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Perspectives - Pas de retraite possible devant les retraites

Déjà aux prises avec plus d’enjeux épineux qu’on peut habituellement en digérer, les élus québécois ont choisi de remettre à plus tard la très délicate question des retraites. Ce problème ne pourra toutefois pas rester longtemps au réfrigérateur et exigera de tous le sens des responsabilités et du sacrifice.

 

La commission parlementaire, chargée de l’étude du rapport du comité d’experts sur le système de retraite québécois présidé par Alban D’Amours, est parvenue à une décision cette semaine qui est largement passée inaperçue, cette semaine, en raison des enquêtes sur la corruption et les chartes des valeurs que l’on sait. Cette commission a conclu, après avoir entendu 42 groupes, experts et organismes cet été, que le Québec faisait bel et bien face à un très sérieux problème en la matière et, qu’en conséquence, « des études plus approfondies » seraient encore nécessaires.

 

L’ancien président du Mouvement Desjardins, qui a planché pendant 18 mois sur la question avec six autres experts avant d’accoucher, en avril, d’un rapport fouillé, a pris la chose comme la preuve du sérieux des élus. Il est normal, a-t-il réagi au Devoir, que devant un enjeu et des décisions d’une telle ampleur, on prenne « le temps de faire les choses correctement ». « C’est tout le contraire d’un tablettage », a-t-il assuré.

 

L’une des seules propositions à laquelle les élus seraient déjà prêts à donner leur feu vert est celle d’encourager l’épargne individuelle en mettant en place un système de régimes volontaires d’épargne-retraite dans les entreprises. L’idée de faciliter la vie des travailleurs, en demandant à leurs employeurs d’effectuer pour eux des prélèvements à la source destinés à leurs REER, est intéressante, mais peut difficilement suffire dans les circonstances. Rappelons que seuls le tiers des travailleurs québécois ont accès à un régime à prestations déterminées (RPD), qui est considéré comme la Cadillac en la matière parce qu’il garantit les montants des prestations versées à la retraite, mais que plus de 7 sur 10 de ces Cadillac affichent un taux de solvabilité inférieur à 80 %. Plus globalement, on estime qu’au rythme où vont actuellement les régimes de retraite publics, les régimes privés des employeurs et l’épargne des particuliers, presque la moitié des ménages à revenu moyen n’auront pas ce qu’il faut pour pouvoir compter, à 65 ans, sur un revenu de retraite suffisant (estimé à 60 % du revenu de travail), les plus riches et les plus pauvres étant mieux lotis à ce chapitre.

 

Un problème collectif

 

Cette situation n’est donc pas le fait de la négligence de quelques inconscients. Elle est le résultat de facteurs beaucoup plus fondamentaux : le vieillissement de la population qui réduit le nombre de travailleurs-cotisants par rapport à celui des retraités-prestataires ; l’allongement de l’espérance de vie et de la durée des retraites ; enfin, la baisse marquée des rendements en bourses et ailleurs.

 

C’est parce qu’il réalisait parfaitement la situation que le comité D’Amours a choisi de déborder de son mandat limité aux RPD et qu’il a proposé de mutualiser une partie du « risque de longévité » en sortant de son chapeau l’idée d’un régime public de rente de longévité à partir de 75 ans financé par les travailleurs et les employeurs.

 

La réponse du patronat, des syndicats et de tous les autres a été remarquablement modérée et réfléchie. Se tenant loin des coups de gueule et des opinions toutes faites, chacun s’est attaché à reconnaître l’ampleur du problème et la nécessité d’y mettre du sien, tout en défendant ses solutions préférées.

 

Le maître mot du comité D’Amours était « le respect de la vérité des coûts ». Le débat a porté sur le coût des réformes, mais peut-être pas assez sur celui qu’aurait une réponse trop timorée. On sait, par exemple, que plus on tarde à agir, plus on risque de faire porter le coût des changements aux jeunes générations. On s’est aussi inquiété, à raison, de l’impact que pourrait avoir l’imposition de nouvelles cotisations obligatoires sur le fardeau fiscal des entreprises et sur leur compétitivité. Il faut toutefois se rappeler que le Québec n’est pas le seul dans cette situation et que le problème des retraites s’étend à presque toutes les économies développées.

 

L’actualité nous l’a rappelé, cette semaine, alors que la France a lancé une cinquième réforme du régime public de retraite en 20 ans, qui prévoit, notamment, d’augmenter les cotisations des employeurs et de leurs travailleurs. Le gouvernement albertain a créé tout un choc, de son côté, en annonçant unilatéralement le resserrement des règles, et la réduction des prestations, des régimes de pensions de ses fonctionnaires. La Réserve fédérale américaine annonçait, au même moment, le maintien de sa politique monétaire ultra-accommodante, confirmant qu’on a encore pour longtemps des taux d’intérêt bas et des rendements faméliques.

