L’intégration

Vous voulez parier qu’à la fin, cette Charte des valeurs sera exactement conforme à celle qu’on a imaginée au départ ? Non non, pas celle qu’on nous a présentée, et qui sert surtout, pour le moment, à faire le ménage dans mes réseaux sociaux. Je parle de celle qui est nettement plus consensuelle, plus acceptable. Une Charte de la laïcité comme valeur cardinale, mais pas absolue.

 

Le confrère Michel David dirait que cela sonne un peu comme du Jean-François Lisée. Joli, mais un peu creux. C’est vrai. Alors, mettons de la viande sur l’os.

 

Les flics, les juges, les avocats et autres postes de pouvoir : laïcité totale. Et en même temps, pas tant que ça. C’est le costume de fonction qui primera le reste. Pas de kippa, pas de turban, pas de croix, rien. Un uniforme de police, une toge. Plus neutre que ça, t’es Suisse.

 

Les autres ? Je ne comprends même pas qu’on en parle, si ce n’est pour illustrer le principe, ses limites, et que subsistent encore des problèmes d’accommodements religieux pour lesquels il faut effectivement légiférer. Et puis il y a des motifs stratégiques. J’y reviendrai.

 

Quant à la croix à l’Assemblée nationale, j’avoue que je me sens passablement largué ici. Parce que son maintien me semble contraire au principe de laïcité, c’est vrai. Et peut-être parce qu’elle ne me paraît ni religieuse ni patrimoniale, mais surtout nostalgique. Un symbole du temps où les questions du vivre-ensemble n’existaient pas vraiment, où l’on pouvait se réchauffer dans sa haine de l’Anglais qui nous méprisait au moins autant. On vivait non pas ensemble, mais en parallèle. C’était le bon temps, tout était simple.

 

C’est aussi la politique qui rend les choses complexes. Je disais que la Charte ressemblera à celle imaginée par le gouvernement au départ parce que je n’ose concevoir que les stratèges du PQ ont pu croire un seul instant qu’un projet aussi controversé, proposé par un gouvernement minoritaire, serait adopté dans son ensemble. Comme dans n’importe quelle négociation, les péquistes auront débuté en doublant la mise, en englobant, donc, tous les fonctionnaires dans le lot, sachant qu’au terme des négociations avec la CAQ, ils obtiendront moins.

 

Mais surtout, ils auront parfaitement repris le contrôle du discours politique.

 

Cessez de me dire que le PQ s’en tient à son programme. Arrêtez de brailler chaque fois qu’un commentateur évoque la stratégie politique comme mobile.

 

Parce que, oui, la charte relève d’un calcul politique, galvanisé par les sondages. Le procédé est somme toute analogue à celui employé par le gouvernement Charest lors du printemps étudiant : provoquer la division pour venir ensuite jouer au réconciliateur. Et, du coup, rallier toute une frange de l’électorat vaguement embrouillée par ces questions complexes, y compris celle à laquelle on ne peut jamais dire ce qu’elle veut entendre, parce que ce serait juste indécent.

 

Comme celle qui fait les amalgames les plus tordus, qui confond ce débat sur la laïcité de l’État avec le droit d’invectiver une femme qui porte un foulard et de cracher au visage de son mari. Comme celle qui se réjouissait de voir des étudiants se faire tabasser par les flics parce qu’elle en avait marre des manifs.

 

Vous trouvez que j’ai l’air d’être assis entre deux chaises ? Vous avez raison.

 

Rarement ai-je ressenti un tel inconfort. D’un côté, je ne crois pas que cette charte soit raciste. Sauf qu’elle aiguillonne les bigots. Malhabile, donc ? Elle l’est certainement. Ostensiblement partisane aussi. Mais elle répond à quelque chose de réel qui n’est pas uniquement une frayeur ethnique - même si elle en prend les airs : la volonté de créer un espace civique où le religieux ne peut pas intervenir.

 

Le problème, c’est la portée qu’on lui donne, et que rien ne justifie maintenant. Le problème, c’est l’ambiguïté provoquée par le crucifix. Le problème, c’est qu’en cherchant à éviter une crise future, on en fabrique une bien plus importante encore.

 

Le problème, aussi, c’est qu’on sait que les modèles existants échouent lamentablement. Tant le multiculturalisme mur à mur des Britanniques que la laïcité absolue des Français capotent, et avec eux, la volonté des uns et des autres de créer l’espace citoyen tant souhaité, où la terre d’accueiln’est pas terre d’exclusion.

