Littérature québécoise - Les plus attendus et les valeurs sûres

Danielle Laurin Collaboration spéciale
Le deuxième polar de Marie Laberge, Mauvaise foi, relate le cas d’un homme injustement accusé de meurtre il y a plus de 20 ans.
Photo: Yan Doublet - Le Devoir Le deuxième polar de Marie Laberge, Mauvaise foi, relate le cas d’un homme injustement accusé de meurtre il y a plus de 20 ans.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Qui doute encore de la vitalité de notre littérature ? De bien belles surprises nous attentent du côté de la rentrée littéraire québécoise. Quelle énergie déployée, quelle diversité. De quoi convaincre les sceptiques et redonner le goût de la lecture aux plus récalcitrants.

 

Les plus attendus

 

Dès septembre, le dramaturge René-Daniel Dubois publie chez Leméac Porte d’entrée. Le livre inachevé de l’orgueil des rats, présenté comme un roman-conte. On traverse les époques, on se tient au bord du gouffre… tandis que des rats attendent leur tour.

 

C’est en octobre que Marie Laberge publie chez Québec Amérique Mauvaise foi, son deuxième polar. Le cas d’un homme injustement accusé de meurtre il y a plus de 20 ans. Une sale affaire, qui a à voir avec la soif de pouvoir et les sévices sexuels au sein du clergé. Chez le même éditeur, Micheline Lachance poursuit dans la veine historique avec La saga des Papineau, en s’intéressant particulièrement au fils aîné du chef des patriotes.

 

Michel Tremblay revient comme chaque année en novembre, chez Actes Sud/Leméac. Il ajoute un nouvel opus à La diaspora des Desrosiers avec Les clefs du Paradise. On y retrouve Édouard, en 1930, avant qu’il ne devienne vendeur de chaussures.

 

Les valeurs sûres

 

D’ici la fin de l’automne, il y a de quoi avoir le tournis. Passons sur les dates de sortie. Misons sur Jean-François Beauchemin, qui propose un livre hors-norme, Quelques pas dans l’éternité (Québec Amérique). On y retrouve en outre réflexions, illustrations et chansons de l’auteur de La fabrication de l’aube. Tablons aussi sur Élise Turcotte et son Autobiographie de l’esprit (La Mèche), qui « creuse le sillon de trente ans d’expérience de l’acte d’écrire ».

 

Après son très inspiré et très noir Christ obèse, Larry Tremblay plonge des frères jumeaux dans la guerre avec L’orangeraie (Alto). Rawi Hage, qui ne fait pas dans la dentelle non plus, personnifie un chauffeur de taxi aux prises avec une faune débridée dans Carnaval (Alto, traduction de Dominique Fortier).

 

Enfin ! Un roman de Maxime-Olivier Moutier : Scellé plombé (Marchand de feuilles). De quoi est-il question ? De l’amour, bien sûr. Et de ses malentendus, ses non-dits. Hélène Rioux s’intéresse au même sujet, qu’elle conjugue dans toutes ses déclinaisons avec L’amour des hommes (Lévesque éditeur).

 

Couverte de prix, trois fois primée entre autres par le Gouverneur général, Christiane Duchesne fouille des secrets inavouables dans Mensonges. Secrets et mensonges sont aussi à l’oeuvre dans le deuxième volet de la saga familiale de Rachel Leclerc, Le chien d’ombre (Boréal).

 

Aki Shimazaki publie Yamabuki (Actes Sud/Leméac), dernier segment de son cycle romanesque entrepris en 2006 avec Mitsuba, situé dans le Japon d’après-guerre. Michèle Plomer clôt sa trilogie sino-québécoise Dragonville avec Empois (Marchand de feuilles).

 

Avec Pomme S (Le Quartanier), l’auteur de Mayonnaise termine lui aussi une trilogie, entamée en 2011. Éric Plamondon publie par ailleurs une novella dans le cadre des célébrations du 10e anniversaire du Quartanier. Tout comme neuf autres auteurs de la maison, dont Samuel Archibald et Sophie Létourneau.

 

Robert Lalonde propose un récit où il évoque le souvenir de sa mère : C’est le coeur qui meurt en dernier (Boréal). Francine Ruel fait de même, à sa façon, avec Ma mère est un flamant rose (Libre Expression). Quant à l’auteure torontoise d’origine allemande Marguerite Andersen, prix Trillium et prix des lecteurs Radio-Canada pour Le figuier sur le toit, elle s’adresse à son fils dans La mauvaise mère (Prise de parole).

 

Après son vibrant Artefact, Carl Leblanc produit une série de petits récits sur le jeu des coïncidences, dans Fruits (XYZ).

 

À surveiller

 

Emmanuel Kattan campe son troisième roman, Le portrait de la reine (Boréal), à New York, où il vit. Nicolas Gilbert pose la question de ce qui nous unit dans Nous (Leméac). Les désastrées (VLB), de Mélikah Abdelmoumen, met en scène une star suicidée qui revient hanter les siens. En filigrane, un hommage à Nelly Arcan.

