Refaisons le film autrement

Le point fort du scénario ne peut pas être changé. C’est lui qui justifie l’existence du film en question. C’est si vrai que si on éliminait l’horrible course de la longue file des wagons remplis de pétrole jusqu’au coeur même de la ville de Lac-Mégantic, les explosions, le feu destructeur, la mort atroce de gens de tous les âges qui cherchaient juste un peu d’air frais en cette fin de journée chaude d’un été tout mêlé, il n’y aurait pratiquement rien à raconter. On a tant répété que le train, laissé à lui-même, sans surveillance, se serait remis en marche tout seul, sans contrôleur pour le dompter, qu’on serait tentés de dire que tout est la faute du train.

 

S’il s’était agi d’une voiture qui aurait démarré toute seule en haut d’une côte et, accélérant sa course dans la descente, qu’elle avait fini par tuer du monde et détruire un centre-ville au complet avant de s’arrêter, il semble bien que la première question aurait été : à qui appartient cette auto ?…

 

Dans notre film, on finit bien par voir la tête de monsieur MMA, le propriétaire des wagons fous, se promenant dans ce qu’il reste du centre-ville de Mégantic, pas particulièrement nerveux, confirmant qu’il a bien l’intention de voir la mairesse plus tard.

 

M. MMA n’a pas de regrets, pas d’excuses, pas de honte. Business as usual. Personne ne l’apostrophe, ne le tasse dans le coin, ne l’oblige à s’expliquer à part quelques journalistes qui n’arrivent pas à toucher M. MMA, qui joue au gros homme d’affaires qui en a vu d’autres et qui n’accorde pas de conférence de presse à des petits morveux parlant français et ne connaissant rien au monde de la grosse business. M. MMA a l’air tendu, mais pas au point de perdre les pédales.

 

Scénario américain

 

Si on avait les moyens financiers de reprendre une part du tournage, c’est ici que j’interviendrais. On n’a qu’à s’imaginer que le drame s’est produit aux États-Unis plutôt qu’au Québec. Le début du fil ne change pas. On se rend comme dans le premier tournage jusqu’à la visite tant attendue de M. MMA. Il prend l’air d’un homme qui sait de quoi il parle et il affirme que « des accidents comme celui qui s’est produit à Lac-Mégantic sont inévitables. Le public lui-même n’est pas raisonnable dans ses demandes. Il exige qu’on lui fournisse son pétrole à la porte de chez lui, il hurle quand les prix augmentent, et comment voulez-vous qu’on fasse autrement alors qu’on exige qu’on soit toujours de plus en plus disponibles, jour et nuit, et qu’on nous oblige en plus à assumer des responsabilités par rapport à l’environnement qui sont du domaine des gouvernements bien plus que de notre domaine à nous, qui est de satisfaire notre clientèle et de nous assurer que le pétrole n’arrive pas jusqu’à épuisement total. »

 

Côté son, on pourrait avoir quelques sifflets sur ces bonnes paroles et même quelques huées. Il faut qu’il soit clair que le public n’achète pas la salade que M. MMA essaie de vendre ce jour-là. On entend la foule réagir, mais sans agressivité envers leur invité.

 

M. MMA attend une réaction. Tout se calme. Certains du public amorcent déjà un départ vers ce qu’il reste de la ville. M. MMA s’apprête à en faire autant.

 

C’est à ce moment-là que des agents de la SQ (trois ou quatre, pas plus, pour ne pas donner l’impression d’un mouvement de règlement de compte) sortent du groupe et entourent M. MMA.

 

SQ : Vous êtes en état d’arrestation. Je vais vous demander de me suivre jusqu’à la voiture qui est stationnée là-bas. Nous avons ordre de vous ramener à Montréal.

 

M. MMA : What does this mean ? I am an American citizen.

 

SQ : Ouais, ouais, on sait ça. Nous autres, on n’est pas là pour prétendre le contraire. C’est pas à nous autres que tu vas expliquer ça. Nous autres, on t’offre une petite ride que tu vas garder dans la mémoire longtemps.

 

M. MMA : I need a lawyer, not a ride…

 

SQ : On a tout ça aussi. Tu vas avoir toute ce que tu veux… pis nous autres aussi… C’est un bon deal non ? Allez, viens-t’en.

 

MMA a été condamné à la prison à vie sans possibilité de remise en liberté. Le président Obama a reconnu que les victimes québécoises n’étaient pas mortes pour rien, car toutes les lois concernant le transport de produits dangereux ont été revues, on ne peut plus faire n’importe quoi sous prétexte de pétrole ou de schiste. À la pompe, l’essence ne coûte que 0,10 cent le litre. Comme les nouvelles voitures nous permettront de faire 100 km au litre dès le printemps prochain, notre film a transformé le Québec, à qui personne n’ose plus marcher sur les pieds. Il était temps.

À voir en vidéo