C'est du sport! - Le vrai du faux

Il y a quelques années, un loustic de l’Oregon s’était apparemment fait remarquer en intentant l’un des recours en justice les plus frivoles à avoir jamais foulé le sol de cette bonne vieille Terre (façon de parler). L’homme en question, un dénommé Allen Ray Heckard, affirmait qu’il avait une ressemblance frappante avec le basketteur étoile Michael Jordan, ce qui l’amenait à mener une vie de misère. Dans la rue, les gens le confondaient souvent avec la vedette, ce qui l’irritait. Et toutes les fois qu’il voyait Jordan à la télé, dans les magazines ou sur des panneaux-réclames, il constatait chaque fois à quel point le joueur était riche et célèbre et adulé et talentueux, alors que lui-même était un simple gars ordinaire tourmenté.


Heckard avait donc entrepris de poursuivre Jordan pour détresse émotionnelle, souffrance générale et autres tragédies apparentées. Somme exigée: 416 millions, rien de moins. Et ce n’était pas tout. Comme Nike s’acharnait à diffuser des publicités mettant en vedette Jordan, qui avaient pour effet de le rendre omniprésent, l’homme avait aussi déposé une requête contre le grand patron de l’entreprise, Phil Knight, pour 416autres millions.


La cause a cependant été abandonnée avant même qu’un tribunal l’entende. On croit savoir ici que les gens de Nike se sont assis avec Heckard et lui ont fait comprendre que non seulement il n’avait aucune chance de gagner, mais qu’en plus, il pourrait être forcé de payer les frais d’avocat de la partie adverse.


À l’époque, le dossier d’Allen Ray Heckard avait obtenu un prix Stella, remis épisodiquement à l’individu qui a intenté la poursuite judiciaire la plus grotesque aux États-Unis, dans un pays où les trucs de ce genre ne manquent pas. Le prix est ainsi nommé en l’honneur de Stella Liebeck, cette dame devenue célèbre après qu’elle se fut renversé du café brûlant de chez McDonald’s sur les cuisses et qui avait poursuivi la multinationale avec succès.


Remarquez, les prix Stella relèvent davantage du divertissement que de la matière à scandale, puisque même s’ils circulent en masse dans les Internets et sont repris par des médias dits sérieux, on ne peut jamais être certain de leur véracité.


Ainsi, la dernière histoire en date est-elle assurément fabriquée de toutes pièces, mais bien pensée quand même. Il s’agit d’un homme (ou d’une femme) qui s’est rendu assister à un match de football des Sooners de l’Université de l’Oklahoma. Après la joute, il monte dans son Winnebago flambant neuf et rejoint l’autoroute, où il actionne le pilote automatique à 110 km/h. Or, comme dans « pilote automatique », il y a « pilote », il se rend à l’arrière du véhicule pour se faire un café (ou un sandwich).


Évidemment, le Winnebago ne tarde pas à se retrouver dans le décor. L’homme (ou la femme) élit ensuite de poursuivre le fabricant sous prétexte qu’il n’était pas précisé dans le manuel du conducteur qu’il était dangereux d’abandonner le volant. Au bout du compte, un jury statue que Winnebago devra verser 1,75million et remettre un véhicule neuf au plaignant.


On voudrait faire passer les amateurs de sport pour des nonos, messieurs dames, qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

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