Perspectives - Banques zombies

L’absence de vision européenne pourrait avoir raison d’un système bancaire fragilisé par cette longue récession. Aujourd’hui avec un risque bancaire systémique venant désormais de la France, du Royaume-Uni puis de l’Allemagne, la « solidarité » européenne pourrait être de nouveau mise à l’épreuve. Avec, pour thème, cette mutualisation des risques, refusée aux pays du Sud lors de la crise de la dette souveraine.

En appelant à un renforcement des banques au Royaume-Uni, le Fonds monétaire international (FMI) est venu nous rappeler mercredi que, derrière la relative accalmie sur les marchés financiers, se profile un système bancaire européen plus que jamais fragilisé. Avec cette zone euro prisonnière de la plus longue récession de son histoire, sans aucune embellie en vue, et avec un chômage record appelé à croître jusque tard en 2014, le système financier européen est gangrené par toutes ces banques zombies.

 

L’expression a été reprise par The Economist. Pour le magazine spécialisé, le calme revenu sur les marchés obligataires cache une réalité préoccupante, la santé des banques européennes se retrouvant au coeur de la problématique. Cette longue séquence récessionnaire et ce chômage record persistant produisent un amoncellement de prêts délinquants. L’actif des banques abrite aussi de plus en plus de prêts hypothécaires adossés à des propriétés dont la valeur marchande chute. Et l’activité de prêt à des entreprises non financières se contracte sous le poids de la récession et de carnets de commandes asséchés. Pour certaines, la hausse des créances douteuses et des comptes en défaut combine ses effets à la fuite des dépôts. D’autres vont s’accommoder d’une concentration de titres de dette de l’État à leur actif pour une question de rendement autrement plutôt rachitique, dans un environnement où les marges bénéficiaires sont toujours plus réduites.

 

Engrenage pernicieux

 

Ainsi, les observateurs européens constatent qu’à l’instar de la situation ayant prévalu au Japon au cours des années 1990, les banques européennes sont aujourd’hui « ni suffisamment en bonne santé pour prêter, ni assez faibles pour s’effondrer ». D’autres vont plutôt déplorer une relation devenue incestueuse entre les États et leurs banques, nourrissant un engrenage pernicieux où les banques renflouent les États, et vice versa.

 

La problématique bancaire européenne est multiple. Elle renferme une composante conjoncturelle mais, surtout, structurelle, inspirée d’une double interdépendance. Les analystes montrent du doigt cette interdépendance entre le risque bancaire et le risque souverain. Et celle entre l’état de santé des économies du Sud et la qualité de l’actif des banques du Nord. Il faut ajouter à l’équation ce modèle de « banque universelle » encore prédominant en Europe, où les activités d’investissement et spéculatives se juxtaposent à celles des dépôts et des prêts commerciaux, créant une inadéquation entre la prise de risque et le capital sous-jacent.

 

Vu globalement, il ressort des tests de résistance en simulation de crise que les banques françaises représentent le plus important risque systémique pour la zone euro, notamment en raison de leur forte sensibilité à l’Italie. Les économistes européens chiffrent à 520 milliards d’euros l’exposition des banques françaises aux pays du Sud, contre 390 milliards pour les banques allemandes. Selon les tests de résistance, en cas de choc systémique, les banques françaises auraient besoin d’une infusion salvatrice de 270 milliards à leur capital advenant une catastrophe ou une autre crise financière. Suivent les banques britanniques (200 milliards) et celles de l’Allemagne (135 milliards).

 

Nous n’en sommes pas encore là mais, à voir comment la crise grecque a dégénéré… Pour The Economist, la zone euro ne pourra survivre sans union bancaire. Cette union constituerait le chaînon manquant entre l’union monétaire et le pacte budgétaire. Mais cette extension nécessaire du mécanisme européen de stabilité fait appel à cette mutualisation, maintes fois appelée, des risques dans une zone liée à une monnaie commune mais divisée par des nationalismes politiques.

 

Berlin s’y est toujours refusé, estimant « gérable » une crise contenue aux pays du Sud. Qu’en sera-t-il lorsque cette crise viendra ébranler les fondements des banques allemandes ?

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