 

On comprend, devant la complexité de ces enjeux, que les élus québécois aient voulu se donner plus de temps pour y penser. Il faudra, toutefois, le plus vite possible, parvenir à passer de la réflexion à l’action.

9 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 21 septembre 2013 01 h 04

    Réalise-t-on?

    «On sait, par exemple, que plus on tarde à agir, plus on risque de faire porter le coût des changements aux jeunes générations»

    Mais, rien ne peut faire en sorte que ce ne soit pas le cas. Ce qu'auront besoin les personnes âgées de plus en plus nombreuses, ce sont des biens et surtout des services. Si certains biens peuvent être épargnés, ce n'est pas le cas de la plupart d'entre eux et pas du tout le cas des services! Tout ce qu'on épargne est un petit bout de papier, ou plutôt de bit dans un système informatique. Et cela, cela ne produit rien. Ce sera inévitablement un membre des jeunes générations qui produira les biens et services dont auront besoin les personnes âgées.

    L'argent n'est qu'une convention établie entre les humains. En mettre de côté ne sert qu'à espérer que la conviention tiendra. Jusqu'ici, elle a tenu, parce que le rapport entre les épargnes et les biens et services produits s'équilibraient à peu près. Mais, rien ne garantit que ce sera le cas à l'avenir. Tout milite plutôt pour que ce ne soit pas le cas. Parlez-en aux Allemands qui ont perdu toutes ou la majorité de leurs épargnes en 1923 et vers la fin des années 1940.

    Des solutions? Oui, j'en ai. Je favorise personnellement plus l'amélioration des programmes non capitalisés comme la pension de vieillesse et le supplément de revenu garanti. Eux évoluent vraiment en fonction de la production de biens et services, pas en fonction de la quantité de billets et bits qui ne peuvent rien offrir. Mais, ce sont au contraire les programmes les plus attaqués actuellement... Le rapport D'Amours montre d'ailleurs que, ces programmes n'étant indexés qu'au coût de la vie plutôt qu'au revenu médian, leur importance relative diminuera de moitié au cours des 40 prochaines années.

    C'est bien mal parti...

    • Sylvain Auclair - Abonné 22 septembre 2013 11 h 25

      Enfin une personne qui se rend compte que le pain que je mangerai à ma retraite ne serait pas fait avec le blé de cette année!

  • Jean-Yves Arès - Abonné 21 septembre 2013 07 h 42

    Vite fait, mal fait...

    La Suède a pris une dizaine d'années pour reconstruire son régime de retraite, et il est cité comme l'exemple par excellence dans le monde, autant pour son équité envers tous ses citoyens présents que ceux à venir. Et ce simplement parce qu'il ne contient pas de principe de "prestations déterminés", chacun est appeler a s'ajuster avec les réalités économiques. Il maintient une solidarité entre tous ses citoyens devant les aléas économiques sans promettre le nirvana a certains au détriment des autres.

    Bref ils ont accouché d'un système a la fois juste et a la fois pérenne, peu importe les situations économiques.

    • Marc G. Tremblay - Inscrit 22 septembre 2013 09 h 19

      Pour bien faire, il faudrait que "nos élus actuels" aient le Courage Politique (ou "CP") de poursuivre dans cette voie suèdoise. Comment en finir graduellement avec , par exemple, l'indexation des "prestations déterminés" ? La réponse = "CP". Autrement, pourquoi n'y aurait-il pas des paliers de prestations qui varient suivant la fortune personnelle qui résulterait d'un héritage, par exemple ? La réponse = "CP", alors que nos élus actuels vivent dans une bulle tellement différente...

  • Raymond Saint-Arnaud - Inscrit 21 septembre 2013 12 h 28

    Deux commentaires

    1.- Il faudrait parler d'un RRQ bonifié. En effet, alors que le taux de cotisation d'équilibre au RRQ se situe désormais à 11,02 %, il est carrément irresponsable de le maintenir à 9,9 %. Les responsables de ce manque de vision économique doivent être durement fustigés.

    Le RRQ public doit être aménagé ou complémenté pour assurer à chaque Québécois un revenu de retraite acceptable sans s’en remettre au secteur privé, où de terribles magouilles se sont produites. Ce qu'il faut, c'est bonifier et élargir le Régime des rentes du Québec (RRQ), et non pas ouvrir les portes aux rapaces. C'est une question d'efficacité et de prudence.

