#chroniquefd - La dame de granit et l’idiot du village

C’est fou comment la bêtise humaine, par effet de contraste, a tendance à devenir encore plus troublante.

 

Un doute ? La semaine dernière Stéphane Gendron, trublion médiatico-radical et surtout premier magistrat d’Huntingdon, ville de 2450 âmes perdue entre Montréal et la frontière américaine, a une nouvelle fois fait parler de lui en tenant sur les ondes de la radio poubelle X des propos pour le moins étonnants pour le titulaire d’une charge publique : il a avoué sans remords tuer des chats en insistant même, pour ajouter l’horreur à l’odieux, sur le cas d’un chaton qu’il avait récemment écrasé avec son gros camion. Un dérapage en règle, comme il en a la désolante maîtrise, forcément déplacé dans un présent où plusieurs maires du Québec ont déjà assez mis à mal comme ça la réputation de la province avec leurs nombreuses frasques ou leur conception douteuse de la gestion du bien commun.

 

Certes, la provocation de Gendron aurait pu rester dans le caniveau où il l’avait fait germer, pour attirer les regards, pour gagner de la sympathie dans la frange enragée de la population. Mais à l’autre bout du Québec, la mairesse d’une autre petite municipalité, Colette Roy-Laroche, mairesse de Lac-Mégantic, 6000 habitants, faisait la démonstration quotidienne d’une solidité évidente face à la fatalité, donnant de la hauteur à sa fonction, appelant au respect. Les malheureux commentaires de son homologue d’Huntingdon ont du coup trouvé les conditions gagnantes pour faire doublement tache.

 

À l’est, au bord des décombres, une « dame de granit » - c’est comme ça que l’on commence à la nommer, dix jours après le drame ferroviaire qui vient de frapper le Québec de plein fouet - apparaît. Ailleurs, quand il est à Montréal pour épandre le creux de sa pensée à la radio, à Huntingdon, un village doit certainement s’ennuyer de son idiot.

 

Dimanche, sur le site de son émission de radio, l’élu s’est excusé en évoquant un « humour noir » inapproprié qu’il n’aurait pas dû choisir pour parler de la surpopulation des chats errants en milieu urbain. Il faut dire que quelques jours plus tôt, la SPCA, alertée par les propos du maire Gendron et leur ample diffusion, a décidé d’ouvrir une enquête visant à documenter d’éventuels cas de maltraitance d’animaux domestiques impliquant l’élu qui parle fort. Avec en tête une idée : le traîner devant les tribunaux, le cas échéant.

 

On ne fera pas l’autruche. Dans les campagnes, le contrôle de la prolifération féline ne s’est jamais fait et ne se fait toujours pas dans la dentelle. Cette réalité peut certainement être nommée, loin de la rectitude ambiante et du travers très contemporain qui consiste à nier toutes ces vérités qui dérangent. Oui. Sauf qu’en l’étant avec effet de spectacle, insistance sur l’abomination du geste, dans un appel à la haine du chat errant - traité par Gendron de « plaie urbaine » -, elle vient surtout, au-delà du jugement moral éveillé, déprécier une fonction pourtant importante, celle du maire, tout en nourrissant cette idée tenace que la politique aujourd’hui se fait encore avec des idées, certes, mais trop souvent celles qui n’apportent rien de constructif, qui permettent d’attirer l’attention dans le bruit ambiant et qui donnent, pour de bonnes et souvent de mauvaises raisons, cette exposition médiatique nécessaire pour faire clignoter son nom sur un bulletin de vote, ou donner des tickets d’entrée pour tenir chronique à la radio ou la télé.

 

À défaut de parler de chats, Gendron aurait d’ailleurs très bien pu commenter quelques rencontres sportives sur Twitter, pour un résultat similaire, le jugement de valeur et les cris d’indignation en moins. Le choix des félins pour faire sensation étant en effet plus que douteux : on se souviendra que dans l’actualité récente, un autre tueur de chats et fier de l’être a récemment fait la manchette. Il se nomme Luka Rocco Magnotta, autre personnage en mal de regard posé sur lui, tombé pour un meurtre d’une répugnance sans nom.

 

Hasard des choses, de la vie et du discours public, confrontés à deux formes de vide, un ensemble présumé de carence pour l’un, un centre-ville dévasté par une explosion de train pour l’autre, deux maires de deux petites villes ont pris la semaine dernière deux chemins fort différents pour le combler. Une mairesse y a mis de la force de caractère, de l’engagement, de l’empathie, du courage… Un maire y a mis une incommensurable crétinerie.

