Toyota Corolla 2014 - Tout ce qui lui manquait

La version 2014 a des formes résolument plus modernes, avec des lignes plus ciselées que ses ternes devancières.
Photo: Philippe Laguë La version 2014 a des formes résolument plus modernes, avec des lignes plus ciselées que ses ternes devancières.

Dire que la Toyota Corolla est une joueuse de premier plan dans la catégorie des compactes est un euphémisme. En fait, la Corolla revendique le titre de voiture la plus vendue sur la planète : présente sur tous les continents (et dans 154 pays), elle est assemblée dans seize usines (dont celle de Cambridge, en Ontario). Au Canada seulement, elle compte pour le quart des ventes de la marque, en plus d’être son modèle le plus vendu depuis dix-huit ans.

 

Si la Corolla est un best-seller, c’est aussi parce qu’elle évolue dans le segment de marché où il se vend le plus de véhicules. Tous les constructeurs généralistes y sont d’ailleurs présents. La vénérable Corolla commençait cependant à souffrir de la comparaison, même si elle pouvait encore s’appuyer sur sa réputation, construite sur de solides piliers : confort, rendement énergétique, fiabilité, durabilité et valeur de revente élevée.

 

Le hic, c’est que les Japonais, qui ont toujours dominé ce segment, ont maintenant de la vraie concurrence. Les constructeurs américains et coréens leur ont porté de durs coups ces dernières années en lançant des modèles infiniment plus attirants que la terne Corolla, tout en rehaussant leur fiabilité et leur qualité globale. Pour la première fois, la compacte de Toyota n’était plus la mesure étalon ; pire, elle était devenue l’incarnation même de la voiture générique. En amour, la routine est le pire ennemi de la fidélité, et résister à la tentation devenait de plus en plus difficile, même pour les inconditionnels de ce modèle. Et attirer de nouveaux acheteurs devenait tout aussi difficile, la Corolla n’ayant aucun sex appeal.

 

Première étape : refaire l’extérieur

 

Son design inodore, incolore et sans saveur ne faisait que la rendre plus fade aux côtés des Elantra, Focus et Cruze, célébrées pour leur style. Sans parler des nouvelles Kia Forte et Mazda3, fraîchement renouvelées et tout aussi réussies. Cette 11e génération de Corolla est celle du changement, et sa nouvelle carrosserie l’annonce fièrement. Au premier coup d’oeil, on pense à la Dodge Dart, à l’Elantra aussi ; des formes résolument plus modernes, avec des lignes plus ciselées que ses ternes devancières. Résumons : la Corolla a enfin un peu de gueule. Dans la liste des choses à changer, on peut cocher cette tâche comme faite.

 

Comme celle qui l’a précédée, la Corolla ne se décline que sous la forme d’une berline, mais la Matrix, avec laquelle elle partage sa plate-forme et ses organes mécaniques, continue d’être produite. Mais jusqu’à quand ? Mystère…

 

Deuxième étape : changer la décoration

 

Si vous aviez déjà le moral fragile, l’habitacle des anciennes Corolla pouvait vous achever. Il y avait autant de fantaisie que dans une cellule de prison, et si on compare d’où on partait, l’amélioration est là aussi spectaculaire. Cet effort est même perceptible dans les versions les plus dépouillées. Encore une fois, on ne réinvente rien sur le plan esthétique, mais ce nouvel environnement est infiniment plus agréable que l’ancien. Je n’ai rien vu dans cette cabine qui pouvait rappeler le modèle précédent et c’est très bien ainsi. Il y a moins de plastique et, surtout, on note une amélioration globale de la qualité des matériaux. L’assemblage, lui, semble toujours aussi rigoureux, ce qui rassurera les fidèles.

 

Les nouveaux sièges contribuent également au bien-être des occupants, qu’ils prennent place à l’avant ou à l’arrière. Je conduis des Corolla depuis trente ans et je n’ai jamais été aussi bien installé derrière le volant. Lors du lancement, j’ai également effectué une partie du trajet assis sur la banquette arrière et il n’y a rien à redire côté confort, à part le manque de soutien latéral, une lacune propre à la plupart des banquettes.

 

Plus spacieuse et mieux équipée

 

La Corolla 2014 repose sur le même châssis que sa devancière, mais il a subi de nombreuses modifications, à commencer par une augmentation de la longueur de l’empattement et de la carrosserie, d’une dizaine de centimètres. Elle est aussi plus large et moins haute. Au final, l’habitacle n’a jamais été aussi spacieux et, encore une fois, mon court séjour à l’arrière aura été révélateur. Le dégagement pour les jambes est particulièrement impressionnant, comparable à celui d’une berline intermédiaire. Le coffre arrière est aussi un des plus logeables de sa catégorie.

 

Sachez par ailleurs qu’en cas d’accident, vous serez protégés par huit coussins gonflables, soit deux de plus que dans l’ancien modèle. L’équipement de série s’est aussi bonifié, même dans la version la plus dépouillée : CD, MP3, USB, Bluetooth font désormais partie de la dotation de base, tout comme le volant inclinable et télescopique, le verrouillage central et les lève-glaces électriques. Il suffit de monter d’un autre cran pour le climatiseur et la caméra de recul, et ainsi de suite. De nombreux groupes d’options permettent également de choisir à la carte. La Corolla est aussi la première compacte à recevoir, de série sur toutes les versions, des phares DEL qui éclairent mieux, durent plus longtemps et consomment moins d’énergie.

