Le touriste émergent

L’industrie touristique a encore du mal à se faire reconnaître à sa juste valeur, c’est-à-dire comme un puissant moteur de développement économique et régional. Là, comme ailleurs, la principale nouvelle est l’extraordinaire ascension des économies émergentes.

Les chiffres sont impressionnants. Le nombre de touristes ayant visité un pays étranger a passé le cap du milliard l’an dernier, alors qu’il n’était que de 25 millions en 1950, rapporte l’Organisation mondiale du tourisme (OMT). À ce nombre, il faut ajouter les 5 à 6 milliards d’autres personnes qui ont également fait du tourisme, mais dans leur propre pays.

 

L’industrie touristique représenterait ainsi directement ou indirectement 9 % du produit intérieur brut (PIB) mondial, soit un emploi sur 11 et autant, sinon plus, que l’industrie pétrolière ou celle de l’automobile. À lui seul, le tourisme international dépasserait désormais le cap des 1000 milliards de dollars de retombées économiques et près du tiers des exportations de services.

 

Comme c’est souvent le cas, les pays riches accaparent largement les premiers rangs du classement des plus grosses recettes en la matière, le tourisme international ayant rapporté, à lui seul, 126 milliards aux États-Unis en 2012, 56 milliards à l’Espagne, 54 milliards à la France et 41 milliards à l’Italie. Cette belle tenue des pays développés tient, bien sûr, à la présence d’attraits touristiques, mais aussi à des facteurs typiquement économiques, comme la qualité de ses infrastructures de transports et d’accueil, ou la simple proximité d’autres pays riches, les quatre cinquièmes du tourisme international se faisant entre pays appartenant à la même grande région géographique.

 

Comme dans tant d’autres secteurs économiques, tout le monde a les yeux rivés sur la spectaculaire ascension des pays en développement. Comptant encore pour moins de 30 % des recettes mondiales du tourisme international en 1980, la part de ces contrées était déjà presque égale à celle des pays avancés, en 2010, avec 47 % de la tarte. Les experts prévoient que cette part sera rendue à 57 %, en 2030, à raison d’une croissance annuelle moyenne de 4,4 % par année, contre 2,2 % pour les économies avancées.

 

Mautadit !

 

Là encore, les puissances émergentes font une entrée particulièrement remarquée depuis quelques années. À elle seule, la Chine est arrivée au troisième rang par le nombre d’étrangers venus la visiter l’an dernier (58 millions) et au quatrième rang des recettes (50 milliards). L’Inde n’a pas démérité non plus, avec 18 milliards de recettes, la Russie devant se contenter de 11 milliards et le Brésil d’un peu moins de 7 milliards.

 

Ces nouveaux champions économiques attirent particulièrement l’attention (et la convoitise) des autres pays en raison de leurs nouvelles classes moyennes qui vont de plus en plus faire du tourisme à l’étranger.

 

Profitant d’une urbanisation galopante, de l’élévation des revenus disponibles et de l’assouplissement des restrictions imposées sur les voyages, le nombre de touristes chinois à l’étranger a bondi de 10 millions à 83 millions depuis 2000. De 22 milliards en 2005, les dépenses de ces derniers ont atteint l’an dernier 102 milliards, conférant à la Chine le premier rang des « marchés émetteurs de tourisme au monde », loin devant l’Allemagne (84 milliards), les États-Unis (84 milliards) et le Royaume-Uni (52 milliards). La Russie s’est classée cinquième, à ce chapitre, avec des dépenses touristiques à l’étranger de 43 milliards, et le Brésil 12e, avec 21 milliards.

 

Le Québec cherche, tant bien que mal, à trouver sa place dans cette immense industrie. Les recettes touristiques totales s’y sont élevées à environ 12,4 milliards en 2011, rapportait cet hiver le gouvernement du Québec. Un peu moins de 70 % de cette somme (8,7 milliards) provenait de touristes et d’excursionnistes québécois. Venaient ensuite les touristes canadiens, avec 12 % (1,5 milliard), et les touristes américains, avec 8,5 % (1,1 milliard). Ces derniers équivalent, grosso modo, à l’ensemble des autres touristes étrangers, ces derniers arrivant beaucoup plus loin derrière, qu’ils proviennent de France (3 % avec 352 millions), du Royaume-Uni (0,6 % et 78 millions) ou de Suisse (0,5 % et 59 millions).

 

Il fallait sortir un microscope pour trouver la puissance touristique montante dans les statistiques québécoises cette année-là. Les touristes chinois étaient arrivés au 9e rang, avec de maigres recettes de 24 millions, équivalant à 0,2 % du total. Se classant encore plus loin derrière, la Russie, le Brésil et l’Inde n’étaient même pas mentionnés.

 

Les 400 000 travailleurs de l’industrie touristique s’efforcent de faire du Québec une « destination internationale incontournable » d’ici 2020, affirmait le mois dernier au Devoir Gilbert Rozon, président fondateur du Groupe Juste pour rire et ancien président d’un comité de réflexion sur le sujet. « Mais il y a de la compétition en mautadit ! »

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6 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 22 juillet 2013 07 h 13

    Quels experts?

    «Les experts prévoient que cette part sera rendue à 57 %, en 2030»

    Qui sont ces experts? Sur quoi se basent-ils pour faire cette prévisions?

  • Marthe Gaudette - Inscrite 22 juillet 2013 11 h 16

    le touriste émergent

    Quelqu'un pourrait-il m'expliquer…
    Je me creuse en vain la mémoire grammaticale.

    • Mario Jodoin - Abonné 22 juillet 2013 17 h 24

      Dans le contexte, M. Desrosiers parle du tourisme dans les pays émergents comme la Chine et l'Inde.

  • Sylvain Auclair - Abonné 22 juillet 2013 11 h 43

    Nous sommes sept millards.

    Et de six à sept milliards de personnes feraient du tourisme? Ça me semble beaucoup, non? Ça inclut les réfugiés, peut-être?

  • pierre minville - Inscrit 22 juillet 2013 13 h 26

    Le temps m'est venu de passer la main...

    Comme celles de tous les peuples, la personnalité touristique du Québec basée sur sa culture , sa langue, ses traditions, créé le produit touristique propre à attirer tant le voisin que les passants du bout du monde, Voici deux références que je vous propose, moi qui suis à la recherche de jeunes entrepreneurs en tourisme culturel dédiés à exprimer notre peuple. Qui nouse étions, qui nous sommes, qui nous deviendrons peut être

    www.saintici.ca
    www.pierreminville.ca

  • pierre minville - Inscrit 22 juillet 2013 14 h 27

    Hon, coquille dans le temps m'est venu de passer la main

    Correction: www.saintici.com et non .ca Merci