 

On en viendra sans doute, comme je le disais, à adopter une version édulcorée. Peut-être qu’on se contentera de régler le cas des congés religieux. Pour le reste, j’ose croire que les choses se feront naturellement. Dans une génération, peut-être. Le temps aussi que le Québec se débarrasse de tout ce que la Charte ne fera pas disparaître. Les stigmates de sa propre religion. Ses complexes aussi.

 

Tout l’enjeu est là, au fond. Délicat, tissé de mille sensibilités. L’intégration est affaire d’apprivoisement mutuel. C’est tendre la main à l’autre sans avoir le sentiment qu’on s’excuse d’exister.

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

90 commentaires
  • Matthieu Jean - Inscrit 21 septembre 2013 00 h 56

    Avoir existé.

    "C’était le bon temps, tout était simple." sic

    Je ne sais pas quel age vous avez monsieur Desjardins, mais moi j'ai vécu ces temps jadis dont vous parlez et je n'ai jamais eu l'impression que tout était si simple.

    "C’est tendre la main à l’autre sans avoir le sentiment qu’on s’excuse d’exister." sic
    Ce que je veux moi c'est tendre la main à l'autre sans avoir le sentiment qu'on s'excuse d'avoir existé:

    D'accord, peut-être pourra-t-on trouver une place ailleurs pour le crucufix. Mais s'il reste là où il est, c'est très bien comme ça aussi. Ce symbole, qui nous a instruit sur les vertus de la "règle d'or", a fait partie des valeurs du peuple fondateur, au même titre que la fleur-de-lys qui nous identifie aujourd'hui à la langue française. C'est de l'histoire!

    Et si un jour, une autre religion, une dictature sauvage, ou un mélange des deux en vient encore à prendre toute la place et que nous nous y sentons abusés ou spoliés, nous aurons au moins le souvenir de l'héritage que nos ancêtres ont voulu nous laisser. Ces valeurs que l'on prends aujourd'hui pour acquises nous aiderons à résister et même à survivre.

    * règle d'or :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89thique_

    • Denis Marseille - Inscrit 21 septembre 2013 13 h 11

      En quoi «la rêgle d'or», qui est très discutable, est particulière au christianisme catholique représenté par le crucifix de l'assemblée nationale.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 22 septembre 2013 07 h 09

      « Traite les autres comme tu voudrais être traité » ou « ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse ». Discutable ??? Je vous ai bien lu ??? Hé bé !!!

      Tant qu'au crucifix, effectivement il ne représente pas «à lui seul» cette règle, mais pas moins que les autres signes non plus ! Car tous ces signes dénonçaient au départ un cri contre l'injustice. Ce qui en a été fait et par qui et pourquoi... ça c'est autre chose.

      Si la règle d'or était inscrite à l'Article «un» de toutes les chartes, règlements, énoncés ou procédures, nous n'aurions pas besoin de police, d'UPAC, de commission Charbonneau ni même de dieux car ces paroles pleine de gros bon sens ont été écrites pas des Humains pour les humains et tous les humains !

      La raison pourquoi tant de choses vont mal... c'est que ces quelques mots ne sont pas appliqués à la lettre !

      PL

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 22 septembre 2013 10 h 08

      M. Jean, voici la fameuse "règle d"or" à laquelle vous vous reférez,

      L’éthique de réciprocité désigne une règle morale dont le principe fondamental est énoncé dans pratiquement toutes les grandes religions et cultures : « traite les autres comme tu voudrais être traité » ou « ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse ».

      Quand on regarde l'histoire et qu'on voit toutes les guerres de religion qui ont été faites à l'interne comme à l'externe par tant de pays et de groupes dans le monde, il y a de quoi se questionner: je ne sais pas si c'est de cela que M. Denis parle quand il dit qu'elle est discutable, en tous cas, discutable dans son application, oui.

    • Denis Marseille - Inscrit 22 septembre 2013 13 h 32

      Il y a aussi l'aspect fondamental de cette règle qui est discutable ici. Car on présume que tous les êtres humains ont les mêmes valeurs et les mêmes goûts.

