Le cercueil

Au lendemain de l’élection d’André Boisclair à la tête du PQ en novembre 2005, Thomas Mulcair, alors ministre dans le gouvernement de Jean Charest et spécialiste des basses oeuvres, se frottait les mains.

 

Après les révélations sur sa consommation de cocaïne, les libéraux n’auraient même pas à fouiller ses placards à la recherche de nouveaux squelettes, disait-il. Il leur suffirait de « promener le cercueil » pour que les électeurs s’en détournent. Finalement, ils n’ont pas eu à se donner cette peine. Quinze mois plus tard, le danger venait plutôt de l’ADQ.

 

Il faut que la CAQ soit sérieusement en mal de visibilité pour déterrer le cercueil au mépris de sa promesse de rompre avec la petite politique des « vieux partis ». Les rumeurs d’élections précipitées ont manifestement eu raison de ses scrupules.

 

La polarisation provoquée par le débat sur le projet de Charte des valeurs québécoises a condamné ce parti à la marginalité sur la question identitaire. Sur le plan de l’économie, les questions qu’il pose au gouvernement ont beau être plus imaginatives que celles des libéraux, le développement économique demeure la marque de commerce du PLQ, même si l’expérience politique de Jean-Marc Fournier, Pierre Paradis et Sam Hamad ne fait pas le poids face à l’expertise de François Legault, Christian Dubé et Stéphane Le Bouyonnec. À la prochaine élection, le PLQ dénichera sans doute de nouvelles « vedettes » économiques issues du milieu des affaires.

 

Si la première ministre Marois appelle la population aux urnes le 9 décembre, comme on lui en prête le désir, la CAQ n’aura pas suffisamment de temps pour faire la promotion du Projet Saint-Laurent. Elle devra également annuler le congrès qui est prévu à la mi-novembre sur le thème « Cap sur les familles ».

 

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Si la candidature-surprise de Jacques Duchesneau avait permis à la CAQ de s’approprier le thème de lutte contre la corruption durant la campagne de 2012, le PQ a pu le récupérer une fois au pouvoir en faisant adopter une série de projets de loi sur l’octroi des contrats publics et le financement des partis politiques.

 

La CAQ a enfin l’occasion de redevenir la championne de l’intégrité, et M. Duchesneau, qui n’est pas fait pour les rôles effacés, ne demandait sûrement pas mieux que de ressortir son costume d’Eliott Ness, qui avait fait fureur.

 

Même si la réfection de l’église Saint-James était un excellent projet, il y a certainement lieu de s’interroger sur l’octroi d’une subvention de 2,5 millions quatre jours avant les élections, au bénéfice d’un entrepreneur ami du ministre responsable du dossier et généreux contributeur à la caisse du parti. Qui plus est, Paul Sauvé a renvoyé l’ascenseur à André Boisclair quand il s’est retrouvé dans le besoin en l’employant comme lobbyiste au tarif de 10 000 $.

 

Prendre un ancien ministre péquiste et son successeur libéral la main dans le même sac est une véritable aubaine pour la CAQ, mais il ne faut pas confondre le « droit de poser des questions » avec le salissage gratuit. La crainte de voir son aventure politique tourner court ne justifie pas M. Legault de s’associer à une telle opération.

 

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On dira que M. Duchesneau a eu le courage d’attaquer à visière levée, puisqu’il ne s’est pas abrité derrière l’immunité parlementaire pour établir un lien entre la subvention de 2,5 millions, la consommation de cocaïne de M. Boisclair et le crime organisé.

 

En réalité, la manoeuvre n’en est que plus tordue. Si l’accusation avait été lancée dans l’enceinte de l’Assemblée nationale, M. Boisclair aurait pu déchirer sa chemise tout en déplorant n’avoir aucun recours judiciaire. En agissant comme il l’a fait, M. Duchesneau l’a plutôt mis au défi de le poursuivre en justice, sachant très bien qu’en sa qualité de délégué général à New York, il ne peut pas se le permettre.

 

Ce n’est pourtant pas à lui de prouver son innocence, mais à M. Duchesneau de démontrer sa culpabilité, s’il en a la preuve. Sa conférence de presse de lundi ne sera pas un exercice agréable pour M. Boisclair, qui a vécu un calvaire durant la course à la succession de Bernard Landry. Jour après jour, les mêmes questions revenaient systématiquement : quand avez-vous cessé de consommer de la cocaïne ? où l’achetiez-vous ? Chaque fois, il serrait les dents et tournait les talons.

 

À la grande déconvenue de ses adversaires, l’opinion publique s’était largement rangée derrière lui. On blâmait plutôt ceux qui lui reprochaient cette « erreur de jeunesse ». Aujourd’hui encore, la population pourrait bien décider qu’il l’a payée suffisamment cher. Un de ceux qui l’avaient défendu à l’époque était son collègue de Rousseau, François Legault, qui appuyait pourtant Richard Legendre dans la course au leadership. « Le dossier est fermé », avait-il décrété. Il vaudrait mieux pour la CAQ ne pas le rouvrir.

4 commentaires
  • Luc Archambault - Abonné 28 septembre 2013 05 h 12

    Le clou dans le cerceuil

    « Il vaudrait mieux pour la CAQ ne pas le rouvrir » ? Mais il est déja ouvert par Ducheneau ? Trop tard... ce pourrait bien être le clou dans le cercueil... de l'ADQ !

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 28 septembre 2013 19 h 06

      L"ADQ est déjà morte!

    • Gilles Théberge - Abonné 29 septembre 2013 09 h 30

      La CAQ m'inspire par analogie, vous savez la vieille planche à moitié pourrie qui ne tient que par un clou rouillé et qu'on ne parvient pas à arracher... C'est ça la CAQ pour moi.

      Le couvercle du cercueil est ouvert en effet. Et comme dit Brel «le corps incline déjà la tête, étonné d'être encore debout»!

  • Yves Graton - Abonné 28 septembre 2013 09 h 05

    l'évêque Rémi au roi Clovis

    ' adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré "