Viser juste

Le premier ministre Stephen Harper n’en démord pas. La réduction de la dette publique doit demeurer une priorité et il l’a répété à Saint-Pétersbourg. Il a d’ailleurs enjoint aux membres du G20 de l’imiter. M. Harper a annoncé que le gouvernement fédéral réduirait le poids de sa dette par rapport à l’économie canadienne pour qu’elle ne représente plus, d’ici 2021, que 25 % du produit intérieur brut (PIB).

 

Il est d’une certaine manière facile pour le Canada de faire la leçon aux autres. L’état des finances publiques fédérales est nettement meilleur que celui de la plupart des autres pays du G20. Le poids de sa dette est le plus bas des pays du G7. Il ne se débat pas comme l’Europe pour se sortir d’une récession marquée par des taux de chômage records dans plusieurs pays. Il n’est pas menacé d’un ralentissement de son économie comme celui que craignent les pays émergents les plus importants. Il ne cherche pas à soutenir désespérément une relance qui se fait attendre.

 

La cible qu’il a annoncée jeudi n’est pas non plus la plus exigeante. Elle l’est même moins que celle qu’envisageait le ministère des Finances, l’automne dernier, alors qu’il prévoyait un ratio de 23,8 % en 2020-1921. Il s’agissait d’une prévision et non d’une cible, mais cela démontre que le Canada était déjà sur la trajectoire annoncée à Saint-Pétersbourg.

 

Le ratio dette fédérale-PIB a atteint un sommet en 1995-1996 (68,4 %). La dette était alors de 554,2 milliards. Les compressions du milieu des années 1990 ont eu raison du déficit. Les surplus sont apparus. En 2008-2009, le ratio n’était plus que de 28,6 % et la dette, de 463,7 milliards. Mais les programmes destinés à juguler la dernière récession l’ont fait grimper à nouveau à 33,8 % à la fin de l’année financière 2011-2012.

 

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Réduire la dette est une bonne chose, mais tout dépend comment. Une dette moindre se traduit par une diminution de ces frais d’intérêt qui accaparent une partie des revenus. Des frais moindres signifient davantage d’argent pour financer les programmes essentiels ou réduire les taxes, l’option privilégiée par les conservateurs.

 

Mais pour réduire la dette, il faut éliminer le déficit et générer des surplus. Et c’est là que ça se complique. Car le rythme choisi pour y parvenir détermine l’ampleur des compressions ou des hausses de taxes qui seront imposées. Si elles sont trop sévères, elles peuvent avoir l’effet d’un coup de frein sur l’économie, ce que veulent éviter la plupart des pays du G20.

 

Cette fascination pour la réduction du ratio dette-PIB fait l’objet de débats épiques entre économistes depuis quelques années, débats fortement teintés d’idéologie et qui ont influencé les politiques publiques de plusieurs pays. Deux écoles s’affrontent.

 

Celle qui a eu le haut du pavé jusqu’à récemment soutient qu’un ratio trop élevé devient synonyme de ralentissement économique à moyen terme, ce qui exige de mettre fin dès que possible à la hausse de l’endettement. En d’autres mots, de passer des mesures de relance à celles d’austérité. M. Harper penche de ce côté.

 

La seconde école, à laquelle appartient le prix Nobel Paul Krugman, soutient au contraire que l’endettement peut être nécessaire pour relancer une économie en récession et qu’abandonner trop rapidement les programmes de relance risque de provoquer un recul et de prolonger le mal. On en veut pour preuve l’expérience européenne où les mesures d’austérité imposées à certains pays, comme la Grèce, n’ont fait qu’aggraver la crise.

 

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On n’en est pas du tout là au Canada, mais la politique adoptée par le gouvernement conservateur a ses propres effets pervers. Si Ottawa peut rêver de réduire sa dette de façon soutenue, c’est parce qu’il en a pris les moyens en resserrant les transferts aux provinces dans le domaine de la santé, en modifiant le programme de la Sécurité de la vieillesse (SV) et en plafonnant la péréquation.

 

Dans son dernier rapport sur la viabilité à long terme des finances fédérales paru en septembre 2012, l’ancien directeur parlementaire Kevin Page notait que grâce aux réductions de dépenses annoncées l’an dernier, aux changements apportés au programme de la SV et à la nouvelle formule de calcul des transferts en santé, le gouvernement fédéral jouira d’une solide marge de manoeuvre, et pour longtemps. Il soulignait que le gros du coussin venait des changements apportés aux transferts en santé. Il ajoutait qu’Ottawa pourrait même, s’il ne change rien à son plan financier (dépenses et sources de revenus), espérer effacer sa dette autour de 2040, le ratio dette-PIB diminuant de façon marquée à partir de 2016.

 

Un objectif clair favorise l’élaboration de politiques publiques cohérentes, mais une cible arbitraire peut mener à des choix contestables. La souplesse est de mise, mais sera-t-elle au rendez-vous ? C’est ce qu’il faudra surveiller, car, présent à Saint-Pétersbourg, le ministre des Finances, Jim Flaherty, a dit qu’il n’est pas exclu qu’on atteigne plus rapidement un ratio de 25 %. Pourquoi ? Rien dans la situation financière du gouvernement fédéral n’exige qu’il presse le pas à ce point, surtout si c’est au détriment des plus importants programmes sociaux.

3 commentaires
  • Josette Allard - Inscrite 7 septembre 2013 05 h 15

    Réduction

    De la dette, qui en paie le prix? L'objectif visé est la réduction des impôts des entreprises quitte à couper dans les services à la population. C'est une politique que poursuivent les USA depuis maintenant trois décennies avec les résultats désastreux que l'on connaît sur les populations. Au Canada on ne le dit pas, mais la situation économique des gagne petits se détériore. Le recours aux banques alimentaires est de plus en plus fréquent , même dans la riche Alberta.

    Est-ce là le pays que l'on veut construire?

  • Robert Henri - Inscrit 7 septembre 2013 10 h 45

    Facile d'abaisser la dette

    Il suffit d'en soustraire toute la partie qui est illégitime de cette dette et de ne pas la payer.

  • Guy Vanier - Inscrit 8 septembre 2013 20 h 53

    Mais à qui donc devons ns cette argent?

    À la banque du Canada? Mais qui sont les actionnaires de la banque du Canada? Ns les canadiens?