Marcher et mâcher de la gomme en même temps…

Tout le monde sait que la phrase est de Jacques Parizeau. Quand on l’entend la première fois, elle fait sourire. Mais si on prend le temps d’y réfléchir, on se rend compte qu’elle représente un véritable défi pour une société qui vit des bouleversements énormes et qui se serre les coudes pour affronter la tempête, sans jamais perdre de vue que son avenir en dépend. Faits forts les Québécois ? Capables d’en prendre ? Tu parles !

 

Et puis, parfois, « ils pètent une coche »… Non, elle n’est pas de Parizeau celle-là. Le Québec, un peuple en constante mutation qu’on n’arrête jamais de tasser dans le coin, sur les pieds duquel on marche en lui disant que c’est pour son bien, un peuple qu’on voudrait pouvoir effacer de la planète et qu’on tourne comme une crêpe sans lui demander son avis, ça finit par avoir la coche fragile.

 

Prenez la dernière année. Ma chronique est trop courte pour que je puisse faire le tour. Août 2012 : les étudiants sont dans la rue à Montréal, à Québec, à Sherbrooke, à Gatineau et pratiquement partout ailleurs au Québec. Ils tapent sur des casseroles et finissent par réveiller les parents et même les grands-parents, qui joignent le mouvement. Les très nombreux policiers préfèrent taper sur les étudiants… Allez, ouste ! dans l’autobus. Avec des amendes salées qui vont réduire la consommation de hot-dogs et de hamburgers pour les étudiants durant toute l’année qui vient.

 

Parallèlement, nous subissons la loi 78, cadeau empoisonné de M. Jean Charest pour son peuple bien-aimé dont il n’a jamais cessé de creuser la tombe durant son passage de neuf ans au pouvoir. Cet homme, il nous a fallu du temps pour le comprendre, ne fait pas dans la dentelle.

 

L’élection finira par avoir lieu et le 4 septembre, les citoyens ont vraiment l’embarras du choix. Il y a tellement de monde sur la ligne de départ que personne n’ose dire qui va l’emporter. Jusqu’au moment où le premier ministre du Québec devient une première ministre. Dans les minutes qui suivent, Mme Pauline Marois aura failli être la première ministre qui aura occupé le poste le moins longtemps de notre histoire. Un homme y laissera sa vie, un autre sera blessé et Mme Marois fera la preuve qu’elle est capable de sang-froid et de calme même dans les moments difficiles, dont elle ne sait pas encore qu’ils ne manqueront pas dans son année qui commence.

 

Les étudiants ont repris les études. Le ton a baissé partout. La commission Charbonneau a vu le jour, et nous, nous avons vu, sous nos yeux vu, ce que nous soupçonnions depuis longtemps : la corruption élevée à la hauteur d’un grand art, pratiquée avec le sourire, et des enveloppes de toutes sortes. Des réputations sont brûlées en quelques mots. Ils ont le ton arrogant, jurent de dire la vérité, toute la vérité, sur tout et sur rien. Ils mentent à moitié ou totalement. Certains tentent de s’excuser à la fin avec un « j’aurais pas dû » qui tombe dans le vide. Ils repartent pas trop mécontents de leur performance. Et puis, bien sûr, il y a ceux qui ne se souviennent de rien. C’est un film d’hommes… presque pas de femmes. Elles sont sans doute chez elles, mais peut-être ne savaient-elles rien.

 

Les vacances, enfin, allaient permettre à tout le monde de réfléchir. De prendre le temps de s’intéresser vraiment aux élections municipales que d’autres ambitieux travaillent déjà à mettre dans leur poche en ce moment. À moins que nous ne voulions ravoir la même qualité que ce que nous avons vu défiler à la commission Charbonneau, il faudrait se décider à devenir des citoyens informés. Sans ça, on va ravoir les sosies de ceux qui sont partis. Est-ce que vous voulez ? On a eu une année de fous. Et ce n’est pas le moment de détourner les yeux pour ne plus voir ce qu’on a tous vu.