 

Et du coup, pour revenir à cette idée d’écosystème, sur laquelle Gendron aime bien faire passer parfois les roues de son camion, on ne peut désormais que se souhaiter qu’à l’avenir l’un prolifère plus que l’autre, pour rendre l’environnement social et politique, peut-être un petit peu plus agréable.

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27 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 16 juillet 2013 05 h 45

    « Swing la baquaise au fond de la boîte à bois... »

    « Ah! Mais dites donc, vous en avez des personnages colorés : des Vaillancourt, des Gendron, des Mailloux, des Coderre, des Tremblay, des Rizzuto, etc. Et tous ces braves gens travaillent à l'unisson pour faire de vous un peuple différent de nous, Français. Ah! Ce qu'on se bidonnerait aux Guignols de l'info avec de tels personnages. Chanceux que vous êtes! » me dit monsieur Jourdain. « Et il n'y en a aucun qui ne se retrouve en prison », m'empressai-je de répartir pour ne pas le laisser sous l'impression que nous sommes un tant soit peu sur une pente glissante et que nous nous dirigeons vers une forme de fascisme ordinaire.

    • François Desjardins - Inscrit 16 juillet 2013 08 h 11

      Le «répertoire français» à ce qu'il me semble, ne manque pas d' «artistes» ....

    • Marcel Bernier - Inscrit 16 juillet 2013 09 h 53

      Effectivement, le fascisme, sous toutes les latitudes, comporte les mêmes caractéristiques avec des couleurs locales, bien entendu!

    • Claude Simard - Inscrit 16 juillet 2013 17 h 29

      Gendron pensait probablement à un carré rouge. Au fait Monsieur Bernier, il y a eu juste les étuduants en prison et maltraités cette derniéere année.

  • François Desjardins - Inscrit 16 juillet 2013 05 h 48

    Abject!

    [...]  Il faut dire que quelques jours plus tôt, la SPCA, alertée par les propos du maire Gendron et leur ample diffusion, a décidé d’ouvrir une enquête visant à documenter d’éventuels cas de maltraitance d’animaux domestiques impliquant l’élu qui parle fort. Avec en tête une idée : le traîner devant les tribunaux, le cas échéant. [...]

    Oui! Oui! OUI!!

  • Jacques Boulanger - Inscrit 16 juillet 2013 07 h 45

    Fil conducteur

    Y'a comme un fil conducteur : droite, fédé, radio-poubelle ... Tous de la même couvée. Car nul ne doute de quel côté penche l'idiot du village.

  • Monique Garand - Inscrite 16 juillet 2013 09 h 08

    Pourquoi en parler?

    Je me demande juste pourquoi vous parlez des propos abjects de ce maître des radios poubelles sur les pages du Devoir. Oui, et fort heureusement, tous les maires ne se ressemblent pas, mais faire parler de lui est ce qui anime le maire de Huntingdon. Il vaudrait mieux qu'on évite de le faire et qu'on laisse la SPCA faire son travail. Plus on va dénoncer ce grossier personnage, plus il sera heureux! Alors vaut mieux se taire et le laisser poireauter.

    • François Desjardins - Inscrit 16 juillet 2013 15 h 31

      Oui, bon... je suis d'accord.

  • Yvon Giasson - Abonné 16 juillet 2013 09 h 45

    Pourquoi?

    Il y a des maires idiots-commentateurs à des radio-poubelles parce qu'il y a un auditoire de colériques selon monsieur Deglise.
    Quelqu'un peut-il m'expliquer pourquoi nous avons suffisamment d'auditeurs incapables de se divertir autrement qu'en contribuant à faire vivre ce genre de radio?
    Est-ce le lot de toutes les sociétés ''développées'' ou sommes nous les idiots occidentaux du village global???

    • Claude Simard - Inscrit 16 juillet 2013 17 h 38

      Le Québec a encore 50 pour cent d'analphabète fonctionnel. Le mot SURVIVRE fait encore partie de notre vocabulaire. Les radio-poubelles ne donnent pas une liberté de pensée, elles pensent pour ceux qui l'écoutent. Assez dur d'aller travailler le matin, s'il fallait en plus réfléchir.

    • François Desjardins - Inscrit 16 juillet 2013 19 h 08

      ...tout à fait d'accord... pour diffuser, il faut un auditoire...!!