Gaga de Mimi pleine de grâce

Ni femme de, ni mère de, ni grand-mère de, Michelle Labrèche-Larouche est une femme essentiellement libre qui n’attend plus d’être sauvée par les hommes.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Ni femme de, ni mère de, ni grand-mère de, Michelle Labrèche-Larouche est une femme essentiellement libre qui n’attend plus d’être sauvée par les hommes.

Ses petits-enfants la comparent à la fois à Lady Gaga et à Grace Kelly, cette légende monégasque des années 60. Mimi n’est pas femme à se formaliser des détails : on lui aurait trouvé des airs de famille avec Lady Di et La Poune qu’elle s’en serait amusée. D’une politesse exquise et joyeuse, Mimi vous enveloppe de son rire affectueux qui assure tous les pardons terrestres et charnels. Je la pratique comme amie et mentore depuis presque 20 ans ; une présence à la fois légère et profonde, partante pour toutes les folies. Un jour, j’aspire à être aussi jeune qu’elle. Aussi libre, surtout.

 

Je l’ai connue comme la femme de (le comédien Gaétan Labrèche), la mère de (le comédien Marc Labrèche), puis la grand-mère de (la comédienne Léane Labrèche-Dor). Mais Michelle Labrèche-Larouche n’a pas besoin de faire-valoir pour exister en tant qu’elle-même. Elle ne pavane jamais au sujet de sa famille, discrète et jalouse de son intimité.

 

Journaliste (elle fut longtemps au magazine Châtelaine), chroniqueuse (on la voit à l’émission Alors on jase ! à Radio-Canada), auteure (elle vient de terminer un roman initiatique), ses amis et ses voisins la connaissent surtout comme conseillère sentimentale. « J’ai le toton fort, s’esclaffe-t-elle. J’attire les confidences. »

 

À l’occasion de son 75e anniversaire, cet été, elle s’est envoyée en l’air avec le comédien Guillaume Lemay-Thivierge, une minute en chute libre et dix minutes de vol plané en parachute, attachée par des courroies au bel oiseau de proie, en mode fusionnel, sous l’oeil rapace des caméras. « Cela a été une véritable renaissance pour moi. Je ne voulais pas atterrir. Guillaume incarnait l’archétype du sauveur qui m’a aidée à dépasser mes limites et m’a empêchée d’en mourir. »

 

Mimi n’est plus une oie blanche, même si elle aime voler. D’après sa longue expérience, les femmes sont les héritières d’archétypes bien ancrés depuis la tendre enfance : « Nous sommes toujours en attente du prince charmant qui va nous sauver. Mais avec l’âge, on réalise que c’est faux, que nous devons nous sauver nous-mêmes. Les hommes ne peuvent que nous accompagner ; nous leur donnons beaucoup trop de pouvoir. Ça nous en enlève, à nous. Personnellement, j’essaie de ne pas trop les prendre au sérieux, mais ça demande des efforts. »

 

Courrier du coeur

 

Si j’étais propriétaire d’un réseau de télé, je l’embaucherais illico pour incarner la Dr Love de la grille horaire. Chaleureuse, enveloppante, franche, Mimi est une « naturelle » pour tenir ce rôle et une mine d’anecdotes désopilantes. Elle suspend tout jugement, comprend la vérité de chacun, tente de remettre les pendules à l’heure et les secondes en perspective, a suffisamment travaillé sur elle-même pour ne pas craindre les sables émouvants.

 

Dans l’édifice du centre-ville où elle habite, les jeunes étudiants viennent la voir spontanément pour obtenir un conseil, près de la piscine qu’elle fréquente chaque jour. « Ils me racontent leurs histoires de coeur, leurs problèmes de couple. Plusieurs me disent qu’ils ne savent plus quel rôle jouer auprès des filles ; elles n’ont plus besoin d’eux. Ils se sentent comme des objets sexuels. Je leur réponds que c’est à leur tour de savoir ce que c’est ! Les hommes ont besoin qu’on ait besoin d’eux. Ni pourvoyeurs, ni protecteurs, ils se cherchent une place. Mais ça va créer des rapports plus égalitaires entre les hommes et les femmes. »

 

Mimi peut être à la fois tendre et directe, jamais complaisante dans ses réponses, elle a du bagout et de l’humour, autant que sa descendance. Et elle a du vécu derrière la brassière. « Je viens d’une autre époque, mais je les comprends. Au fond, ça ne change pas tant que ça. Moi, mon père a signé pour que je puisse marier Gaétan à 19 ans ; j’étais mineure et vierge. Je n’étais pas encore féministe, c’est venu avec le temps. »

 

Célibataire depuis l’âge de 30 ans, après 15 années d’union, elle n’a plus jamais cohabité avec un homme. « Après, ce fut la longue liste noire des amants… Je n’avais pas vécu mon adolescence. Et puis, j’aime la passion, il faut que je l’accepte. C’est la seule chose qui m’intéresse. Les papillons dans le ventre, l’obsession, le coeur qui chavire ; si c’est pas là, j’y vais pas. Mais il y a un prix à payer ! Et je le paye. Par contre, l’expérience m’a montré que je m’en sors indemne. Oui, je recherche l’intensité. »

 

Et, curieusement, plus elle vieillit, plus Mimi attire les jeunes recrues. « Surtout eux, je te dirais ! Les hommes de ma génération sont avec des jeunes, de toute façon. Mais ça ne m’intéresse pas. J’ai atteint l’âge où l’on ne veut plus être dérangée… à moins que ça en vaille vraiment la peine. » Je retiens le mot « peine ». Et qu’on n’en meurt pas toujours.

