG chez Mercedes) se démarquent peu des versions régulières. Ainsi, un oeil profane verra difficilement la différence entre une A6 et une S6. Celui ou celle qui allonge 15 000 ou 20 000 $ de plus pour une S6 sera peut-être déçu(e) de cette trop grande discrétion…

 

Ambiance

 

À Ingolstadt, on sait comment décorer l’intérieur d’un véhicule. Ce qui ne veut pas dire que c’est moins compliqué que dans les autres allemandes, mais, au moins, c’est plus beau. C’est déjà ça. L’instrumentation est fournie sans être surchargée et l’ergonomie est irréprochable, que dis-je, exemplaire. L’habitacle est aéré et spacieux ; les commandes, bien placées et faciles à utiliser. Moins faciles à comprendre, par contre… Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué : telle semble être la devise des constructeurs germaniques.

 

Allez, ils ont leurs bons côtés, aussi. La rigueur, par exemple. L’assemblage est à l’équerre, serré et solide. Cossu aussi, surtout dans la S6, qui emprunte le linge de sa grande soeur : la sellerie cuir - superbe - est la même que dans l’A8. À l’avant, les baquets procurent un maintien irréprochable et, chose rare, la banquette arrière est aussi bien sculptée. Ceux qui y prennent place disposent d’un bon dégagement pour les jambes, mais s’ils mesurent plus de 6 pieds, ils auront la tête au ras du plafond à cause de l’inclinaison du toit.

 

Dans la S6, les appliques de carbones dans la console, la planche de bord et l’intérieur des portes remplacent le bois. Le plastique est incontournable dans un habitacle de voiture, mais dans une A6 et une S6, il faut le chercher. La chaîne stéréo Bang Olufsen ne mérite que des louanges, mais elle exige un supplément de 6500 beaux dollars. Aïe ! C’est d’ailleurs l’une des tares des constructeurs germaniques : les options, aussi nombreuses que coûteuses.

 

4, 6 et 8 cylindres

 

L’A6 est offerte en trois saveurs : régulière, piquante et extra-piquante. Pas de version douce (lire : hybride) ni de diesel. L’excellent 4-cylindres de 2 litres des A3 et A4 est maintenant offert en entrée de gamme dans l’A6 ; si l’on monte d’un cran, c’est le non moins raffiné V6 de 3 litres qui est proposé et au sommet de l’échelle, on retrouve un V8 de 4 litres. Ces trois moteurs ont des points en commun : l’injection directe et la suralimentation. Par contre, les motorisations diesel et hybride ne traversent pas l’Atlantique. À ce chapitre, Audi est à la traîne sur ses deux éternels rivaux, qui offrent l’un et/ou l’autre à leur clientèle nord-américaine.

 

Ce trio de moteurs illustre de façon concrète et éloquente le savoir-faire des ingénieurs germaniques. Tant le 4-cylindres (220 chevaux) que le V6 (310 chevaux) brillent par leur grande souplesse et ils ont juste assez de caractère pour donner le sourire à celui ou celle qui est derrière le volant. En plus, leur consommation est honorable. Le V6 se situe à mi-chemin entre les 6-cylindres en ligne de BMW, qui demeurent la crème de la crème, et les V6 trop policés des berlines de luxe japonaises. Les V6 américains, eux, n’ont tout simplement pas la noblesse requise pour évoluer dans ce créneau.

 

Autodiscipline

 

Le V8, quant à lui, requiert une bonne dose d’autodiscipline, car il est capable de générer de grands frissons, mais aussi de vous priver de votre permis de conduire pour les 20 prochaines années. Au repos, il gronde comme un moteur de muscle car américain. Promesses tenues : il accélère comme une flèche et vous enfonce dans le siège. J’entends déjà les éternels insatisfaits : « oui, mais le V10 biturbo de la RS6 européenne a 160 chevaux de plus… ». Et alors ? À ce que je sache, il n’y a pas d’Autobahn chez nous et 420 chevaux, ça pousse, croyez-moi ! C’est plus qu’il n’en faut pour avoir beaucoup de plaisir (et commettre de gros péchés).

