Volkswagen Jetta - L’art de ratisser large

La Jetta du XXIe siècle n’est pas aussi ludique que celle des années 1980 ou 1990, elle n’a pas le même mordant non plus ; mais elle freine, elle colle et tient encore la route comme une allemande.
Photo: Volkswagen La Jetta du XXIe siècle n’est pas aussi ludique que celle des années 1980 ou 1990, elle n’a pas le même mordant non plus ; mais elle freine, elle colle et tient encore la route comme une allemande.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la Jetta de sixième génération ratisse large : la version de base coûte à peine plus cher qu’une sous-compacte et les versions plus cossues peuvent dépasser la barre des 30 000 $. Il y a de tout pour tous : une Jetta abordable, une autre plus cossue, une verte, une sportive, sans oublier la TDI à moteur turbodiesel.

 

Volkswagen a compris vingt ans après les constructeurs japonais que, pour vendre des voitures aux Américains, il faut les concevoir pour eux. Et chez eux, de préférence. Mieux vaut tard que jamais : depuis que les Jetta et Passat se sont « américanisées », leurs ventes ont explosé aux États-Unis.

 

L’envers de la médaille, c’est le style inodore, incolore et sans saveur des VW destinées au marché nord-américain. Dans ce créneau où les voitures sont de plus en plus jolies, la Jetta se fond dans la masse. Anonymat garanti ou argent remis. Une seule configuration est offerte ; pour une familiale, il faudra aller du côté de la Golf.

 

Au royaume du plastique

 

Alors que bon nombre de constructeurs s’efforcent d’améliorer la finition de leurs véhicules en diminuant la quantité de plastique à l’intérieur (à Detroit, surtout), Volkswagen rame à contre-courant. Les plastiques durs sont omniprésents dans la Jetta ; dans une VW, c’est du jamais vu. Même la défunte Fox était mieux finie à l’intérieur ! C’est vraiment un choc : on se croirait dans une Chevrolet ou une Pontiac des années 1990. Ou pire, Chrysler. C’est affreux, il n’y a pas d’autre mot. À l’oeil comme au toucher. Dès qu’on roule sur une route en mauvais état, ça craque de partout, ce qui laisse craindre le pire à moyen et long terme.

 

Cette économie de bouts de chandelles se manifeste aussi dans la piètre insonorisation de l’habitacle. Je veux bien croire que l’objectif était de réduire le prix de la Jetta, mais on a poussé le bouchon un peu loin.

 

Cela est d’autant plus dommage que l’habitacle a de grandes qualités, à commencer par son habitabilité et son ergonomie bien étudiées. C’est tout simplement vaste à l’intérieur, les espaces de rangement abondent et la position des commandes est irréprochable. Et surtout, tout est d’une grande simplicité d’utilisation, ce qui est l’exception plutôt que la règle chez les constructeurs allemands. À l’avant comme à l’arrière, les sièges sont confortables et procurent un bon maintien. Pour une fois, la banquette arrière, bien sculptée, n’a pas été négligée. Toutefois, c’est une quatre places : si une troisième personne s’installe au milieu, elle va trouver le trajet long, surtout s’il s’agit d’un adulte.

 

Menu varié (et santé)

 

L’offre est particulièrement étoffée, avec pas moins de cinq motorisations : trois à essence, une diesel et une hybride. Dans la catégorie (pourtant très foisonnante) des compactes, personne n’en offre autant. Toutefois, la motorisation de base est à oublier. Ce 4-cylindres de 2 litres a l’âge de Mathusalem : c’est le même qu’on trouvait sous le capot des Golf et Jetta lorsque j’ai commencé ma carrière de chroniqueur auto, en 1991 ! On a beau vouloir offrir une versionlow cost, comme on dit à Paris, il y a des limites. En plus, ce n’est pas un champion de la consommation. Je reconnais tout de même ses qualités : il est discret, pas bruyant du tout ; pas rugueux non plus.

 

Le 5-cylindres de 2,5 litres est remplacé cette année par le tout nouveau 4-cylindres de 1,8 litre TSI. Ce moteur suralimenté à injection directe promet un raffinement infiniment supérieur et une consommation moindre. De toute façon, si c’est votre priorité, le 4-cylindres turbodiesel TDI vous permettra de péter des scores. Et si le diesel n’est pas assez vert pour vous, il y a maintenant la Jetta hybride. Celle-ci a d’ailleurs fait l’objet d’une chronique à elle seule dans cette page. Pour en savoir plus, lisez l’article de notre collaborateur Luc Gagné (Le Devoir, 29 avril 2013).

 

Les conducteurs sportifs ne sont pas oubliés : le 4-cylindres turbo de 2 litres de la Jetta GLI est le même que celui de la GTI. Voilà une solide référence. Ce moteur n’a que des qualités : il brille autant par sa souplesse et ses prestations que par son appétit tout ce qu’il y a de plus raisonnable. Il s’agit sans nul doute d’un des meilleurs moteurs de l’industrie automobile à l’heure actuelle.

 

L’âme germanique

 

Dieu merci, le processus d’américanisation n’a pas réussi à diluer complètement l’âme germanique de cette berline. La Jetta du XXIe siècle n’est pas aussi ludique que celle des années 1980 ou 1990, elle n’a pas le même mordant non plus ; mais elle freine, elle colle et tient encore la route comme une allemande. Vanter les qualités routières à ceux et celles qui en ont déjà eu une, c’est prêcher des convertis ; l’objectif de Volkswagen, c’est de séduire la clientèle américaine, insensible à leurs qualités routières. Autrement dit, il ne faut pas que « ça porte dur ». Les trains roulants ont été calibrés en conséquence et la douceur de roulement se compare à celle de n’importe quelle compacte japonaise ou américaine. Tant pis pour les puristes.

 

Conclusion

 

Avec cette Jetta made in USA, Volkswagen veut clairement conquérir l’Amérique, dernière étape avant son but ultime : devenir le numéro 1 mondial. La spectaculaire augmentation des ventes chez nos voisins du Sud confirme que cette stratégie était la bonne. Et tant pis pour les puristes, encore une fois.

 

 

Collaborateur

À voir en vidéo