      Laissez-moi l'imager pour que mon propos soit plus clair:

      Aimeriez-vous , monsieur lefebvre, qu'un sado-masochiste vous fasse ce qu'il aime qu'on lui fasse.

      Pour l'aspect de l'application j'endosse entièrement les propos de madame Massicotte.

    • Matthieu Jean - Inscrit 22 septembre 2013 14 h 37

      Ce dont je parle ici c'est que celui qui est sur la croix a appliqué la "règle d'or" qu'il a lui-même prêchée, dans sa vie entière, parfaitement, jusqu'au pardon de ses accusateurs, tortionnaires et assassins. Matthieu 7, 12.

      Et c'est ce à quoi nos ancêtres ont cru, c'est ce qu'ils ont voulu nous léguer comme valeur, même s'ils ne l'ont pas toujours personnellement ou collectivement appliqué dans leur quotidien.

    • Matthieu Jean - Inscrit 22 septembre 2013 16 h 47

      @ Denis Marseille

      Si un exemple boite toujours un peu, un cas d'espèces ne peux même pas servir d'exemple. L'utilisation que vous faites ici du sado-masochisme n'a absolument aucune valeur argumentaire. Vous nous partagez une fantaisie loufoque, tout au plus.

      M. Lefebvre parle de justice, et j'endosse. J'y ajoute la compassion et la générosité qui doit venir avec, le respect, etc...
      Je présume que la plupart des êtres humains veulent être traités dans le cadre de ces valeurs de bienfaisance.

      Les autres ont une blessure grave qui tarde à guérir, si jamais c'est possible... Mais j'ai quand même le pouvoir de les réconforter, de les soulager, s'ils m'en offrent l'occasion. Ça c'est la "règle d'or". Le symbole du crucifix, c'est ça.

    • Denis Marseille - Inscrit 22 septembre 2013 21 h 30

      «Je présume que la plupart des êtres humains veulent être traités dans le cadre de ces valeurs de bienfaisance.»

      Oui,continuez de présumer de ce qui est bon pour les autres comme l'ont fait tous ces bons missionnaires qui sont venus évangéliser les «sauvages» à leurs dépens au nom de ce crucifié que vous avez divinisé.

      A la «règle d'or» j'oppose l'injonction: connais-toi toi-même! de Socrate.

      http://www.asmp.fr/travaux/gpw/philosc/rapport3/12

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 23 septembre 2013 06 h 33

      M. Marseille, bel essais ! Vous avez trouvé un exemple difficile à jauger. Alors, je vais me servir de toute l'expérience de menuisier que j'ai pour vous faire «entrevoir» ma position : Vous ne pourrez jamais mettre «à niveau» un manche de faux. Et je n'ai jamais trouvé «l'équerre à cercle».

      Pour être plus clair (au cas où) : on ne peut pas appliquer une règle de droiture à un élément tordu !

      Bonne journée.

    • Denis Marseille - Inscrit 23 septembre 2013 09 h 50

      «on ne peut pas appliquer une règle de droiture à un élément tordu !»

      Alors, à quoi sert une règle de droiture, inventée pour enseigner aux «tordus» ce qui est convenable de faire si elle ne leur convient pas?

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 24 septembre 2013 08 h 19

      M. Marseille, nous pourrions palabrer pendant des lunes sur le bien-fondé de l'anarchie et de la liberté à outrance.

      Sauf que... Il est prouvé dans la «nature» que les agissements négatifs d'un individu à l'intérieur d'un groupe est automatiquement réprimé par le groupe, il est mis à l'écart jusqu'à ce qu'il se plie aux exigences du groupe. C'est une question de survie de tous. C'est vrais pour les fourmis, les abeilles et pour les chevaux et devrait être aussi vrais pour les humains.

      Seule «l'intelligence» peut être assez bête pour soutenir une autre route !

      L'intelligence sera notre perte ! Les preuves s'accumulent !

      Pour ceux qui voudront me relancer avec «L'intelligence nous a amené à être l'espèce prédominante sur la terre.» Je répondrai : «Le succès porte toujours en lui sa propre défaite !»

      Regardez le reportage de Michel Tisseyre et dites-moi où notre «intelligence» nous mène. Où nous mène notre «intelligence» quand certains d'entre nous se considèrent comme prédateurs et les reste de l'humanité comme proies ? Où est la «vrai intelligence» quand celui-ci considère plus important sa vision personnelle des choses au dessus de tous ceux qui la protègent ?