 

Ce superbe moteur a aussi des qualités qui incitent moins au vice, comme sa grande élasticité, son couple disponible sur une large plage, son doux ronronnement à vitesse de croisière et une consommation, encore une fois, raisonnable… à condition de conduire de façon tout aussi raisonnable. Dès que vous relâchez un peu la bride, le V8 le fait payer cher - et je ne parle pas des contraventions. La boîte automatique à sept rapports brille par sa fluidité, comme on s’y attend dans une berline de luxe, mais elle prend bien son temps. Le mode Sport autorise des passages plus rapides ; on peut aussi les passer manuellement. En mode automatique ou manuel, on a droit au coup de gaz lors des rétrogradations, ce qui permet d’apprécier au mieux la belle sonorité de ce moteur.

 

 

Pas si sportive, la S6

 

Au début de notre essai, le compteur affichait seulement 8563 kilomètres. Aux mains de tortionnaires comme nous, c’est beaucoup. Quelques collègues lui ont payé la traite comme en témoignait une usure prématurée des freins et des pneus. Cela a donc bridé mes débordements d’enthousiasme, si tentants avec une superbe machine comme la S6.

 

Il faut dire que la bête n’est pas un poids plume, ce qui est toujours plus exigeant. On le constate dès qu’on enfile les virages et qu’ils deviennent de plus en plus serrés ou encore, en se faisant un petit slalom. Le roulis ne tarde pas à se manifester et la S6 se montre moins douée pour le sport que des rivales comme la BMW M5 ou la Cadillac CTS-V. Contrairement à celles-ci, elle se prête cependant à une utilisation quatre saisons, grâce au rouage intégral quattro - le meilleur, tout simplement.

 

La S6 préfère l’autoroute au circuit et au fond, c’est très bien ainsi puisque c’est ce pour quoi elle a été conçue. Si vous voulez aller sur la piste, achetez plutôt une TT-RS ou une R8. Comme l’A6, la S6 est une berline rapide et confortable qui, malgré ses prétentions sportives, offre une grande douceur de roulement. Visiblement, l’excellente suspension pneumatique a été calibrée à cet effet, tout comme la direction, vive et précise, mais un brin légère.

 

Conclusion

 

Au cours des trois dernières décennies, la marque aux anneaux a acquis une solide réputation sur le plan technologique, renforcée par ses succès en course automobile. Les A6 et S6 reflètent cette image : raffinées, confortables, spacieuses et rapides, elles appartiennent à l’élite de l’automobile. Les Audi obtiennent également de meilleurs résultats dans les enquêtes de fiabilité que leurs homologues germaniques et leurs concessionnaires traitent leurs clients avec moins de suffisance que ceux de BMW et Mercedes. Sachez-le. L’A6, elle, n’a rien à envier à une Mercedes Classe E ou une BMW Série 5 ; ce serait plutôt le contraire. Toutefois, si la conduite sportive est votre priorité, la S6 n’a pas le même mordant qu’une BMW M5 ou une Cadillac CTS-V. Sachez-le (bis).

 

 

Collaborateur

11 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 7 octobre 2013 07 h 38

    Un seul choix

    Soyons clairs, le but d'acheter une de ces bagnoles c'est d'impressionnner la parenté, les collègues et le préposé au stationnement du restaurant chic. Bien peu des propriétaires sont des conducteurs sportifs, et une Matrix est bien plus pratique pour aller faire l'épîcerie, une vieille Caravan pour ramener une bande d'enfants du soccer, et une Jeep pour rejoindre son chalet de chasse perdu au fin fond de l'Abitibi. Alors, entre le style vieillot et distingué de la Mercedes, et l'allure totalement quelconque de cette Audi, il n'y a pas d'autre choix que la BMW toujours nette, racée, comme un fauve prêt à bondir!

  • François Dugal - Inscrit 7 octobre 2013 08 h 08

    Auto-Union

    Mais qui donc a vraiment besoin d'une Audi S6?

    • Jérôme Brisson - Inscrit 7 octobre 2013 09 h 35

      @M. Dugal,

      La réponse à votre question : Personne.

      ... Comme dans la phrase "Personne n'a vraiment besoin de se fringuer avec des créations de Vera Wang ou de Karl Lagerfeld, de boire du Veuve Cliquot au petit déjeuner ou de se gaver de foie gras truffé du Périgord." Parce que (je vous le répète, au risque de paraître gâteux!), comme c'est le cas avec tous les produits de consommation haut de gamme, le besoin n'a rien, mais alors là RIEN, a y voir. C'est le plaisir, le plaisir et encore le PLAISIR qui est l'impulsion primordiale derrière un tel achat. Les jansénistes du volant auront-ils un jour l'esprit suffisamment souple et ample pour pouvoir envelopper un tel concept?...

      Qui habet aures AUDIendi, AUDIat (Que celui qui a des oreilles pour entendre entende) - Matthieu 13:9

      Au plaisir!

