Le temps des hypocrites

En 1998, un ancien directeur de cabinet de Mario Dumont, André Néron, avait publié un livre au titre évocateur, Le temps des hypocrites, dans lequel il expliquait comment l’ADQ avait utilisé des prête-noms pour financer sa participation à la campagne du oui en 1995.

 

Le chef adéquiste avait balayé ces allégations en les qualifiant de « règlement de comptes ». Puisqu’il avait mis M. Néron à la porte, ce dernier avait voulu se venger, avait-il expliqué. Il est vrai que ce livre contenait un nombre impressionnant de vacheries, ce qui ne signifiait pas nécessairement que son auteur mentait, mais M. Dumont avait juré n’avoir jamais eu connaissance de financement illégal dans son parti.

 

En 2002, un ancien vice-président de l’ADQ et ami personnel de M. Dumont, Guy Pilon, a été reconnu coupable d’avoir distribué 22 800 $ à diverses personnes en prévision de la campagne électorale de 1998, en leur demandant de les reverser à la caisse du parti à titre personnel. Bien sûr, M. Dumont n’était au courant de rien. « J’ai fait campagne pendant 35 jours, je n’ai pas mis les pieds à la permanence », avait-il plaidé, malgré le contrôle serré que ses amis et lui exerçaient sur un parti dont l’organisation demeurait encore très modeste.

 

Mardi, il s’est étonné de la diffusion d’un reportage de Radio-Canada, qui, à l’entendre, revenait sur des déclarations que l’entrepreneur Lino Zambito avait faites devant la commission Charbonneau il y a un an. En réalité, il n’a pas été questionné publiquement sur l’ADQ. On n’avait surtout pas entendu M. Zambito raconter que Léo Housakos lui avait demandé de collecter 30 000 $ par année pour l’ADQ, ni que M. Dumont l’avait remercié pour « tout ce qu’il faisait pour l’ADQ ».

 

M. Dumont a expliqué cette semaine qu’il était un homme bien élevé, qui remerciait avec la même chaleur tous ceux qui contribuaient, que ce soit 20 $ ou 2000 $. Soit, mais 30 000 $, cela devait être un peu inhabituel, non ? « Victime du système » ? Allons donc, tout le monde sait que l’ancien chef de l’ADQ était tout sauf naïf. S’il n’a fallu que quelques jours à son successeur, Gilles Taillon, pour mettre M. Housakos à la porte et alerter la SQ, M. Dumont n’a pas pu rester dans l’ignorance aussi longtemps.

 

Il soutient aujourd’hui qu’il appartient au Directeur général des élections, et non à un chef de parti, de voir au respect de la loi. À l’époque où il dirigeait l’ADQ, il accusait pourtant le DGE de persécution.

 

On se demande ce qui est le plus choquant : la désinvolture avec laquelle les partis politiques ont systématiquement violé la loi pendant des décennies ou cette détestable impression d’être pris pour des valises.

 

***
 

La multiplication des bobards finit par rendre méfiant. L’imbroglio autour du décret qui permettait l’intégration d’André Boisclair au personnel de la fonction publique, avec tous les avantages que cela comporte, sent l’embrouille à plein nez.

 

L’an dernier, on avait caché le statut de sous-ministre adjoint qui lui avait été octroyé en même temps qu’on l’avait nommé délégué général à New York. Même le vice-premier ministre, François Gendron, n’était pas au courant. C’est seulement un mois plus tard que les médias avaient découvert le traitement de faveur qui lui avait été accordé en échange du « sacrifice » qu’il faisait en acceptant de s’exiler à New York.

 

Cette semaine, il a fallu un article du Journal de Québec pour qu’on apprenne que le décret lui accordant la permanence n’a jamais été modifié, alors que tout le monde croyait la chose faite depuis longtemps. Faut-il vraiment s’en étonner ? Malgré le tollé, la première ministre Marois avait refusé d’en démordre : selon elle, les qualités de son prédécesseur justifiaient ces largesses.

 

Les explications du gouvernement laissent perplexe. Depuis quand la parole d’un individu, si estimable soit-il, peut-elle remplacer un décret officiel ? D’ailleurs, M. Boisclair pourrait très bien faire valoir que les conditions ont changé et que sa renonciation ne tient plus s’il doit renoncer prématurément à son poste de délégué. À partir du moment où les tribunaux seront saisis de l’affaire, qui sait s’il pourra retourner à New York ?

 

Le gouvernement attend le rapport du comité sur la nomination de personnes extérieures à l’appareil gouvernemental, dont le retard s’explique difficilement, avant de régler son cas, a expliqué le ministre des Relations internationales, Jean-François Lisée.

 

Pourtant, la règle a toujours été claire : depuis plus d’un demi-siècle, aucun délégué général qui n’était pas issu de la fonction publique n’y a été intégré quand il a quitté son poste. De toute évidence, on cherche un autre moyen d’avantager M. Boisclair. Il faut croire que « le temps des hypocrites » n’est pas terminé.

***

Ce texte a été modifié après publication.

À voir en vidéo