 

Crise de couple sur fond de crise sociale : c’est ce que dépeint Jean-Marc Beausoleil dans Joie de combat (Triptyque), inspiré d’événements qui ont secoué la municipalité de Val-David. Aussi basé sur des faits réels, La Cadillac du docteur Watson (Lévesque Éditeur), de Louis-Philippe Hébert, nous fait pénétrer dans l’univers de deux amis qui s’affrontent à bord d’une Cadillac 59. Quant au roman d’Alain Bernard Marchand, Le sept cent vingt-cinquième numéro d’Apostrophes (Herbes rouges), il nous ramène dans l’univers d’une émission littéraire « qui a marqué l’histoire de la télévision ».

 

Le journaliste Michel Jean poursuit sa route comme romancier avec Le vent en parle encore (Libre Expression), qui s’intéresse au sort des jeunes Amérindiens transplantés dans des pensionnats. Vania Jimenez, qui a pratiqué la médecine auprès des Inuits, lance Je suis une pierre brûlante (Druide).

 

Marie-Christine Bernard, prix France-Québec pour Mademoiselle Personne, s’aventure du côté du roman coquin avec Treize jours d’Emma, tout comme la scénariste et auteure de polars Geneviève Lefebvre avec Dis oui (nouvelle collection de littérature érotique chez Librex).

 

Le comédien Patrick Drolet fait paraître son deuxième roman, Pour une dernière fois, je m’abaisserai dans tes recoins, tout comme Catherine Lafrance avec Le retour de l’ours (Druide). Et de deux, aussi, pour Lynda Dion, découverte avec La dévorante, qui nous offre La maîtresse (Hamac). De même pour Audrée Wilhemy, finaliste aux prix du Gouverneur général pour Oss, qui signe Les sangs (Leméac), et pour Catherine Leroux, qui propose Le mur mitoyen (Alto).

 

Romans historiques

 

Dans un roman inspiré par ses ancêtres, La flûte de Rafi (XYZ), André Vanasse nous ramène en 1626 dans la peau d’un jeune juif de Cracovie puis nous transporte en Nouvelle-France près d’un siècle plus tard, alors que son fils s’éteint. Parmi les spécialistes du roman historique qui reviennent cette saison : Jean-Pierre Charland, Suzanne Aubry, Maryse Rouy, Michel Langlois, Louise Lacoursière. Et Louise Tremblay D’Essiambre : après le premier tome de sa saga Les héritiers du fleuve (Guy Saint-Jean Éditeur), qui figure sur la liste des best-sellers depuis sa parution il y a quelques semaines, le deuxième volet est promis pour octobre.

 

Ouvrages collectifs

 

India Desjardins, Caroline Allard, Claudia Larochelle… Elles sont sept écrivaines à signer une nouvelle dans Miroirs (VLB), campé dans les toilettes d’un grand restaurant montréalais. Dix-huit auteurs, dont Simon Boulerice et Jean-Simon Desrochers, collaborent à Maison des jeunes (éditions de Ta Mère), inspiré de souvenirs d’adolescence. Et puis, aussi bien le dire, votre chroniqueuse, tout comme la journaliste Chantal Guy de La Presse, s’est laissé convaincre de participer aux côtés de plumes québécoises et haïtiennes des plus variées à Bonjour voisine ! (Mémoire d’encrier), concocté par Marie Hélène Poitras dans la foulée des Rencontres québécoises tenues en Haïti au printemps dernier.

 

Premiers romans

 

Le poète et chanteur d’origine acadienne Fredric Gary Comeau fait paraître Vertiges (XYZ), sorte de « chassé-croisé existentiel et amoureux » entre huit personnages. Parmi les nouveaux romanciers venus du journalisme : Pascale Wilhelmy, avec Où vont les guêpes quand il fait froid ? (Libre Expression), et Samuel Larochelle, avec À cause des garçons (Druide).

 

Après ses Carnets d’une désobéissante, la chroniqueuse Geneviève St-Germain s’essaie au roman avec Soeurs d’âmes (Stanké), qui se passe au sein d’une communauté de femmes actives dans une soupe populaire. La cinéaste Eza Paventi propose Les souliers de Mandela (Québec Amérique). Et L’ex-mannequin Dominique Bertrand publie un suspense, Le pot au rose (Éditions de l’Homme).

 

Signe de santé, de renouvellement : une foule d’autres premiers romans, toutes maisons d’édition confondues (Sémaphore, l’Hexagone, Hurtubise, La Peuplade…) voient le jour, signés par des inconnus qui, on l’espère pour eux, ne le resteront pas longtemps. Déjà, Marie-Anne Legault avec Museum (Québec Amérique) et David Clerson avec Frères (Héliotrope) semblent vouloir se démarquer par leurs envolées vers l’imaginaire.

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