Vos finances - Faut-il craindre un retour de l’inflation?

Le changement de ton de la Réserve fédérale américaine, qui s’accompagne de données sur l’emploi toujours plus favorable à une interruption de l’assoupissement monétaire exceptionnel, fait craindre un retour de l’inflation. Du moins, malgré un signal inverse émis par la chute du cours de l’or, certaines voix se lèvent pour brandir le spectre du réveil de ce vieux démon. Pendant ce temps, les investisseurs tentent désormais d’ajuster leur portefeuille à un soudain retour des taux d’intérêt réels en territoire positif sur le marché obligataire.


Les monétaristes le chantent sur tous les toits : l’inflation est un phénomène monétaire à long terme. D’ailleurs, l’histoire est riche en enseignements démontrant cette corrélation étroite entre croissance de la masse monétaire, inflation et, par ricochet, augmentation du PIB nominal. L’indication d’une fin imminente de cet assouplissement monétaire exceptionnel de la Réserve fédérale, dont le coup d’envoi est attendu par plusieurs vers la mi-septembre prochaine, n’est pas sans rappeler ces liquidités massives injectées dans le marché depuis la crise de 2008, et ce, sans que la stabilité des prix ne soit menacée. Au plus grand étonnement de tous !


Les sources de poussée inflationniste sont pourtant multiples. Les économistes pointent notamment en direction des pressions persistantes sur les prix alimentaires et les cours pétroliers, demeurant élevés malgré une conjoncture économique anémique. Ils regardent également vers ce recours généralisé à une hausse de la tarification des services publics et des taxes à la consommation.

 

Accommodation exceptionnelle


Surtout, ils sont parfois pris de vertige devant cette accommodation monétaire exceptionnelle ayant pris la forme d’un endettement record des ménages et d’un doublement du bilan des banques centrales depuis 2008. En Europe, le rachat de titres a gonflé le bilan de la Banque centrale européenne à 3000 milliards d’euros. Aux États-Unis, selon les chiffres avancés, la Réserve fédérale a acheté pour 2000 milliards de dollars de bons du Trésor et de titres adossés à des créances hypothécaires en cinq ans. Seulement au cours de la dernière année, son inventaire d’obligations et de titres hypothécaires a augmenté de 20 %. Et il croît encore au rythme de 85 milliards de dollars par mois.

 

Forces déflationnistes


Ainsi, selon le scénario dominant, il faudrait retenir que cette ouverture béante des vannes a servi à combattre des forces plutôt déflationnistes apparues au lendemain de la crise. Pour certains, ces achats massifs de titres par les banques centrales n’ont pas entraîné une hausse équivalente de la masse monétaire, atténuant ainsi son potentiel inflationniste. Martin Feldstein, économiste et professeur à l’Université Harvard, a d’ailleurs invité à faire la distinction entre l’augmentation du bilan des banques centrales et celle de la masse monétaire. Sous le jeu des réserves excédentaires maintenues par les banques commerciales auprès de la Réserve fédérale, et sous le coup d’une décision prise par la Fed en 2008 de verser des intérêts sur ces réserves, le lien achat de titres-hausse de la masse monétaire-inflation a été brisé. D’ailleurs, si les achats de titres depuis 2008 se sont faits à un rythme annuel dix fois plus élevé qu’au cours de la décennie précédente, le volume des réserves excédentaires détenues auprès de la Fed a explosé, passant de près de 2 milliards de dollars, en 2008, à 1800 milliards aujourd’hui, a relevé l’économiste américain.


Ce jeu d’équilibre au sein du bilan des banques centrales avait cependant pour toile de fond un plongeon des taux d’intérêt à leur niveau historiquement bas, et un recul des taux de référence autour de zéro pour des échéances allant jusqu’à dix ans. Tout cela vient de radicalement changer depuis le dernier discours du président de la Fed. « Pour la première fois depuis 2011, les taux réels sont redevenus positifs, quoique très faiblement, à un peu moins de 0,6 % », peut-on lire dans un récent survol de la Financière Banque Nationale.


Uniquement depuis l’apparition des anticipations d’une diminution imminente de la détente monétaire aux États-Unis, les taux d’intérêt réels inspirant notamment le rendement des bons du Trésor américain ajustés pour l’inflation à échéance de dix ans ont bondi de 130 points de base depuis avril. « C’est la plus forte hausse en 60 jours depuis la crise du crédit de 2008 », a souligné la Nationale, qui ajoute : « Pour la première fois en deux ans, le taux des obligations du Trésor américain de dix ans dépasse le rendement en dividendes de l’indice S P500. »


La Financière Banque Nationale table sur la persistance d’une inflation timide maintenant le taux de référence à dix ans aux États-Unis sous les 2,5 % et poussant les taux réels moyens tout au plus à 1 %. Mais c’est sans savoir comment la Fed va manoeuvrer pour éviter que toutes ces réserves excédentaires ne viennent gonfler la masse monétaire. Pour Martin Feldstein, les investisseurs ont raison de se préoccuper d’un possible retour de l’inflation.

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