 

Moteur modifié, nouvelles transmissions

 

Jusqu’ici, tout va bien : la Corolla a enfin du style, à l’intérieur comme à l’extérieur. Voyons maintenant ce qu’elle a dans le ventre. Sous le capot, Toyota a joué la carte de la continuité et l’increvable 4-cylindres de 1,8 litre rempile pour un autre mandat. Il est cependant offert en deux variantes, l’une délivrant 132 chevaux et l’autre 140, grâce au nouveau système d’ouverture des soupapes VALVEMATIC qui améliore les performances tout en réduisant la consommation et les émissions polluantes. Il est réservé exclusivement à la version LE Eco.

 

La grande nouveauté, sur le plan technique, est l’ajout d’une boîte de vitesses à variation continue (CVT). Elle remplace la vieillissante (mais combien fiable) boîte automatique à quatre rapports, mais celle-ci demeure offerte sur la version de base, la CE. Autre nouveauté : la boîte manuelle compte désormais six rapports. Résumons : boîte manuelle ou automatique pour la CE ; manuelle ou CVT pour la S ; CVT seulement pour les LE et LE Eco. Plus sportive, la S ajoute un mode séquentiel qui permet de changer les rapports à l’aide de deux leviers de chaque côté du volant.

 

En plus de sa boîte CVT et de son système VALVEMATIC, la LE Eco reçoit, comme les voitures hybrides, des pneus à faible résistance au roulement et des carénages aérodynamiques sous la carrosserie, qui diminuent la résistance au vent. Cette version de la Corolla devrait donc battre des records de consommation, d’autant plus que le modèle précédent était un des meilleurs de sa catégorie malgré son retard technologique. Prometteur.

 

Comme toujours chez Toyota, l’exécution mécanique frise la perfection et malgré mon allergie (viscérale) aux boîtes de vitesses à variation continue, je n’ai rien trouvé à redire. Quant au moteur, il brille toujours par sa souplesse et sa grande douceur. Le remplacer aurait été superflu : comme disent les Anglos, « if it ain’t broken, don’t fix it » (si ça fonctionne bien, ne le réparez pas).

 

Les ordres du grand patron

 

Nous voilà rendus au coeur du problème : l’agrément de conduite. Ou plutôt, l’absence de. Malgré ses grandes qualités, ce modèle rebutait de nombreux acheteurs en raison de sa conduite pépère. C’était là tout le paradoxe de la Corolla : en vingt-deux ans de métier, c’est sans aucun doute la voiture que j’ai recommandée le plus souvent, mais je n’en aurais jamais acheté une, et ce, pour rien au monde ! Comme antidote au plaisir, il n’y avait pas mieux.

 

Or, le grand patron de Toyota, Akio Toyoda, petit-fils du fondateur, est un passionné d’automobile, pilote à ses heures, et il était impératif que le nouveau modèle soit plus dynamique que ses prédécesseurs. Ce qui n’était pas très difficile… On a donc revu les trains roulants et, surtout, la direction. Amorphe, engourdie et imprécise, elle constituait, à mon humble avis, le principal handicap des anciennes Corolla. Le message de Toyoda San a été entendu, car la Corolla montre un aplomb qu’on ne lui connaissait pas - et que, personnellement, je ne lui ai jamais connu.

 

Avec ses réglages de suspension et de direction plus fermes, la Corolla S a plus de mordant. Celle que nous avons pu conduire disposait d’une boîte manuelle à six rapports précise et bien étagée, qui rehaussait l’agrément de conduite. Oui, vous avez bien lu, il est bel et bien question ici d’une Corolla ! Les autres versions ne se ramollissent pas trop, de sorte que la Corolla se classe maintenant au milieu du peloton. Les VW Golf, Ford Focus et Mazda3 demeurent les plus amusantes, mais la Corolla S n’est pas loin derrière. Qui l’eût cru ?

 

Par ailleurs, si le confort est votre priorité, la Corolla demeure la référence. Comme celles qui l’ont précédé, la Corolla cuvée 2014 brille par sa grande douceur de roulement, et sa cabine n’a jamais été aussi bien insonorisée. La concurrence a encore bien des croûtes à manger pour l’approcher, notamment les coréennes.

 

Conclusion

 

La Corolla 2014 est-elle la meilleure de toutes ? Ça se discute, mais une chose est certaine : tout ce qui avait besoin d’être amélioré ou corrigé par rapport au modèle précédent l’a été, de sorte qu’elle est désormais en mesure d’élargir son bassin d’acheteurs potentiels. Ceux et celles qui la connaissent déjà lui resteront fidèles, car elle conserve les qualités d’une Corolla ; les autres, qui se détournaient d’elle parce qu’elle était aussi ennuyante à regarder qu’à conduire, seront agréablement surpris. Encore plus confortable, plus spacieuse et plus silencieuse, elle a enfin cessé d’être la voiture terne par excellence. Et elle sera sans doute fiable parce que c’est dans son ADN. Elle promet aussi de consommer moins, ce que nous serons en mesure de vérifier dans un avenir rapproché.

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