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Il est bien sûr trop tôt pour critiquer sérieusement C’est pas trop tôt. La nouvelle émission matinale d’ICI Radio-Canada Première (95,1 FM, à Montréal) existe depuis une semaine à peine. Il faut laisser à la nouvelle équipe dirigée par Marie-France Bazzo la chance de se développer, d’imposer son rythme et ses couleurs, sa personnalité complète et complexe quoi.

Néanmoins, la petite nouvelle du diffuseur public suscite déjà bien des commentaires, plaît et ne plaît pas. Dans une rencontre, il suffit parfois de quelques secondes pour se faire une opinion. En plus, la nouvelle production prend le relais d’une autre bien mature, installée depuis des années, qui avait elle aussi ses fans et ses détracteurs.

Les premiers sont forcément déçus du remplacement et ils ne se gênent pas pour le faire savoir. Les seconds reviennent voir pour entendre ce qui embraye.

 

J’en suis. J’ai passé les dernières années à me réveiller avec un peu d’Espace Musique ou de CIBL et beaucoup de Radio 2 ou de 98,5 FM. Eh oui, à la longue, on s’habitue aux publicités. Eh non, à force on ne se fait pas aux chiches minibulletins de nouvelles régionales de la radio privée.

Avant de rentrer dans son alma mater radiophonique, Mme Bazzo participait quotidiennement à la réussite de l’impérial Paul Arcand au 98,5. Pierre Curzi la remplace dorénavant dans les débats quotidiens avec Mario Dumont.

La fréquentation de la très efficace et populaire émission a appris deux ou trois choses à la championne des ondes publiques, des trucs qu’elle imite et décline maintenant, en y ajoutant du sien tout en conservant des habitudes de la vieille maison. On répète : on ne critique pas le résultat, on observe, c’est tout, disons dans une perspective descriptive plutôt que normative. Enfin, autant que possible.

Les débats

 

La première et plus forte évidence concerne les débats. C’est pas trop tôt propose des duos autour de sujets du jour. On entend aujourd’hui le deuxième échange entre les chroniqueurs Yves Boisvert (La Presse) et Mathieu Bock-Côté (Journal de Montréal). Vendredi, le Zapartiste Fred Savard et François Gagnon (La Presse) causaient sport. Le premier a rappelé au second que les médias surtartinent la couverture du hockey (en fait du Canadien de Montréal). Si le hockey (en fait Ca’adien) était une religion, M. Gagnon serait quelque chose comme un prétendant au titre de cardinal-préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi.

Ces duels introduisent du nouveau dans le créneau matinal où l’habitude menait plutôt vers les chroniques livrées une à une (il en reste quatre de collaborateurs externes). Les oppositions idéologiques confrontent par exemple la chroniqueuse Lise Ravary du Journal de Montréal, réputée de droite, et l’ex-leader étudiant Gabriel Nadeau-Dubois, qui s’assume bien à gauche. Mme Bazzo rameute deux autres chroniqueurs de Québecor (M. Bock-Côté et Joseph Facal, ce dernier en chronique individuelle), eux aussi bien connus pour leurs idées conservatrices fiscales ou identitaires.

 

Ton musclé

Les prises de bec inévitables risquent de s’amplifier dans les prochaines semaines. En tout cas, le ton parfois musclé des duellistes tranche avec celui des interviews que conduit Maestro Bazzo elle-même. Paul Arcand ne ménage pas ses invités, qui font pourtant la queue pour profiter de ses indices d’écoute. Il frappe sans ménagement et ça saigne. Sa nouvelle concurrente, habituée des micros, poursuit dans son style conciliant et empathique.

On est tenté d’opposer le masculin du 98,5 au féminin du 95,1. On ne le fait pas. René Homier-Roy aussi donnait moins dans le micro rentre-dedans. D’ailleurs, à Radio-Canada, dans les corridors, certaines font remarquer que les collaborateurs féminins de l’émission de Mme Bazzo sont un peu en sous-nombre.

La continuité radio-canadienne se vérifie aussi dans la liste des permanents. Si Mme Bazzo (comme Michel C. Auger pour le retour à la maison) se charge elle-même de la météo, elle continue avec des collaborateurs de C’est bien meilleur le matin, comme Yves Desautels ou François Gagnon. La tendance, amorcée sous René Homier-Roy, à dynamiser l’émission par des interventions en direct de journalistes s’amplifie par des références fréquentes aux réseaux sociaux. Les Français appellent ça la branchouille attitude…

Et quoi encore ? Je n’ai croisé personne qui aime le « jingle », la ritournelle d’appel. C’est un détail, à peine un reproche. Je note, c’est tout. Il est trop tôt pour critiquer C’est pas trop tôt…

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