L’égalité homme-femme… Vous voulez rire!

Les hommes québécois vont finir par se convaincre que l’égalité entre les hommes et les femmes est une valeur acquise, dont il ne sera plus nécessaire de parler à l’avenir puisque « dans leur grande générosité », ils ont fini par reconnaître que nous avions raison et qu’il fallait le reconnaître officiellement. On en parle comme s’il était impossible de trouver un seul exemple au Québec où ce droit ne s’applique pas. Vous voulez rire ? Bande de petits comiques. Vous revenez sur ce sujet juste pour me faire hurler encore une fois.

 

Bien sûr, l’égalité a fait des progrès et nous en sommes conscientes. Mais nous n’avons jamais cru que le dossier était clos et qu’il répondait parfaitement à la définition même de ce qu’on appelle l’égalité. Il reste du chemin à parcourir et vous le savez. Malgré vos beaux efforts, les femmes revendiquent encore des avancées sur le sujet. Et avec raison.

 

Je reconnais cependant que vous êtes devenus plus sensibles à l’égalité que vous souhaitez pour vos filles que pour les femmes qui ont partagé vos vies. Je ne vous le reproche pas, car justement, votre défense de l’égalité de vos filles va peut-être nous aider à mener quelques combats que nous voyons poindre au bout de nos nez.

 

Les mini-miss n’ont certainement pas échappé à votre attention. Allez… dites la vérité. Ces enfants ont surgi dans nos journaux et dans nos bulletins télévisés sans crier gare grâce à un vieux monsieur qui, si j’ai bien compris, en a fait son gagne-pain à partir de Vancouver. J’avais déjà eu l’occasion de montrer l’ampleur du phénomène dans un documentaire sur les femmes il y a quelques années, et nous étions allés tourner aux États-Unis en pensant que jamais NOS petites filles, poussées par des mères très spéciales, ne finiraient sur des tapis rouges comme ces petites Américaines transformées en Barbie. C’était l’horreur.

 

Je suis absolument convaincue que les mères ont tort de pousser leurs filles dans ce monde d’exhibition physique qui risque de les marquer pour leur vie. Le côté « pitoune » de l’exercice, la déception de ne pas être la gagnante du concours en question peuvent certainement causer des torts irréparables. Et puis la récompense qui suivra, comme celle accordée à un chien savant, lui fournira une étonnante échelle des valeurs. Je suis sûre que vous n’avez pas besoin que je vous fasse un dessin.

 

J’aurais souhaité que la ministre Maltais, responsable de la Condition des femmes, réagisse autrement sur ce sujet qu’elle ne l’a fait dans un premier temps. Elle finira bien par comprendre que ce qu’on fait aux petites filles quand elles sont jeunes risque d’hypothéquer leur avenir.

 

Dans la même semaine, alors que des femmes se dénudent à l’Assemblée nationale pour réclamer qu’on enlève le crucifix et que les hommes ne peuvent s’empêcher d’en rire en parlant de « leurs signes ostentatoires » bien visibles, on apprend grâce au travail de deux femmes éthiciennes publié dans La Presse que les demandes auprès des médecins et des hôpitaux pour l’obtention d’un « certificat de virginité » sont toujours demandés par certaines familles établies au Québec.

 

Il est plus que temps de mettre de l’ordre dans la maison Québec. Faire le ménage dans une société qui a sombré dans la corruption est une chose, mais mettre de l’ordre dans la vie que nous partageons tous va demander une bonne dose de courage aussi.

 

L’égalité des hommes et des femmes est un ouvrage « in progress ». Il serait ridicule de se taper dans les mains en prétendant que nous y sommes, que tout a été réglé et que c’est tellement solide que nous n’aurons plus à intervenir à l’avenir. Hélas, ce n’est pas le cas. Les femmes ont toujours su que ça prendrait du temps et que les gains se feraient à la miette. Surtout qu’il faut bien l’admettre, il arrive aussi qu’on recule. Il suffit d’un politicien borné pour que des pans complets de nos victoires disparaissent d’un seul coup. Même des femmes peuvent nuire aux autres femmes et tirer profit de leurs choix.

 

Des femmes sont souvent fières de faire partie du « boys club », d’être traitées comme telles et de servir de courroies de transmission entre les deux groupes. Ce n’est souvent que quand elles ont été trahies ou mises de côté qu’elles réalisent qu’on les a utilisées.

 

L’égalité homme-femme, même inscrite dans une Charte des valeurs, devra être surveillée de près et ne devra jamais servir à tirer la couverture sur des sujets dont ces messieurs préféreraient ne pas avoir à rediscuter. L’égalité est une valeur mouvante qui nécessite une surveillance de chaque instant.

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