      M. Marseille, le point de vue que vous apportez est «protégé» par ceux qui sont «droits» et empêchent d'autres tordus de venir vous «attaquer» ! La vision tordue est protégée par la rectitude des autres.

      Y a matière à réflexion ici quelque part.

      Bonne journée.

    • Denis Marseille - Inscrit 24 septembre 2013 09 h 11

      «M. Marseille, nous pourrions palabrer pendant des lunes sur le bien-fondé de l'anarchie et de la liberté à outrance.»

      Je n'ai jamais parlé d'anarchie et de libertés! J'ai parlé de la propension qu'ont les uns de dicter aux autres ce qui est bon et bien en supposant que leurs valeurs sont les seules qui peuvent être considérées comme valables.

      Je vous remercie. Tous le reste de votre texte démontre que vous faites parti de ce genre de personne. Cependant, à votre décharge, Je dois vous dire que je n'ai pas besoin de ceux qui sont «droits» pour me défendre. J'y parvient assez bien par moi-même.

      En ce qui a trait à l'intelligence, mieux vaut penser que panser!

  • Jacques Boulanger - Inscrit 21 septembre 2013 01 h 50

    L'entre-deux

    Pour quelqu’un assis entre deux chaises, vous avez drôlement la solution. Pour toute personne en autorité : juges, policiers, gardiens de prison, procureurs de la couronne (exclus les avocats de la défense), les enseignants au public ou au privé subventionné (exclus les profs au CEGEP et universités), c’est laïcité absolue ! Zéro tolérance.

    Dans cette foulée, on oublie les hôpitaux publics, les écoles privées et confessionnelles mais non subventionnées. Voilà. Et on laisse les libéraux et les fédéraux faire leur danse du bacon.

    • Jean-Luc St-Pierre - Inscrit 21 septembre 2013 15 h 57

      Encore le fantasme fédéraliste. Quelle blague.

    • Léandre Nadeau - Inscrit 22 septembre 2013 15 h 37

      @J. Boulanger. "Pour toute personne en autorité : juges, policiers, gardiens de prison, procureurs de la couronne (exclus les avocats de la défense), les enseignants au public ou au privé subventionné (exclus les profs au CEGEP et universités), c’est laïcité absolue ! Zéro tolérance."

      Je pourrais être d'accord avec cette solution en particulier pour les éducateurs/éducatrices à partir de l'école pré-maternelle (CPE) car c'est important que l'enfant puisse se développer à l'abri de toute influence d'une religion particulière. Je parie qu'une bonne majorité de parents qu'ils soient catholiques, protestants, athées ou même musulmans préfèreront un milieu neutre pour le développement de leur enfant. On le voit, cette proposition n’a rien à voir avec la pomotion/protection d'une culture, religion ou langue d'un groupe particulier de la société. Neutralité et laicité autentiques ici seraient tout simplement au service de l'intérêt supérieur de l'enfant et ce de quelque religion qu'il soit. Autre avantage, les droits des parents et des enfants de toutes croyances seraient ainsi respectés, élément majeur pour la bonne entente. Aborder les questions de cette manière devrait aider, me semble-t-il, à développer des compréhensions communes et des consensus.

  • Micheline Gagnon - Abonnée 21 septembre 2013 03 h 44

    Oserai-je écrire que votre texte m'a fait du bien...

    C'est risqué de nos jours d'avoir de telles opinions. On va nous accuser de fédéralistes, de trudeauistes, de traîtres... Chaque fois que j'écris quelque chose au sujet de la charte j'ai l'impression que je ferais mieux de me taire; même Lise Payette, en citant sa grand-mère Marie-Louise, juge qu'une opinion désapprouvant la charte devrait être tue car sans valeur. Misère!

    • Jacques Boulanger - Inscrit 21 septembre 2013 09 h 55

      Ne pas dire que je suis pour ne veut pas dire que je suis contre. Bien au contraire.

      Il y en a finalement pour tout le monde au point que les partisans de l'idée fédérale s'y retrouvent ! Il est vrai que dans leur cas, ils sont friands de la sophistique à trente sous.

    • Denis Marseille - Inscrit 21 septembre 2013 14 h 33

      «Ne pas dire que je suis pour ne veut pas dire que je suis contre. Bien au contraire.»

      Bref, vous parlez pour ne rien dire.

