Revue de presse - Les voisins

La fête nationale du Canada est toujours l’occasion de fanfaronner un peu sur les vertus du « plus meilleur pays au monde », selon l’expression de Jean Chrétien. Mais il y a quand même certaines limites à ne pas franchir, rappelait cette semaine Andrew Cohen.

 

Le chroniqueur du Ottawa Citizen s’est penché sur les résultats d’un sondage mené par le magazine Macleans dans la cadre des célébrations du 1er juillet. À le lire, écrit Cohen, vivre au Canada représenterait le summum du plaisir terrestre - surtout si l’on se compare aux voisins américains. Nous vivons plus vieux, plus heureux, en meilleure santé, nous divorçons moins, buvons moins, sommes plus tolérants envers les homosexuels. « Nous avons même de plus grosses maisons que les Américains, ce qui devrait vraiment les offenser », dit Cohen.

 

Tout cela serait drôle, ajoute-t-il, si ça ne traduisait pas « un irrépressible complexe d’infériorité » dont les Canadiens n’arrivent pas à se départir. Complexe compréhensible, croit-il : « Après tout, nous vivons à côté du peuple qui symbolise le plus la réussite au monde. »

 

Cohen détaille : « Nous avons Harper, ils ont Obama. Nous avons John Baird, ils ont John Kerry. Avant, nous avions Lawrence Cannon, et eux Hillary Clinton. Notre plus grande ville est dirigée par Rob Ford, la leur par Michael Bloomberg. » La liste est longue : ils ont les meilleures universités, les meilleurs athlètes, ils gagnent les Nobel, ils ont inventé le jazz et le rock and roll, sont allés sur la lune ; Andrew Cohen brosse un portrait pas nécessairement avantageux pour le Canada.

 

Alors si les Canadiens forment vraiment le peuple le plus chanceux de la planète, conclut le chroniqueur avec ironie, c’est seulement parce qu’ils ont gagné à la loterie du voisinage en héritant des États-Unis.

 

Lawrence Martin (iPolitics) prend pour sa part appui sur les fêtes nationales du 1er et du 4 juillet pour mesurer le chemin parcouru dans les relations entre les deux États depuis la signature du traité de libre-échange, il y a 25 ans. Il affirme que le Canada est aujourd’hui plus indépendant que jamais, et que l’ombre du géant américain pèse moins qu’en 1988.

 

Au contraire des craintes qui s’exprimaient à l’époque - voulant que le Canada soit plus ou moins avalé par les États-Unis -, le pays a su tirer profit des changements géopolitiques et économiques mondiaux pour mieux affirmer son identité, estime Martin.

 

D’une part, la fin de la guerre froide a ouvert les horizons. L’absence d’une menace militaire directe contre l’Amérique a rendu le Canada moins dépendant de la puissance américaine, et l’émergence des économies chinoise et asiatique a contribué à diversifier les relations canadiennes, remarque Lawrence Martin. Il estime aussi que les Canadiens sont aujourd’hui plus fiers de leur culture.

 

Martin note également le travail des premiers ministres Jean Chrétien et Stephen Harper pour garder une saine distance d’avec Washington. Refus d’aller en Irak, restauration des liens avec la monarchie britannique : vraiment, personne n’aurait prédit en 1988 de telles relations canado-américaines, pense Lawrence Martin.

 

Mulcair à Paris

 

D’un voisin à l’autre, plus lointain : Thomas Mulcair rencontrera la semaine prochaine le premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, au cours d’une visite de trois jours en France.

 

Une bien drôle d’idée que ce séjour, estime Michael Den Tandt (Postemedia). Mulcair fait le voyage pour montrer qu’il a la stature d’un homme d’État, qu’il peut avoir des rencontres au sommet, pour développer des liens… « Ça a du sens, raille Den Tandt. Quoi de mieux pour impressionner les Canadiens ordinaires que d’être vu en train de grignoter des hors-d’oeuvre en discutant de Proust avec l’élite parisienne, alors que tous les autres politiciens canadiens seront sur le circuit des BBQ à Kamloops, Kenora ou Grande Prairie ? », demande-t-il.

 

Il croit que ce voyage ne parlera qu’aux Québécois, alors que Thomas Mulcair devrait plutôt concentrer ses efforts à convaincre les Ontariens de voter pour lui en 2015 (121 sièges seront à l’enjeu), puisqu’il semble acquis que l’Ouest le boudera, estime Den Tandt. « C’est sûr qu’un après-midi à London ou Hamilton est moins excitant que sur la rive gauche parisienne. Mais c’est par là que passera la route de la victoire dans deux ans », dit Den Tandt.

 

Snowden, héros conservateur

 

La traque au jeune Américain Edward Snowden, recherché par les États-Unis pour espionnage, fait dire à Thomas Walkom (Toronto Star) que les conservateurs canadiens devraient s’empresser de lui offrir l’asile politique.

 

Selon Walkom, Snowden représente en effet le genre de dénonciateur que les conservateurs érigeaient en héros avant d’arriver au pouvoir. « Il a défendu les droits individuels contre une intrusion d’un gouvernement inquisiteur », dit le chroniqueur. Le seul crime de Snowden est d’avoir embarrassé le gouvernement américain. Il n’a pas dévoilé de plan d’attaque, ni les codes de lancement de missiles.

 

Or, dans le passé, les conservateurs de Stephen Harper louangeaient ceux qui dénonçaient des actions du gouvernement jugées immorales, rappelle Thomas Walkom. Ils ont même fait de l’un d’eux, Alan Cutler (commandites), un candidat conservateur. Mais une fois au pouvoir, il devient moins facile d’aimer les dénonciateurs, dit-il.

 

 

La revue de presse sera de retour le 10 août.