      Jérôme "Casanova de Seingalt" Brisson

    • François Dugal - Inscrit 7 octobre 2013 10 h 44

      Les devinettes de Tissois.
      Monsieur Brisson, qu'elle est l'autre marque automobile dont le nom est en latin? (Audi est le déclinaison du verbe latin «audire» à l'impératif).
      Et savez-vous pourquoi le nom «Audi» a été choisi?

    • Jérôme Brisson - Inscrit 7 octobre 2013 13 h 34

      Réponse à votre première devinette : La marque suédoise Volvo, qui en latin signifie "je roule".

      Réponse à votre deuxième devinette : Le nom "Audi", de "audire" ("entendre" en latin) provient d'un jeu de mots basé sur le patronyme du fondateur August Horch. En allemand, Horch signifie "écouter".

      J'en ai une pour vous : d'où vient le nom Mazda?

    • François Dugal - Inscrit 7 octobre 2013 14 h 55

      «Ahura Mazda» est le nom de la divinité de la sagesse, de l'intelligence et de l'harmonie en Asie.
      En voici une autre; pourquoi l'emblème de la marque Audi est-il composé de quatre anneaux?

    • Jérôme Brisson - Inscrit 7 octobre 2013 15 h 27

      En effet, Ahura Mazda est bel et bien la divinité de la sagesse, de l'intelligence et de l'harmonie dans la religion zoroastrienne de l'antique Perse (Iran), qui est en Asie... mineure. Mais, ah-ah, vous n'avez que la moitié de la réponse à ma devinette! : le nom Mazda a été aussi choisi parce qu'incidemment, en japonais, Mazda se prononce "Matsuda", comme le nom du fondateur de la compagnie, Jujiro Matsuda.

      Et pour répondre à votre troisième devinette : chacun des quatre anneaux de l'emblème d'Audi représente un des quatre constructeurs automobiles qui se sont fusionner pour créer l'ancienne société Auto Union, qui devint par la suite Audi.

      ... Et vlan!

      Vorsprung durch Technik...

      Jérôme "Zooropa" Brisson

    • François Dugal - Inscrit 7 octobre 2013 21 h 19

      Sous l'impulsion du régime national-socialiste, quatre fabricants allemands indépendants ont été regroupés sous la bannière Auto-Union, pour imiter GM et offrir toutes les gammes automobiles sous une seule bannière. Ces quatres constructeurs, mon cher Brisson, étaient:
      1- DKW: bas de gamme
      2- Wanderer: moyen de gamme
      3- Audi: haut de gamme
      4- Horch: «über luxe» avec carrosseries exclusives.
      Vous êtes recalé!

    • Jérôme Brisson - Inscrit 8 octobre 2013 09 h 19

      Mon cher Dugal,

      Vous m'avez demandé pourquoi l'emblème d'Audi était composé de quatre anneaux. Je vous ai donné la réponse exacte. Si vous aviez voulu que je développe ma réponse et que je mette les points sur les "i", le fair-play aurait exigé que vous me le demandiez...

      Donc, score final : Brisson 3, Dugal... 0,5 ... Vae victis!

      Boo-yah!

  • Serge Beauchemin - Inscrit 7 octobre 2013 10 h 16

    Version TDI disponible au Qc depuis 2 mois

    M. Laigüe, je ne sais pas c'est quand vous avez écrit votre article, mais la A6 TDI 2014 est disponible depuis fin Juillet dans les concessionnaires Audi au Qc.
    Et en complément d'information sur la S6 vous avez oublié de mentionner que le V8 se transforme en 4 cylindres lorsque qu'on roule sur l'autoroute à une vitesse raisonnable et stable. Comme vous devez savoir le V8 de la S6 est le même que la S7. Comme vous dites si bien le ronronnement du moteur est digne d'un muscle car américain, mais consommation en moins!

  • Georges LeSueur - Inscrit 7 octobre 2013 10 h 34

    Plaisir et ego

    Jérome Brisson a bien exprimé le plaisir.
    Le plaisir de regarder, de flatter, de posséder d'abord.
    Et ensuite de se faire regarder, envier.
    Il suffit d'avoir les revenus (mérités ou non!) Qui ne comprend cela ?
    La voiture de luxe ? Comme avoir une jolie femme; un bel homme.
    Des personnes d'âge canonique peuvent avoir à leur côté des jeunes qui, par leur présence, attestent de leur statut de VIP.