      «Il est vrai que dans leur cas, ils sont friands de la sophistique à trente sous.»

      Chose qui semble trop sophistiqué pour les autres...

    • Jacques Boulanger - Inscrit 21 septembre 2013 17 h 08

      Parlez pour ne rien dire. C'était l'idée derrière. Dommage que vous ne l'ayez pas saisi.
      Mais je comprends que vous ne compreniez pas.

    • Denis Marseille - Inscrit 21 septembre 2013 19 h 26

      «Dommage que vous ne l'ayez pas saisi. Mais je comprends que vous ne compreniez pas.»

      Je comprends surtout que vous n'avez pas saisi que c'était un jeu de mots.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 22 septembre 2013 17 h 01

      À M. Nadeau (22-09) 15 h 37

      Je suis tout à fait en accord avec la position de M. Bélanger que vous citez d'entrée de jeu.

      La vôtre n'est basée que sur des préjugés, des généralisations et une méconnaissance des sociétés et de citoyens dont vous vous créez une image nécéssairement négative dans les circonstances. Mais vous n'êtes pas le seul, je vous l'accorde, ce qui ne garanti rien.

      C'est ainsi que parlant de CPE vous supposez que des femmes voilées y embrigaderont nos tout petits en leur parlant d'hallah et du ramadan, ou juste par la magie leur voile. Ces femmes venu de l'autre bout du monde pour donner une meilleure vie à leurs enfants et qui ont fini par avoir un emploi après souvent des années de recherche pénibles, stressantes et parfois humilantes, mettraient leur situation en jeu pour convaincre des enfants trop jeunes pour l'être?

      J'ai une amie Tunisienne que j'ai connu grâce aux forums du Devoir, et j'ai travaillé avec deux femmes du Mahgreb: mon amie a retiré son voile dernièrement pour plaire à son mari qui aurait préféré qu'elle ne le porte pas, et les deux autres ne parlaient jamais de religion: l'une mangeait à l'écart l'autre avec nous comme nous.

      C'est une caractéristique des Québécois favorable à cette charte que d'arriver avec des idées toutes faites, innébranlables. Ils vivent dans un bulle opaque suffoquant presque dans une puissante odeur sirop d'érable idéologique qui donne à croire qu'on est pas sorti du bois. Et tous oublient nos propres travers qui ne concernent pas uniquement la collusion et la corruption qui sévissent depuis des années sinon des décennies mais plein d'autres domaines. Et ils ignorent que des pays du Mahgreb arabes ou pas sont aussi laïcs, principalement la Turquie et la Tunisie, comme les USA ou vivent plein de fous de dieu. Ils l'igorent parce que comme le dit si bien l'expression québécoise "y veulent rien savoir".

    • Léandre Nadeau - Inscrit 22 septembre 2013 21 h 08

      @mmeMassicotte. J'ai eu des amis tunisiens que j'aimais beaucoup, mais malheureusement la vie les a emportés tous les deux. Ils étaient heureux au Québec. Les pays du Nord de l'Afrique ont bien changé depuis, l'Islamisation progresse rapidement, y compris en Tunisie. Au Maroc, la loi interdit maintenant de pratiquer une autre religion que la religion islamique. Un jeune homme a été condamné à 30 mois de prison au début de septembre parce qu'il avait confié à des amis s'être converti à la religion chrétienne. Arrêté fin d'août, il a été jeté en prison début septembre quand il a avoué. Revenons au Québec. Je ne pense pas comme vous car je veux pour nos enfants de toutes croyances un milieu neutre pour leur développement. Je suis certain que l'immense majorité des parents qu'ils soient catholiques, protestants, athées ou mêmes musulmans pensent comme moi. Les parents et leurs enfants ont des droits qu'il faut respecter. Ils sont des millions, pourquoi leurs droits seraient-ils bafoués par des droits individuels illimités. Il y a aussi des associations d'Africains du Nord vivant au Québec qui pensent comme moi. Ils ont subi l'oppression d'États qui n'étaient pas laics. Ces gens en connaissent beaucoup plus que vous sur ce qui se passe et ils appuient le projet de Charte. D'autres pays ont adopté des lois pour interdire le voile islamique dans les écoles (France, Italie, Turquie, landers allemands ...), le Québec ne serait pas le seul. En France, quand ils ont passé la loi pour interdire le port du voile islamique à l'école, plusieurs portes paroles musulmans ont déclaré que c'était une loi pour exclure, que les musulmanes n'iraient plus à l'école. Rien de cela ne s'est produit. C'était un épouvantail. Ils rejouent le même film au Québec présentement. Comme vous voyez, j’appuie mon argumentaire sur des faits. Vous n'argumentez pas ainsi et vous lancez des qualificatifs creux et impolis comme le font toujours les gens de votre famille politique.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 21 septembre 2013 05 h 55

    Ouais !

