Revue de presse - Une crucifixion en règle pour la Charte

L’affaire du turban sur les terrains de soccer avait déjà mis le feu aux poudres dans les médias du Canada anglais : le dévoilement de quelques détails de la future Charte des valeurs québécoises a terminé d’allumer le brasier. Et les flammes sont vives.

 

La vraisemblable intention du gouvernement Marois de bannir les signes religieux dans toute la fonction publique, les CPE, les écoles et les hôpitaux a fait bondir toutes les tables éditoriales des grands médias canadiens depuis mercredi. Le National Post, le Globe and Mail, le Toronto Star et le groupe Sun ont été unanimes à décrier les intentions de Québec, que le Post décrit comme une « manoeuvre xénophobe ». Pour tous, l’intention du gouvernement derrière ce projet est claire : promouvoir la souveraineté.

 

Le Post estime que Pauline Marois et le Parti québécois cherchent à faire croire que la « bonne vieille culture québécoise est attaquée ». Ainsi le soutien du PQ à l’interdiction du turban au soccer, ainsi le « pastagate », ainsi le projet de loi 14 qui « menace de miner encore plus les libertés linguistiques dans les écoles, les petites entreprises et certaines municipalités ».

 

Cet « esprit de xénophobie » vise à convaincre les électeurs que la seule façon de sauvegarder leur identité culturelle et linguistique passe par la souveraineté du Québec, pense le National Post. Le quotidien juge que le PQ embarrasse ainsi « le Québec et menace inutilement les droits des groupes minoritaires. Le mouvement séparatiste n’a jamais paru si mesquin, ou désespéré ».

 

Dans le Toronto Star, on parle d’un plan carrément « honteux » qui est tout sauf une démonstration de la neutralité de l’État. Celui-ci cible les minorités religieuses en « excluant dans les faits les juifs, les musulmans et les sikhs des emplois du secteur public », pense-t-on. Comme le Post, le Star ne comprend pas cette attitude défensive de certains francophones qui « craignent que leurs valeurs soient menacées par les nouveaux arrivants ».

 

Les deux médias en ont aussi contre ce qu’ils considèrent comme une immense incohérence, soit la décision de maintenir le crucifix à l’Assemblée nationale ou la croix au sommet du mont Royal.

 

Si le PQ va de l’avant, ce serait à la fois « honteux [“shameful”] et pathétique », ajoute le Toronto Star. La stratégie pue le calcul politique en faveur de la souveraineté, dit-on. Au point où le Star pense que le PQ serait heureux que les tribunaux concluent que la Charte des valeurs québécoises est contraire à celle des droits et libertés - il en ferait un argument prouvant les limitations imposées par le Canada à l’expression de l’identité québécoise. « Le Québec, assurément, est une société trop confiante et sophistiquée pour tomber dans un tel stratagème politique », souhaite-t-on.

 

Poutinesque

 

Le Globe and Mail adhère pour sa part complètement aux propos du philosophe Charles Taylor (que tous ont cité cette semaine). « Poutinesque », que cette charte. Au lieu de la neutralité, l’État opte pour une démonstration de force. « Quel type de démocratie dit aux minorités religieuses que leurs droits et leurs valeurs valent moins que celles des autres? Une société comme la Russie de Poutine. »

 

Le message envoyé, dit le Globe, est que la société n’acceptera les minorités que si elles se décident à renier ce qu’elles sont. « Est-ce que vraiment quelqu’un qui se trouve face à un docteur ou à une secrétaire qui a la tête couverte peut en déduire que l’État n’est pas neutre ? »

 

Le Globe s’inquiète aussi du sort de ces minorités dans le secteur privé. Privées de leur liberté religieuse dans l’espace public, il y a de bonnes chances qu’elles le soient aussi dans le privé, croit-on. « Le message disant qu’ils sont des citoyens de deuxième classe ne va pas s’arrêter aux portes des édifices gouvernementaux. » Quant à la croix sur le mont Royal et au crucifix à l’Assemblée nationale, le Globe estime lui aussi que leur maintien a quelque chose d’« absurde, de blessant et de brutal » dans le contexte. Poutinesque, résume-t-il.

 

Dans le Winnipeg Sun (qui appartient à QMI, propriétaire du Journal de Québec, où la nouvelle a été coulée), on juge que le gouvernement va beaucoup trop loin dans le champ de l’intrusion. « Une telle loi ne va que causer des dommages à l’image du Québec comme lieu d’accueil pour les affaires, pour trouver un emploi et élever une famille. » Le Sun reconnaît qu’il « y a bien sûr des limites à l’expression religieuse et culturelle. Dire aux gens de laisser leur burqa à la maison pour aller voter ou se faire prendre en photo pour un permis de conduire est le simple bon sens ». Mais il y a aussi des limites aux limites qu’on peut imposer, suggère-t-on.

 

Le Sun écrit qu’on ne peut jouer avec un sujet aussi explosif pour « marquer des points auprès de sa base ». Et il se désole finalement que, 18 ans après le discours de Jacques Parizeau sur le « vote ethnique », la « perception du PQ des minorités » n’a pas changé.

 

Du pot pour Trudeau

 

En dehors de la Charte, il s’est aussi écrit beaucoup de choses sur les aveux de Justin Trudeau concernant sa consommation de marijuana. Soulignons un éditorial du quotidien The Province (Colombie- Britannique, membre de Postmedia) qui estime que la position de Trudeau pour la légalisation de la mari « est plus en phase avec l’époque que la position sans compromis des conservateurs ».

 

The Province pense que ce n’est qu’une question de temps avant que les gouvernements américain et canadien n’emboîtent le pas à des États comme Washington et le Colorado et ne légalisent la substance. Car le pot, dit-on, n’est pas plus dangereux que l’alcool ou le tabac, « deux drogues légales ».

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