Perspectives - Des petits qui rapportent gros

La croissance économique et les juteux revenus fiscaux vous intéressent ? Investissez dans les garderies.

 

L’occasion aurait été belle d’avoir - pour une rare fois - un bon mot pour une politique québécoise dans la presse du ROC. Nos collègues ont préféré, mercredi, s’en tenir strictement au caractère ontarien de la nouvelle, comme si l’étude dont il était question ne portait pas sur un enjeu fortement marqué, au pays, par le précédent québécois.

 

Des chercheurs des Universités Queen’s et McMaster y faisaient état des résultats positifs obtenus par les premières expériences du nouveau programme d’apprentissage préscolaire en voie d’implantation en Ontario et destiné aux enfants de quatre et cinq ans. Menée auprès de 700 enfants, l’étude constate que la fréquentation de ces nouvelles garderies à temps plein a réduit de moitié, chez ses petits participants, les risques de problèmes en matière de compétences sociales, de connaissances générales et d’habilité de communication au moment de leur entrée à l’école, et des trois quarts les risques en matière d’habilités cognitives et de développement du langage.

 

« Même si l’on prévoyait un impact important sur les enfants et les familles, de même que sur le retour sur investissement des contribuables, je n’aurais jamais pensé que les résultats seraient aussi spectaculaires aussi rapidement », a réagi l’un des architectes du programme, en manchette du Globe and Mail.

 

Le poids de la preuve

 

Cette nouvelle étude viendra s’ajouter au corpus de plus en plus volumineux des recherches vantant les vertus des garderies pour le développement des enfants et pour la société tout entière. Ce corpus, note entre autres l’OCDE, leur attribue un effet positif en matière de bien-être des enfants, de leur capacité d’apprentissage tout au cours de leur vie, de réduction des inégalités et de la pauvreté, de mobilité socioéconomique intergénérationnelle, de participation des femmes au marché du travail, de taux de fertilité, et de développement économique et social.

 

Elles apparaissent notamment comme une bonne affaire du point de vue économique. Au Québec, les économistes Pierre Fortin, Luc Godbout et Suzie St-Cerny ont fait grand bruit, l’an dernier, avec une étude qui concluait que l’augmentation des revenus fiscaux générés par les garderies à 7 $ dépasse ce que le programme coûte au gouvernement. Ces retombées économiques y étaient principalement attribuées au fait que les garderies permettent aux femmes de retourner plus vite sur le marché du travail, leur assurant de meilleurs revenus et stimulant la croissance économique. Au total, on estimait que Québec avait engrangé 104 $ pour chaque 100 $ investi dans le programme de garderie en 2008, et qu’il avait fait cadeau, en passant, de 43 $ au gouvernement fédéral.

 

Ces résultats avaient été accueillis avec scepticisme par certains experts québécois, qui jugeaient l’évaluation des retombées exagérées. D’autres économistes penchant à droite avaient rejeté toute l’affaire comme une pure affabulation.

 

L’analyse des retombées économiques d’un programme de garderies ne doit pas s’arrêter à ses effets sur le taux de participation des femmes au marché du travail, plaide depuis des années le grand expert et économiste de l’Université de Chicago James Heckman. Dans ses nombreuses études comparant, parfois sur des dizaines d’années, les parcours de vie d’enfants étant allés ou non à la garderie, le prix Nobel d’économie conclut que peu de politiques sociales offrent un meilleur retour sur investissement aux gouvernements, particulièrement lorsqu’il est question d’enfants issus de milieux socioéconomiques difficiles. Dans leurs cas, on voit leurs futures chances de réussite scolaire et professionnelle monter en flèche en même temps qu’on réduit leurs risques de problèmes de pauvreté, de maternité précoce, de consommation de drogues, de violence et de criminalité, avec tous les coûts économiques et sociaux que cela implique.

 

Ce constat ne s’observe pas seulement aux États-Unis. Une étude de la Banque mondiale menée au Mozambique arrivait, l’an dernier, aux mêmes conclusions, en plus d’étendre ces bienfaits à tous les membres de la famille.

 

Communistes !

 

Encore faut-il, disait en même temps l’OCDE, que les garderies en question puissent compter sur un programme éducatif rigoureux et des intervenants compétents. « Le maître mot est : la qualité », résumait l’organisme alors qu’au Québec, on entend encore des politiciens et des commentateurs assimiler le programme des garderies à 7 $ à un gros système de gardiennes d’enfants.

 

Il est vrai que, même au Québec, une certaine droite a encore du mal à croire aux bienfaits du programme public de garderies. À la ministre responsable, Nicole Léger, qui a annoncé cette semaine la mise en place d’un système de guichet unique visant à mieux répondre à la demande, un porte-parole des garderies privées a même qualifié l’initiative de « communiste ».

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