 

Il faut pousser constamment sur le dossier de Lac-Mégantic. C’est trop long. Il faut qu’il reste en urgence dans nos préoccupations. Les réponses devraient rentrer maintenant. Pas dans six mois. Les citoyens de cette petite ville, qui se tiennent debout sans fléchir, vont s’épuiser. Nous devons les soutenir et nous battre pour eux. C’est là où la phrase de Parizeau nous interpelle. L’année qui s’annonce sera chargée et demandera que chacun de nous soit capable du maximum. Marcher et mâcher de la gomme en même temps, c’est à la portée de tout le monde. Il faudra beaucoup plus.

 

Faire le ménage dans les villes et villages, sauver Lac-Mégantic en faisant payer les vrais responsables, garder Mme Marois à son poste parce qu’elle a le coeur à la bonne place et du sang-froid quand il le faut. Ça nous repose des énervés du Pouvoir qui ont déjà la langue pendante.

51 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 9 août 2013 01 h 25

    Mémoire sélective...

    Et elle a coupé les prestations d'aide sociale, a augmenté la taxe scolaire régressive, a invité le pétrole sale de l'Alberta ainsi que la fracturation du pétrole de l'île Anticosti, a appuyé l'accord avec l'Europe qu'elle condamnait avec raison dans l'opposition, a maintenu, en la rendant moins pire, c'est vrai, la taxe santé toujours régressive, a renoncé à ajouter des paliers d'imposition et d'imposer davantage les gains en capital comme elle s'était engagée à le faire, a réduit les redevances qu'elle avait annoncé, et j'en passe...

    Quel succès!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 9 août 2013 09 h 12

      "Elle a coupé les prestations d'aide sociale", c'est honteusement faux! Elle a instauré un programme pour aider certains assistés sociaux à s'intégrer au marché du travail, oui! Et cela dans un encadrement approprié!

    • Sylvain Auclair - Abonné 9 août 2013 10 h 21

      Monsieur Grandchamp,
      Le programme existait déjà. Ce qui s'est passé, c'est que plus de gens sont FORCÉS de s'y inscrire sous peine de voir leurs prestations baisser. Cependant, si, après le programme, ces personnes n'ont toujours pas d'emploi, leurs prestations continueront à être amputées jusqu'à l'âge nouvellement fixé.

      Je ne dis pas que ça ne part pas d'un bon sentiment, mais, dans les faits, ça ne créera pas de nouveaux emplois pour ces gens.

    • Nicolas Bouchard - Abonné 9 août 2013 13 h 36

      Les vraies coupes ont lieu à Ottawa et pourtant, tout le monde feint de ne pas le savoir. C'est plus d’un milliard par ANNÉE qu'Ottawa ne paie plus allant au Programme « d’aide sociale » du Québec (à travers ses différents programme, RAPC -> TCSPS -> TCPS). De 50% dans les années 80s, la contribution avait été calculée à 14% en 2001 par Monique Jérôme-Forget pour les programmes à frais partagés entre le fédéral et les provinces.

      L'aide sociale, programme ne s'auto-capitalisant pas comme l'assurance-emploi, coute grosso modo 3 milliards de dollars au Québec en tout et par tout, le fédéral au moins, en paie 42 millions environ. 30 milliards en 10 dix environ avec un milliard de fraudes tel que nous l’indiquait La Presse; on est loin de la poule aux œufs d'or qu'est l'A-E pour le gouvernement fédéral.

      À l'avenir, avant de critiquer des coupes du gouvernement du Québec, qu'il soit PQ ou PLQ, allez regarder ce que fait Ottawa, ils sont probablement déjà en train de pelleter ses déficits aux provinces.

      Nicolas Bouchard

    • Mario Jodoin - Abonné 10 août 2013 06 h 52

      M. Nicolas Bouchard

      Voyez-vous, je réagissais à un article qui encence le gouvernement provincial et non pas à un article qui encence le gouvernement fédéral. N'ayez crainte, si une chronique était aussi déséquilibrée que celle-ci en faveur du gouvernement fédéral, je réagirais avec autant sinon plus de vigueur.

      Il est tout à fait possible de critiquer les compressions provinciales tout en critiquant aussi celles du fédéral, comme il est possible de mâcher de la gomme en marchant...

