Vos finances - L’hypothèque s’installe à demeure

Choc immobilier appréhendé pour les uns, atterrissage en douceur pour les autres, le prêt hypothécaire demeure un enjeu pour nombre de ménages. D’autant qu’ils sont toujours plus nombreux à atteindre l’âge de la retraite en traînant des dettes avec eux. L’hypothèque s’installe à demeure dans le paysage des finances personnelles.

 

Selon une lecture récente de Statistique Canada, plus du tiers des personnes retraitées (de 55 ans et plus) traînent encore des dettes. Pour 20 % d’entre elles, ces dettes prennent essentiellement la forme d’un prêt hypothécaire, alors que pour 57 % de ce groupe les dettes sont afférentes à des dépenses de consommation. Les sommes en jeu ne sont pas négligeables. Ainsi, 32 % doivent entre 5000 $ et 24 999 $, 26 % entre 25 000,00 $ et 99 999 $, et 17 % 100 000 $ ou plus. Pour une dette moyenne de 60 000 $.

 

Pour les autres, le thème demeure la retraite tardive. Selon un indice de Financière Sun Life, seulement 27 % des Canadiens âgés de 30 à 66 ans s’attendent à être à la retraite à 66 ans. Ce pourcentage atteignait 51 % dans la version 2008 de l’indice. Le quart des répondants estiment qu’ils auront besoin de plus d’argent pour couvrir leurs dépenses de base.

 

Taux fixe

 

Devant cette réalité, et face à un marché immobilier aux prises avec l’enflure, et ce, dans un environnement de pression haussière sur les taux hypothécaires, le taux fixe retient l’attention. Du moins, les conclusions d’un sondage mené cette fois pour la Banque CIBC indiquent que près de la moitié des Québécois choisiraient un prêt hypothécaire à taux fixe s’ils devaient contracter, refinancer ou renouveler un prêt hypothécaire. Les Québécois favorisent largement le taux fixe pour une troisième année consécutive. Par opposition, 32 % des répondants ont souligné qu’ils opteraient pour un taux variable. Pourtant, 48 % des personnes sondées demeurent convaincues que les faibles taux d’intérêt actuels sont là pour au moins les 12 prochains mois, ce qui ne peut que témoigner d’une certaine prudence.

 

Restent les mesures de resserrement adoptées l’an dernier par le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty.

 

En juillet 2012, le ministre fédéral répondait à l’inquiétude de la Banque du Canada devant l’endettement record des ménages canadiens en modifiant les règles hypothécaires pour une quatrième fois depuis 2008. La mesure la plus importante ramenait de 30 à 25 ans la période maximale d’amortissement d’un prêt hypothécaire. On a également fait passer de 85 à 80 % le plafond du montant du refinancement. Il était à 90 % en mars 2011. Et resserré quelque peu les ratios de remboursement servant de calcul dans l’octroi des prêts. Une limite a été fixée aux coûts totaux des mensualités comprenant le versement hypothécaire, l’impôt foncier et les frais de chauffage, qui ne devraient pas dépasser 39 % des revenus bruts.

 

Adaptation

 

Ainsi, selon l’assureur Genworth Canada, les acheteurs d’une première maison se sont adaptés. En fait, 56 % des nouveaux acheteurs interrogés ont précisé qu’ils avaient fait une mise de fonds de plus de 20 %. Ce pourcentage n’était que de 36 % l’an dernier.

 

Il ressort cependant de ce dernier sondage que la moitié des répondants ont déclaré qu’ils éprouvaient de la difficulté à épargner en vue d’une mise de fonds. Et que seulement 17 % considéraient que le moment était propice à l’achat d’une propriété, laissant entendre que la faiblesse persistante des taux d’intérêt n’est plus un argument d’achat.

 

Il en était question il y a un mois. Plus que la faiblesse des taux d’intérêt, les programmes et garanties de prêts favorisant l’accès à la propriété ont exercé une plus grande influence sur les tensions observées sur le marché immobilier et l’inflation du prix des logements. Au fil des dernières années, avant les derniers ajustements de M. Flaherty, l’accès à la propriété a été facilité, mais au prix d’une flambée des cours et d’un endettement record.

 

D’après un survol de Bank Credit Analyst, le rapport entre le prix de l’habitation et le revenu des ménages a augmenté de 40 % en 20 ans au Canada. Dans l’intervalle, la dette des foyers canadiens est passée de 55 % du PIB en 1990 à 97 % en 2013, un sommet historique.

 

Cette hausse des prix et de l’endettement s’est produite parallèlement à l’explosion du nombre de prêts hypothécaires assurés par la Société canadienne d’hypothèques et de logement et par une entreprise privée dont le gouvernement fédéral se porte garant. De 30 % en 1990, la proportion est passée à 55 % en 2003, puis à 75 % en 2013.

 

Depuis 2006, avec cette admissibilité à la garantie gouvernementale élargie, un déséquilibre est vite apparu entre le prix dit d’accès et le prix payé. En 1985, le prix payé pouvait se situer à 80 % sous celui du prix d’accès. Le tout s’est inversé depuis, avec un ratio de 1,6 pour 1, sous le jeu de règles plus souples appliquées par la SCHL dans l’octroi des prêts hypothécaires.

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