Les artisans gourmands du Québec - Le nouveau camion de Jacques le maraîcher

Au marché Jean-Talon, un inspecteur est chargé de s’assurer du bon étiquetage et de l’origine des produits.
Photo: Philippe Mollé Au marché Jean-Talon, un inspecteur est chargé de s’assurer du bon étiquetage et de l’origine des produits.

Il aura fait couler beaucoup d’encre, ce maraîcher de Saint-Michel-de-Napierville. Souvenons-nous qu’il y a un an, l’administration du marché Jean-Talon à Montréal révisait sa politique et réduisait les espaces destinés aux marchands et à leurs véhicules. Pour Jacques Rémillard et sa famille, ce fut un vrai coup de tonnerre, le camion bleu dépassant de 60 centimètres la limite requise par l’administration du marché public.

 

Un bras de fer opposa alors, d’un côté, Jacques Rémillard et tous ceux qui le défendaient et, de l’autre, le marché Jean-Talon : pétitions multiples, défense des artisans et des vrais producteurs, par opposition aux revendeurs du marché qui, souvent, prônent davantage la rentabilité que la mise en valeur des produits du Québec.

 

En ce domaine, le dilemme demeure entier, tant sur l’affichage correct que sur la traçabilité des produits. Certes, des efforts ont été faits quant à l’affichage et à la présentation ; il y a même un inspecteur bienveillant qui doit s’assurer du bon étiquetage et de l’origine des produits. Cela dit, il est encore bien difficile pour les consommateurs de distinguer les réels producteurs des revendeurs, lesquels ont aussi, il est vrai, leur raison d’être dans un marché comme Jean-Talon, même si un tel lieu public devrait être bien plus qu’un simple point de vente.

 

Un lieu d’échange et d’éducation

 

N’en déplaise à la Corporation des marchés publics de Montréal, qui dépend indirectement de la Ville elle-même, les environs du marché Jean-Talon offrent autant d’intérêt pour les consommateurs que l’intérieur même du marché. En effet, par leur réputation auprès du public, les Nino, Joe la Croûte et Hamel du marché ont un pouvoir d’attraction réel.

 

Pour les chefs Ferrer (Europea), Perret (Sofitel) et Picard (Au pied de cochon), le marché Jean-Talon est d’abord un lieu dédié aux artisans des métiers de bouche.

 

« On aime y retrouver nos producteurs, dit Olivier Perret, ety discuter comme je le fais, avec Jacques Rémillard ou Lino Birri, de nouvelles variétés de produits, des expériences qu’ils font avec des semences ou des herbes, comme cette sauge blanche proposée cette année par Rémillard. Je crois que le marché doit être cela : un lieu de rassemblement et d’échange. »

 

Cette semaine, le nouveau camion des Rémillard fait son entrée au marché. La famille fait son année commerciale en quatre mois. Finies, donc, les lettres, les notifications et les contraintes à l’égard des autres marchands. Rémillard n’avait vraiment plus le choix. Propre comme un sou neuf, le camion blanc endimanché, qui brille de tous ses éclats, répond désormais aux normes du marché.

 

On ne dépasse pas la ligne bleue, m’sieurs dames ! Avec un humour un brin sarcastique, Jacques Rémillard a fait inscrire sur son camion : « Suivez la ligne du Québec ». L’homme fait partie de ces petits producteurs qui tentent de se défendre et de faire valoir leurs droits devant la grosse machine fonctionnarisée de la Corporation des marchés publics.

 

« Quand on parle de produits d’ici, dit le maraîcher, il faut le faire sur toute la ligne ! La ligne bleue sur les côtés du nouveau camion vient affirmer que, chez nous, l’ail et les tomates sont du Québec. Autrement, on s’abstient d’en vendre. »

 

La popularité des marchés

 

Le marché Jean-Talon n’est plus seul. Bien d’autres marchés à Montréal et dans les environs rivalisent avec lui. En région également, on a compris la valeur d’un tel apport. Aussi, à Val-David ou à Saint-Sauveur, à Racine ou à Melbourne, au Marché de la gare à Sherbrooke ou dans le Vieux-Port de Québec, un peu partout on revitalise les marchés. Même les grandes chaînes comme Provigo s’y mettent en ajoutant le mot « marché » aux nouveaux magasins qu’elles ouvrent.

 

Malgré un début de saison froid et difficile, et la pluie et la chaleur qui ont suivi, la saison est déjà bien entamée et les marchés à travers le Québec regorgent de produits. C’est donc à un véritable festival de couleurs, d’odeurs et de fraîcheur que nous convient en ce moment les étals des commerçants.

 

Et Jean-Talon, l’âme gourmande de Montréal, comme le disent les professionnels, a maintenant retrouvé ses habitués, sans compter tous ceux qui le découvrent.

  

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BIBLIOSCOPIE
 

Le grand livre des grillades - Les 200 meilleures recettes

Éditions Marabout

2013, 418 pages


C’est un grand, gros et beau livre bien illustré que présente la maison Marabout. Un ouvrage qui couvre tant les aliments à griller que les sauces, les marinades ou les condiments appropriés. On y trouve aussi des trucs et des conseils pour rôtir, griller et même cuire de la pizza.


 

Phlippe Mollé est conseiller en alimentation.

1 commentaire
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 3 août 2013 14 h 57

    Scandaleux

    Qu'un producteur maraîcher ait dû se battre contre des décisions absurdes est révoltant. 60 cm et voilà le bordel.

    "il est encore bien difficile pour les consommateurs de distinguer les réels producteurs des revendeurs, lesquels ont aussi, il est vrai, leur raison d’être dans un marché comme Jean-Talon" est trop vrai. Les revendeurs devraient être logés dans un secteur à part. Il est quand même inconcevable qu'on doive poser une multitude de questions pour chaque radis. L'étiquettage est toujours boîteux. Une heure, c'est un produit "québécois" et l'heure d'après, il est devenu un produit importé. La Corporation des marchés publics de Montréal devrait être abolie et remplacée par les vrais agriculteurs.