    • Pierre Labelle - Inscrit 11 août 2013 08 h 54

      En réponse à Mario Jodoin.
      Que de mensonges, ou d'affirmations totalement gratuite contenues dans un si court texte. Vos supposés coupes à l'aide social: totalement faux, au contraire il y a augmentation de revenus pour ceux qui adhèrent au nouveau programme, pour ceux qui préférent végéter, oui il y a une pénalitée et c'est normal. En ce qui concerne le pétrole de l'Alberta, rien n'est acquis à ce que je sache à moins que vous seriez dans les secrets des dieux...., rien ne vous permet de faire de telles fausses affirmations à partir d'une simple déclaration de deux premières- ministres qui cherchaient à montrer aux médias que leur discussion s'était déroulé de façon sereine. Si l'on dit: nous allons étudier la question, cela veut dire que la réponse n'est pas encore trouvé, à moins encore une fois que vous, vous ayez cette réponse. Idem pour Anticosti. Cependant, à lire votre commentaire, oui votre mémoire est sélective et c'est dommage.

  • Florence Péloquin - Abonnée 9 août 2013 06 h 37

    "Rendons à César ...."

    M. Parizeau a certes bien des mérites. Mais il est douteux qu'on puisse lui attribuer la paternité de l'expression "Marcher et mâcher de la gomme en même temps".

    En effet, selon "The Facts on File Encyclopedia of Word and Phrase Origins", il s'agirait-là de la version édulcorée de ce que Lyndon Johnson aurait dit de Gerald Ford (alors memnre du Congrès américain). En fait, et tel qu'attesté par l'économiste John Kenneth Galbraith, l'expression utilisée par Johnson lors d'une conversation privée était "péter et marcher en même temps". Un vieille expression répandue au Texas, l'état dont Johnson est originaire.Mais la phrase aurait été "lavée" après que Ford soit devenu président suite à la démission de Nixon.

    • Martin Gagnon - Inscrit 11 août 2013 06 h 28

      Est-ce vraiment important?

      Qu'on mâche ou qu'on pète, l'important c'est de pouvoir marcher en même temps.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 11 août 2013 06 h 56

      C'est ce que je me disais, que "Marcher et mâcher de la gomme en même temps" ça ne faisait pas très... Parizeau.

      Merci de l'nfo.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 12 août 2013 08 h 01

      Merci! Mr Hubert...Vous avez raison et vous m'avez épargner d'écrire un commentaire identique....Mr Parizeau sera rappellé pour ses phrases claquantes et colorées...Et, pour madame Lise Payette..Je ne comprends pas le contexte dans lequel elle applique cette phrase...

  • Pierre Labelle - Inscrit 9 août 2013 06 h 57

    Les devoirs!

    "Il faudrait se décider à devenir des citoyens informés". À elle seule, cette phrase met en évidence la principale cause de nos échecs. Ça fait des années que je répète à qui veut l'entendre, que oui nous avons des droits mais que le premier de ceux-ci est: le droit à ses devoirs. Le premier devoir de quelqu'un qui veut se qualifier de citoyen est celui de s'informer. Les décideurs de notre présent comme de notre devenir, c'est nous qui les mettons à ces postes, ce ne sont pas les Gaulois qui votent pour les élirent mais nous. Pour prendre de telles décisions ils nous faut se renseigner sur ces postulants à ces postes, la couleur des cravates ou des robes qu'ils ou qu'elles portent on s'en fout. À moins que l'on préférent poursuivre sur le chemin des élections "clés en main" et continuer à nous plaindre, nous devons rapidement et impérativement nous impliqués dans ce processus démocratique. Dire que dans certain pays les gens sont prêts à mourrir pour acquérir cette démocratie, ici nous n'avons qu'à la défendre et s'en servir pour notre mieux-être. Qu'attendons-nous?

    • Denis Marseille - Inscrit 9 août 2013 14 h 39

      '' Le premier devoir de quelqu'un qui veut se qualifier de citoyen est celui de s'informer.''