    C'est à peu près ça avec des balises pour ceux qui ne veulent pas accepter la main tendue et qui poussent un peu trop fort sur les demandes exagérées.

    Comme dans toutes négociations, faut en demander plus pour rejoindre un équilibre.

    Mais le moment n'est pas encore venu, les discussions se feront à la table.

    Tout ce que je souhaite est que tout le monde soit essoufflé de vociférer. Et surtout que certains arrêtent de jeter de l'huile sur le feu... de touts les côtés !

    PL

    • Jacques Patenaude - Abonné 22 septembre 2013 09 h 19

      Le problème avec ce débat c'est que quand j’entends vociférer les Contre je deviens pour la charte et quand j’entends vociférer les Pour je deviens contre. Jamais vu un débat comme celui là. Le pire c'est que les deux camps quand ils se calment en viennent à évoquer les même compromis... l'analyse qui nous est présentée par M. Desjardins est très juste. Tout le monde reviendra sans doute à la raison un jour, mais en attendant il y a beaucoup d'énergies perdues à débattre pour se faire croire que le sort de l'univers religieux se joue au Québec.
      Moi j'aurais préféré qu'on dise les vraies affaires. Si c'est un charte de la laïcité qu'on voulait faire on aurait dû le dire clairement ça aurait permis un débat plus simple et plus centré sur les vrais enjeux: La place des religions dans l'espace civique.

  • Marc Lacroix - Abonné 21 septembre 2013 06 h 56

    Enfin une analyse sérieurse !

    Je suis d'accord avec tout ce que vous mentionnez dans votre article. Je ne suis pas inconfortable avec la charte qui nous est proposée, mais sachant qu'elle est préparée pour discussion par un gouvernement minoritaire, il faut rester réaliste. Le PQ va avoir besoin de la CAQ et il devra "ajuster" certaines dispositions de sa charte.

    J'ose simplement espérer que les adversaires de la charte des valeurs réaliseront que leur opposition est en très grande partie motivée par un idéalisme de Don Quichotte et un débordement émotif qui en lui-même démontre le manque de volonté de s'intégrer de certains. L'Europe sait maintenant que le multiculturalisme est un échec et le Moyen-Orient nous permet de constater que lorsque les communautés vivent en parallèle, il n'y a pas de paix, mais uniquement des trêves (Irak, Afghanistan, Syrie, Égypte...). Dans les pays où règne le communautarisme et où la religion règle la vie, on tue au nom de Dieu, on brule des Églises, des mosquées, on pose des bombes dans des marchés... La courte vue des multiculturalistes est frappante, je ne peux qu'espérer que certains d'entre eux le réaliseront — non la vision "multiculturelle" n'est pas la seule vision — qui permet d'optimiser — les droits des individus et des communautés —, formées de gens d'origine et de croyances différentes qui vivent ensemble !

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 22 septembre 2013 11 h 12

      Réponse à M. PATENAUDE:

      Plusieurs dont moi-même l'ont dit vertement que ça devrait être une charte de la laïcité et non de pseudo valeurs québécoises, et que c'était presque une trahison que cette volte-face (une telle charte initiée par Mme Beaudoin était en friche depuis 2007, je crois) fruit d'un pur électoralisme. Mais on ne peut se répéter sans fin, et il y a à ce débat, surtout depuis qu'il a été rendu vraiment publique, tellement d'aspects qu'on ne peut s'empêcher de s'exprimer de nouveau, de se répondre. Et il y a aussi le fait qu'on ne sait même pas où cela va mener car c'est assez tordu, entre autres avec cette histoire de possibilté de retraits là où en principe ce devrait être le plus nécessaire, retrait de 5 ans renouvelables. Le monde à l'envers, quoi! Comme le dit une vielle expression populaire, tenons bien nos tuques, surtout que l'hiver est a vue de nez.