    2.- D'autre part, pour concurrencer ou remplacer les régimes privés à cotisations déterminées qui ne garantissent aucun rendement prévisible, et pour procurer un régime de retraite à ceux qui n’en ont pas (employés sans régime de retraite, travailleurs autonomes, personnes sans revenus de travail, etc), on pourrait mettre sur pied le Régime suivant.

    Il s’agirait d’un Régime public facultatif semblable au RRQ, géré par une régie étatique, qui recueillerait les cotisations des employés, des employeurs, des travailleurs autonomes, et de toute autre personne voulant investir dans sa retraite.

    Les sommes déposées dans ce Régime serviraient à établir des droits de rente au participant, rente indexée et calculée actuariellement selon l’âge de la personne au moment des cotisations et selon l’âge de la personne au moment de la retraite.

  • alain dallaire - Inscrit 22 septembre 2013 11 h 43

    Voici la solution facile et la moins dispendieuse.

    C’est pas compliqué pourtant on a déjà le système en place le RRQ qui marche à merveille et peu couteux.
    Il faut faire un régime de retraite collectif et obligatoire avec cotisation de l’employé et employeurs comme présentement
    mais augmenter les cotisations aux régimes selon le paramètre que le gouvernement décidera.
    Et permettre de cotisation facultatif si un particulier veut contribuer plus.
    Il faut avoir une limitation au maximun pour les cotisations.

    Ce qui aura comme conséquences d’abolir tout les autres systèmes de retraite offert présentement.

    L’argent accumulé dans l’ancien régime devra être paye au bénéficiaire a sa retraite.Pour ceux qui ont plus d’argent et qui ont les moyens dans mettre de cote tant mieux pour eux mais sans abris fiscal.


    Misère c’est tu assez simple ca et tout le monde(Privé, Gouvernement,parapublic) aurait les mêmes règles(équitables)
    Pu de casse tète avec la retraite.

    Les politiciens se doivent de montrer L’exemple et de projette au contribuable une image de confiance.
    Pourquoi ils sont en politique ? Pour leur régime de retraite . J’espere que non.
    Les politiciens s’ils veulent regagner de la crédibilité auprès du contribuable devront accepter ce système.

    Par contre ont devra augmenter le salaire du politicien de 50 % parce qu’il vont perdre un gros avantages .
    Pis quand il démissionne .Pas de prime de séparation .Il y a des limites.
    Parce qu’une fois qu’ils sont défait ou démissionne les dépenses sont terminer.

    Si ils continuent à faire l’autruche. On va avoir un méchant problème dans le futur.
    La retraite va être pénible pour plusieurs. Le gouvernement a la responsabilité d’agir.
    Pas dans 10 ans. Mais Maintenant

  • alain dallaire - Inscrit 22 septembre 2013 11 h 47

    suite

    Selon Léo-Paul Lauzon dans un article paru le juin 2011 dans L'aut'journal.

    Une contribution obligatoire de l’employeur égale à celle de l’employé
    L’État devrait administrer les fonds de retraite

    Plutôt que de miser sur l’amélioration des régimes publics de retraite, les gouvernements fédéral et provincial préconisent à l’heure actuelle le développement de mesures incitatives à l’épargne-retraite, campées dans une logique financière qui n’a rien à voir avec la protection sociale, tels que le REER, le régime de pension agréé collectif (RPAC) et le régime volontaire d’épargne-retraite (RVER).

    Autant de mesures, selon Léo-Paul Lauzon, qui ne favorisent que les plus riches de la société et qui coûtent pourtant des milliards de dollars annuellement en fonds publics. « 66 % des contribuables gagnent moins de 40?000 $ l’an et ces gens n’ont généralement pas de capitaux pour compenser leurs revenus modestes et ne peuvent cotiser 22?000 $ l’an dans un REER et 5?000 $ dans un CELI. Après, on feint de se surprendre des taux d’endettement records des Canadiens et du peu d’épargne. »

    S’il consent que les régimes volontaires d’épargne-retraite ont lieu d’être, il soutient qu’une contribution de l’employeur égalant au minimum celle de l’employé devrait cependant être obligatoire, comme c’est notamment le cas en Grande-Bretagne, en Australie, en Norvège et en Suède. Les fonds devraient par ailleurs être administrés par l’État pour diminuer les frais de gestion, éviter les malversations, abus et fraudes émanant des gestionnaires et des conseillers privés.

    Devant des données aussi probantes quant à l’incapacité de la grande majorité des contribuables de financer à eux seuls leur retraite, compte tenu de leurs revenus modestes, comment justifier que le gouvernement Harper promette de hausser les cotisations annuelles admissibles au CELI de 5?000 $ à 10?000 $, tout en continuant