C'est du sport! - Le gros bout du bâton

Il s’agit du genre de moment qui reste gravé dans la mémoire générale de toute une génération d’amateurs de substances étrangères et qui fige un joueur aux multiples exploits dans un cadre bien précis pour celles qui suivent. George Brett a connu une longue et brillante carrière qui l’a mené au Temple de la renommée du baseball, mais il est d’abord connu de plusieurs comme le gars du « Pine Tar Incident ».

 

Nous sommes le dimanche 24 juillet 1983, il y a eu 30 ans jour pour jour mercredi. Les Royals de Kansas City visitent les Yankees de New York. Les locaux mènent 4 à 3 avec deux retraits en début de 9e manche lorsque Brett, le troisième-but étoile des Royals, se présente à la plaque avec un coureur au premier contre le redoutable Goose Gossage. Brett expédie promptement une balle par-dessus la clôture du champ droit qui donne les devants 5-4 aux siens.

 

Pas si vite, objecte toutefois le bouillant gérant des Yankees Billy Martin, qui fait irruption sur le terrain et demande aux arbitres d’inspecter le bâton de Brett. Martin fait valoir que le bâton est enduit de résine sur une trop grande portion de sa surface, ce qui va à l’encontre du fort connu règlement 1.10(c). Les officiels font conciliabule, examinent le bâton, prennent des mesures sommaires, puis l’arbitre au marbre Tim McClelland se dirige vers l’abri des Royals. Le bâton à la main, il pointe Brett assis sur le banc et lève le bras droit pour lui signifier qu’il est retiré.

 

Hors de lui, Brett sort de l’abri à toute vitesse et se dirige en gesticulant vers McClelland. Seule l’intervention musclée de coéquipiers et des autres arbitres empêchera de faire en sorte qu’il s’en prenne physiquement à lui. Pendant qu’une mêlée éclate au milieu de laquelle Brett se débat et fulmine, le lanceur des Royals Gaylord Perry récupère le bâton et le remet à un préposé afin que celui-ci aille le cacher dans le vestiaire de l’équipe et que l’objet ne soit pas envoyé aux bureaux de la Ligue américaine pour examen.

 

Les Yankees sont donc crédités d’une victoire de 4-3, mais Kansas City dépose une réclamation. Quelques jours plus tard, le président de la LA Lee MacPhail donne raison aux Royals, faisant valoir l’esprit « économique » du règlement 1.10(c) : l’excès de résine ne donne pas un avantage indu au frappeur, il s’agit plutôt d’éviter que l’on salisse les balles et qu’on soit contraint d’en utiliser davantage pendant les matchs… MacPhail ordonne donc que la joute soit reprise avec deux retraits en début de 9e et les Royals en avance 5-4.

 

La suite de l’histoire est proprement loufoque. L’affaire se retrouve devant les tribunaux alors que les Yankees veulent exiger un prix d’entrée pour assister à la reprise du match ; ceux-ci demandent de même une injonction en prétextant qu’ils ne pourront assurer la sécurité du public s’il y a embrouillamini concernant l’accès au stade.

 

C’est finalement le 18 août, devant 1200 spectateurs, que la joute reprend. Mais la comédie n’est pas terminée. Une fois les joueurs sur le terrain, les Yankees font un jeu d’appel : Brett, disent-ils, n’a pas touché au premier coussin lors de sa course autour des sentiers après son circuit. L’arbitre déclare Brett sauf. Même résultat lorsqu’on tente la même chose au deuxième but. Billy Martin accourt alors sur le terrain pour demander comment les officiels peuvent savoir que Brett a touché aux coussins… puisqu’il ne s’agit pas du même quatuor que lors du match original ! L’arbitre Dave Phillips surprend alors Martin en brandissant un acte notarié certifiant que les officiels du début de rencontre ont déclaré sous serment que Brett n’avait raté aucun coussin…

 

Au bout du compte, les Royals l’ont emporté 5-4, le bâton de la controverse s’est retrouvé au Temple de la renommée et, 30 ans plus tard, George Brett, comme il l’a fait cette semaine, ne se lasse pas d’en parler.

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1 commentaire
  • Michel Bouchard - Inscrit 25 juillet 2013 11 h 43

    Merci de nous relater de joyeux moments !

    Merci à Jean Dion de nous relater de si joyeux moments !!!!!

    Ce que je me souviens de George Brett : lors de la série Mondiale de 1980 , il n'a pu disputer aucune partie de la série en raison de douleurs hémorroïdaires.