 

Se faire confiance

 

Combien de fois l’ai-je appelée, en émoi, à des heures indues ? Et je ne suis pas la seule cliente de sa boîte de Kleenex, loin de là. Mimi s’avère toujours disponible, solidaire et solide ; un socle sur lequel s’appuyer. La phrase qu’elle me servait souvent au sujet des hommes : « On les marie avant de les connaître ! » Aujourd’hui, elle ajoute en riant : « Mais si on attendait, on ne les marierait peut-être pas ! »

 

« Les femmes ne se fient pas à leur intuition, à leur instinct, constate-t-elle. Si elles s’écoutaient, elles verraient tous les signes dès le début. S’il n’est pas aimable avec la serveuse le premier soir, elles passent par-dessus. Mais ce que tu vois au départ, c’est ce que tu vas avoir par la suite. Retrouver son pouvoir, c’est écouter son intuition ! », dit celle qui a suivi des ateliers de psychanalyse jungienne et des cours d’autohypnose, en plus de méditer chaque jour.

 

Dans la tête de toutes les femmes, il y a plusieurs voix qui cherchent à se faire entendre. Mais celle d’une guide plus expérimentée que soi demeure la plus précieuse, la plus sûre et la plus indulgente de toutes.

 

Cette voix-là est un parachute pour l’âme.

 

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cherejoblo@ledevoir.com

Twitter.com: @cherejoblo


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Noté que le saut en parachute de Michelle Labrèche-Larouche avec son mentor du lâcher-prise aérien, Guillaume Lemay-Thivierge, sera diffusé le mercredi 18 septembre sur ICI Radio-Canada Télé, à Alors on jase ! dès 9h30, ou sur le site de l’émission en tout temps.

 

Invité Mimi, pour son 75e anniversaire de naissance, chez Vin Papillon, un nouveau bar à vin qui sert des petits plats à partager, dans l’esprit tapas, avec beaucoup de légumes frais. Nous avons bien mangé, bien bu, et le service (de jeunes anglos qui parlent français) est ex-cep-tion-nel. Sourire, présence, complicité, attention. J’avais l’impression de ne plus être à Montréal… Et une étoile de plus pour le baba au rhum aux bleuets sauvages. Clientèle jeune, détendue, ambiance urbaine branchée, rue Notre-Dame.

 

Remarqué que le comédien James Hyndman remet ses délicieuses lectures Amours romanesques au menu de la rentrée, cette fois au théâtre de Quat’Sous. Ça commence le lundi 16 septembre avec L’amour au temps du choléra, puis viendront L’adieu aux armes d’Hemingway en novembre, L’insoutenable légèreté de l’être en mars, et L’amant de lady Chaterley en mai.

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JOBLOG

Lorsqu’un article est relayé 14 000 fois sur Facebook, lorsque je reçois une déferlante de courriels auxquels je ne peux répondre faute de temps, je me dis qu’on tient un filon. « Parents mous, enfants fous, profs à bout », la page Zeitgeist de la semaine dernière, a fait jaser dans les chaumières et dans les écoles. Comme devoir, j’insiste pour que vous vision- niez le second épisode de la nouvelle émission de Claire Lamarche, Écoles à l’examen. On y suit Samir Kamel, un enseignant de 72 ans qui en est à sa 52e année comme professeur.

Ce prof de maths très classique, un grand-père égyptien pas du tout cool, réussit à charmer les décrocheurs qui fréquentent l’école Ma- rie-Anne. J’ai pleuré comme une Madeleine à la fin de l’épisode. Cet homme bienveillant apporte des pommes à ses élèves, leur donne son numéro de téléphone, reçoit ses protégés chez lui le samedi. Il a choisi de faire du bénévolat dans son milieu de travail. Et il nous démontre que l’expérience et l’écoute sont des atouts. Le mercredi 18 septembre à 19h, sur Télé-Québec.


 
2 commentaires
  • Marie-Thérèse Duquette - Abonnée 13 septembre 2013 07 h 12

    Hommage

    Merci de rendre hommage à cette grande femme. Vous le faites de façon exceptionnelle.

  • Marthe Léonard - Inscrite 13 septembre 2013 11 h 21

    Je vous envie

    Comme j'aurais aimé avoir une amie comme elle! J'étais aussi rebelle, curieuse, ardente, avide de savoir et d'apprendre, passionnée et indépendante. Mais la vie m'a écorchée et même si je garde encore mon humour à 68 ans, j'ai perdu mon humeur, ma force d'esprit et je suis devenue sauvage. Pour ne par emmmerder les autres. Oui, je vous envie d'avoir parmi vos amies, cette dame si belle, forte et folle!