      Et lorsqu'on est informé, on ne veut plus aller voter car il n'y a aucun parti qui en vaut la peine.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 10 août 2013 15 h 50

      Réponse à Pierre GRANDCHAMP et, accessoirement, à M. JODOIN.

      Premièrement ce n'est pas Marois directement qui a coupé l'aide sociale, ni comme vous l'écrivez "instauré un programme pour aider certains assistés sociaux à s'intégrer au marché du travail": c'est son gouvernement, quant aux modalités ou à l'idée elle-même voilà l'oeuvre de Mme Maltais, si ma mémoire ne me trompe pas. Le conseil des ministres c'est là pour ça: tout ne vient pas de Mme Marois, et c'est comme ça pour tous les premiers ministre, sinon un dictateur ça suffirait. Et cela vaut aussi pour M. Mario JODOIN, et là j'ajouterais ceci: il est un peu facile de prendre tout ce que l'on juge comme négatif, sans la moindre nuance ou concession et mettre de côté le positif et sa mémoire: par exemple les Québécois sont très écologiste du clapet, mais dans les faits ils nagent dans le pétrole, et s'il est sale, tant qu'il vient d'ailleurs nous sommes tellement dépendant de ses substances que comme d'habitude seule une majoraité chialera, et à Québec on le sait bien. Et il y a aussi le fait que 4 mandats de Charest dont un majoritaire... ça se paie cher.

      À la défense de Mme Marois vous écrivez " Elle a instauré un programme pour aider certains assistés sociaux à s'intégrer au marché du travail, oui!" Oui?

      Je dirais plutôt NON, et je sais de quoi je parle. Passé 50 ans il est extrèmement difficile de retourner sur le marché du travail et encore plus si vous êtes sur l'aide sociale. Ces coupes, quoi qu'en dise madame Maltais, sont sauvages, mais comme la population en général n'a pas grand considération ou respect pour les bénéficiaires en question, il allait de soi que ça passerait pratiquement comme une lettre à la poste, ou un mail sur le net, et vous en êtes, hélas, un parfait exemple. Et il y a aussi la partisannerie, bien sûr.

  • Michel Bernier - Inscrit 9 août 2013 07 h 14

    Lyndon Johnson

    En tout respect, la phrase est de Lyndon Johnson qui disait que Gerald Ford était incapable de marcher et macher de la gomme en même temps.

  • Réal Gagnon - Inscrit 9 août 2013 07 h 18

    Mâcher de la gomme

    Marcher et mâcher de la gomme...
    Gouverner et faire plaisir à tout le monde en même temps... C'est ce que tentait de faire Pauline Marois en tapant sur des casserolles.

    • Lise Tremblay - Abonnée 9 août 2013 12 h 31

      Moi, je pense que cette fois-là et toutes les autres fois où elle a porté le carré rouge étudiant, celle qui est devenue notre première ministre a voulu affirmer haut et fort, au nom de son organisation politique, qu'elle était contre cette hausse annoncée des frais de scolarité et en appui à ces citoyens trop souvent silencieux qui ont démontré du mieux qu'ils pouvaient qu'ils appuyaient cette revendication de leurs jeunes!

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 10 août 2013 16 h 04

      "[...] cette fois-là et toutes les autres fois où elle a porté le carré rouge étudiant, celle qui est devenue notre première ministre a voulu affirmer haut et fort, au nom de son organisation politique, qu'elle était contre cette hausse annoncée des frais de scolarité"

      Si, comme vous le prétendez, elle avait voulu affirmer haut et fort au non de son organisation politique qu'ellle était contre la hausse des frais de scolarité, ben elle l'aurait fait. Elle en aurait profité pour expliquer l'option qu'elle prévilégiait. Mais ce ne fut pas le cas: plutôt que de se distinguer (de Khadir et d'Aussant) et d'agir comme quelqu'un qui aspire à devenir chef d'État elle a choisi la facilité et l'électoralisme.

      C'est ainsi que pensant ne pas se faire damer le pion, elle a perdu une partie de son électorat, surtout des gens du troisième âge un peu frileux et qui apprécient la sécurité, on peut le comprendre.