Les autres 11-Septembre

Alors que revient, sur fond de tambours guerriers, la date hautement symbolique du 11 septembre, il peut être pertinent - malgré la coutume qu’ont les Américains d’imposer leur calendrier commémoratif au reste du monde - de rappeler que les mêmes dates en d’autres lieux peuvent avoir d’autres contenus, évoquer d’autres souvenirs.

 

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Hormis l’attaque terroriste de 2001 à New York et à Washington, le « 11-Septembre » le plus connu est chilien. Ce sera mercredi son 40e anniversaire.

 

Le coup d’État du général Augusto Pinochet contre le gouvernement socialiste élu de Salvador Allende, qui se suicida lors des bombardements contre son palais présidentiel, en est venu à symboliser, dans le monde entier, toute une ère de répressions militaires en Amérique latine.

 

La dictature dans ce petit pays (moins de 10 millions d’habitants à l’époque) n’en devint pas moins une « cause célèbre » d’envergure mondiale. Notamment à cause de la participation - aujourd’hui établie - de la CIA au sordide épisode du 11 septembre 1973.

 

Pourtant, la dictature de Pinochet ne fut pas la plus sanglante : on estime aujourd’hui à 3200 le nombre de personnes tuées par le régime… soit de cinq à dix fois moins qu’en Argentine.

 

Ce régime dura plus de 15 ans. Sa fin - bien douce et graduelle en vérité ; jusqu’au bout, on ménagea le vieux tyran, jamais jugé ni condamné dans son pays - est rappelée avec brio dans le film No de Pablo Larraín (2012), sur le fameux référendum de 1988. Parce que cette dictature s’est dissoute progressivement à la suite d’une consultation-plébiscite (perdue)… qu’elle accepta elle-même d’organiser ! Avec le vieil impénitent resté longtemps dans le paysage, jusqu’à sa brève détention en Grande-Bretagne en 1998 et 1999, où il était allé visiter son amie Margaret Thatcher.

 

Non, la dictature la plus sanglante de cette époque se trouvait dans le pays voisin. Sur une période plus courte - de 1976 à 1982 -, le régime des généraux fit en Argentine de 15 000 à 30 000 victimes, assassinées par une bande armée engagée dans une guerre d’extermination contre le gauchisme et le communisme. Une guerre qui, à divers degrés, fit rage d’un bout à l’autre du sous-continent.

 

Mais pour l’Histoire, c’est bien le putsch du 11 septembre 1973, et la mine patibulaire d’Augusto Pinochet, avec sa moustache et ses lunettes noires, que le monde aura retenus jusqu’à ce jour.

 

Fait à noter : le Chili démocratique et prospère de 2013 reste un pays profondément divisé sur le bilan de ces années de plomb. Un pays où une fraction non négligeable de la population vénère la mémoire de ce putschiste « qui nous a sauvés de la guerre civile et de la catastrophe économique ».

 

Un pays où, en 2006, l’érection, juste à côté du palais de la Moneda, d’une grande statue du président Allende (le socialiste martyr, resté fidèle à la Constitution jusqu’à son dernier souffle) a fait grommeler la droite. Je me souviens encore, en novembre 2007 à Santiago, de la grimace et du soupir désapprobateur de ce chauffeur de taxi à qui je disais - en la montrant du doigt - qu’elle était plutôt émouvante, cette statue…

 

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Autre 11-Septembre important : la « Diada », la Fête nationale de la Catalogne. Une fête que le monde ignorant avait découverte lors d’une manifestation spectaculaire - entre 500 000 et un million de personnes - organisée à Barcelone il y a un an.

 

Lors de cette Diada 2012, la foule avait réclamé un référendum sur l’indépendance, pour cette région d’Espagne longtemps réprimée par le pouvoir central, et aujourd’hui en conflit politique ouvert avec Madrid sur son statut constitutionnel.

 

Un an plus tard, les partisans d’une Catalogne souveraine - au pouvoir à Barcelone avec un gouvernement de coalition dirigé par l’« autonomiste-devenu-indépendantiste » Artur Mas - espèrent faire de la Diada 2013 un succès aussi éclatant que la Diada 2012. Cette fois, ils ont prévu d’organiser une chaîne humaine du nord au sud du « pays » (400 km), pour laquelle au moins 500 000 participants seront nécessaires. En rappelant un précédent célèbre, la chaîne humaine des trois pays baltes, encore soviétiques à l’époque, organisée le 23 août 1989… et qui avait mené à la souveraineté des trois États.

 

Avec des sondages qui donnent l’indépendance à 49 % contre 36 % (enquête Metroscopia-El País publiée hier), le gouvernement de droite de Madrid, absolument intransigeant, a déclaré que tout référendum serait illégal et interdit.

 

Artur Mas hésite et fait mine de temporiser. Mais sa base impatiente le pousse. Entre Barcelone et Madrid, il y a de l’affrontement dans l’air.

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2 commentaires
  • Josette Allard - Inscrite 9 septembre 2013 06 h 29

    Chili

    Il ne faudrait pas oublier que Pinochet a aussi instauréun régime économique qui favorise une disparité importante entre ceux qui possèdent tout et ceux qui doivent se contenter des miettes.

  • Gilles Châtillon - Abonné 9 septembre 2013 07 h 40

    Un autre 11 septembre

    Le 11 septembre 1906, le jeune avocat passionné aux yeux flamboyants, Mohandas Karamchand Gandhi (1869-1948), réunissait 3 000 Indiens à l’Empire Theatre de Johannesburg, en Afrique du Sud, pour les inviter à résister de façon pacifique à l’oppresseur colonial blanc.

    « Gandhi a lui-même qualifié le 11 septembre 1906 comme étant le jour où tout a commencé : son combat basé sur la non-violence et l’organisation des grands mouvements pacifiques de désobéissance civile. Aujourd’hui, c’est le centenaire de ce mouvement de résistance non-violente, qui s’appuyait également sur la satyagraha, un terme inventé par Gandhi pour désigner la « force de la vérité », qui amène l’adversaire à réviser son point de vue et à reconnaître ses torts sans recours à la violence.

    Pour finir, l’éditorialiste cite une phrase du « vieil homme » qui « donne à réfléchir : à force d’appliquer le principe d’œil pour œil, le monde entier deviendra aveugle ». (Courrier internationale, 11 septembre 2006)